2. Phi./Rech./Sc. Rapport de similitude entre deux ensembles semblables de fonction et de structure, mais différents d’échelle ou de nature, fondé sur l’identification de facteurs clés (caractères, propriétés) de ces ensembles dont les caractéristiques de l’un sont mieux connues, ce qui permet d’imaginer certaines caractéristiques vraisemblables de l’autre ensemble. Ex. : les circuits électriques et le système nerveux autonome; le fonctionnement d’un moteur à piston et celui du cœur; la sélection naturelle et la compétition économique; la diffusion des rumeurs et celle des épidémies; le son et la lumière. VA isomorphisme, B; recherche de solutions, B et C.
3. Psych. cogn. Degré de recouvrement de deux structures de connaissances __ GINESTE, M.-D. (1984). VA compétence, S.
A. Nature. Établir une analogie, c’est, en premier lieu, mettre en correspondance des entités qui demeurent distinctes, mais que l’on considère comme équivalentes d’un certain point de vue __ LAMBERT, M. (1987).
B. Importance. Premier philosophe à avoir introduit le concept d’analogie dans les catégories formelles, immédiatement après le concept d’identité, Harald HÖFFDING (1882-1908) s’appuie sur le fait que l’analogie joue un rôle fondamental dans tout acte de pensée appliqué à des objets concrets, alors que l’identité d’objet et de rapport, de type logique et arithmétique, est une pure abstraction. Il a montré que l’analogie est la base de la réduction des rapports de qualité, de type « sériel », et qu’elle intervient, à ce titre, dans l’évolution des concepts de nombre, de degré, de temps et de lieu, d’où son importance dans les opérations principales de la connaissance humaine (ALLEAU, R., 1982) __ LAMBERT, M. (1987).
C. Créat. L’analogie est à la base des principales techniques de créativité (l’analogie personnelle, l’analogie directe, l’analogie symbolique, l’analogie fantastique) issues de la synectique, mise de l’avant par William J. J. GORDON (1961). Ces techniques visent à rendre le « familier étrange » et l’« étrange familier ».
D. Volontaire-involontaire. L’analogie peut être consciente et volontaire, telle l’analogie entre la constitution du système solaire et celle de l’atome, qui a permis de mieux comprendre les phénomènes étudiés; elle commence alors par une réflexion sur les similitudes et sur les dissemblances. Elle peut également résulter de processus psychiques involontaires, non conscients, comme l’intuition sensible : « Dans chaque connaissance, la similitude avec des expériences antérieures joue son rôle et l’on peut considérer que l’analogie intervient comme stimulation de l’intuition analytique tout autant que l’intuition synthétique » (DUVIGNAUD, J.-L., 1984) __ LAMBERT, M. (1987).
E. Résolution de problèmes. L’analogie (...) est la pièce maîtresse [de la résolution de problèmes] : le progrès foudroyant des sciences et techniques est dû en grande partie à l’accroissement en nombre et en puissance des modèles élaborés par l’esprit humain et qui sont transposables tels quels, ou après aménagement, d’un problème à un autre __ GILLET, B. (1986). Dans de nombreux exemples de créations, l’analogie intervient dans l’hypothèse, pose un problème, suscite la recherche des conditions de sa résolution parmi lesquelles s’opère une critique des données initiales ou prémisses; l’idée jaillit avec l’apparition souvent fortuite d’un objet, d’un spectacle, d’une image qui mettent en alerte l’attention du chercheur (celui qui est face à la nécessité de résolution de problèmes) __ LAMBERT, M. (1987).
F. Interdisciplinarité. Si nous possédons des informations élaborées (ex. : théorie explicative, modèle de solution, etc.) pour un de ces ensembles de choses en ce qui concerne les ressemblances qu’il présente avec l’autre ensemble de choses, nous ferons l’hypothèse que ces informations élaborées peuvent également s’appliquer au deuxième ensemble. On va donc appliquer au second ensemble le « modèle » qui rend compte du premier. On va effectuer littéralement un transfert d’une théorie, d’un modèle, d’une technologie à un domaine différent, transgressant ainsi les frontières entre domaines __ GILLET, B. (1986).
G. Analogie/généralisation/induction/assimilation. Il ne faut la [l’analogie] confondre ni avec la généralisation cumulative de l’induction qui ne considère que des objets ou phénomènes de même nature, ni avec l’assimilation, extrêmement dangereuse, qui consiste à traiter le deuxième ensemble comme s’il était identique au premier sous prétexte qu’il présente avec lui quelques ressemblances __ id.
H. Caractère. L’analogie, comme démarche intellectuelle, relève plus de l’intuition que du raisonnement déductif __ O’CONNOR, T. (1970).
I. Valeur. Toutes les analogies ne sont pas d’égale richesse. Certaines sont pertinentes et bien fondées, d’autres le sont moins ou pas du tout __ GINESTE, M.-D. (1984).
J. Formes. L’analogie peut s’exprimer sous plusieurs formes soit les formes verbales, picturales ou par une combinaison de ces deux formes.
K. Objets de similitude. Les similitudes peuvent porter sur des réalités ou des idées. Pour d’autres, le terme similitude s’emploie pour des réalités et le terme conformité, pour des idées, des abstractions __ O’CONNOR, T. (1970).
L. Raisonnement. (...) l’analogie met en œuvre, au départ, une façon bien simple de raisonner et qui consiste à essayer d’expliquer l’inconnu par le connu. Pour y arriver, il s’agira de comparer une réalité donnée avec une autre, relevant d’un ordre différent. L’analogie est donc par essence comparative et la comparaison s’effectue non entre une réalité et sa représentation symbolique, mais entre cette réalité (ou sa représentation symbolique), d’une part, et une autre réalité (ou sa représentation) étrangère, en principe, à la première, d’autre part __ DE COSTER, M. (1978).
M. Problème épistémologique. Le rapprochement des dimensions qu’elle (analogie) opère à partir d’une similitude de relations soulève le problème épistémologique important de la causalité, dans la mesure où la comparaison analogique aide à saisir la nature du lien qui les unit secrètement __ id.
N. Exercice pluri/inter/transdiciplinaire. L’analogie est la résultante d’un exercice pluridisciplinaire, interdisciplinaire ou transdisciplinaire (selon la nature et l’ampleur de l’interpénétration des disciplines impliquées) puisqu’elle suppose nécessairement deux ou plusieurs objets provenant de disciplines différentes, proches ou lointaines.
O. Fonction langagière. La fonction de l’analogie, au seul niveau du langage, est triple : elle est conceptuelle, didactique et rhétorique __ DE COSTER, M. (1978).
P. Éléments mis en jeu. L’analogie s’établit entre deux ou plusieurs domaines ou éléments de domaines de connaissances. Le ou les domaines qui servent d’assises à la comparaison sont appelés domaine(s) de base ou de référence. Le domaine faisant l’objet de la comparaison est appelé le domaine cible.
Q. Utilité. L’utilité de l’analogie se révèle dans de nombreuses sphères de l’activité humaine. En effet, elle joue un rôle considérable dans la création, la recherche, l’innovation, la vulgarisation scientifique, l’enseignement et l’apprentissage.
R. Analogie/création/recherche. Que ce soit pour la création ou la recherche, l’analogie s’est avérée un instrument privilégié de l’invention (PROVENCHER, S., 1987). D’un point de vue méthodologique, « les vertus heuristiques [de l’analogie] sont indéniables pour autant qu’elle reste contenue dans les limites qui sont les siennes. Elle est, presque d’instinct, une des premières manifestations de l’activité créatrice de l’esprit car, partant du connu, elle s’efforce d’expliquer l’inconnu à travers les ressemblances discernables de part et d’autre » __ DE COSTER, M. (1978).
S. Analogie/enseignement. Au plan de l’enseignement, « les analogies semblent bien être utilisées pour faire comprendre et expliquer — on se place du point de vue du pédagogue ou du vulgarisateur —, ou pour comprendre — du point de vue du sujet ignorant » __ GINESTE, M.-D. (1984). La pertinence de l’analogie pour l’apprentissage semble confirmée par certaines recherches expérimentales. Selon Marie-Dominique GINESTE (1984), il semble même que l’analogie soit une démarche spontanée du sujet apprenant, initiée dans le but de se faciliter l’apprentissage. « Le sujet qui apprend ou essaie de connaître un nouveau domaine dispose de représentations antérieurement acquises, qu’il mobilise comme structure de connaissance, comme structure sur laquelle peuvent s’appliquer des concepts nouveaux. Il saisit une structure, un schéma qui lui permet d’accrocher, de capturer de nouvelles connaissances de façon organisée » __ GENTNER, D. et GENTNER, D. R. (1983) dans GINESTE, M.-D. (1984). L’analogie, intégrée dans une stratégie d’apprentissage, facilite : 1. la compréhension et la mémorisation de nouvelles connaissances (REYNOLDS, R. E. et SCHWARTZ, R., 1983 dans Gineste, M.-D., 1984); 2. la résolution de problèmes inédits (COLLINS, A. et GENTNER, D., 1982; GENTNER, D. et GENTNER, D. R., 1983; GICK, M. et HOLYOACK, K., 1983 dans Gineste, M.-D., 1984); 3. la compréhension de problèmes abstraits (Gineste, M.-D., 1984) et 4. l’attribution d’un « sens physique » aux théories (D’ESPAGNAT, B., 1981 dans Gineste, M.-D., 1984).
T. Mise en œuvre. Bien que l’on s’accorde à reconnaître la pertinence de l’analogie dans diverses activités humaines, sa mise en œuvre demeure cependant un processus peu explicité. Il n’existe aucune prescription technique pour guider l’utilisation de l’analogie pour la création, la recherche ou l’apprentissage. Pour Marie-Dominique GINESTE (1984, 1987), l’analogie se réalise selon certaines phases qui s’exécutent selon un ordre précis : 1. d’abord, les domaines de base et cible « doivent être structurellement définis, les concepts spécifiés avec précision, ainsi que les relations entre ces concepts » __ Gineste, M.-D. (1984); 2. ensuite, ces structures doivent être représentées sous forme de réseaux conceptuels ou propositionnels; 3. les structures des domaines de base et cible sont ensuite comparées, en les superposant, dans le but de juger de leur degré de recouvrement; 4. lorsque le degré de recouvrement est quasi total ou très élevé (majorité des nœuds : objets ou prédicats et majorité des relations), on peut amorcer le processus d’inférence permettant de prédire des dépendances, des liens et des relations entre les concepts du domaine cible tout en édictant les règles de passage d’une représentation à une autre __ O’CONNOR, T. (1970).
U. Validité. Une analogie est « bonne » quand la structure représentant le domaine de base recouvre la structure représentant le domaine cible : les nœuds et les relations s’ajustent parfaitement. Les structures de connaissance pour l’un et l’autre domaine sont équivalentes __ Gineste, M.-D. (1984).
V. Évaluation du degré de recouvrement. L’analogie entre deux domaines peut se vérifier de la façon suivante : 1. par comparaison des items; 2. par comparaison des relations entre ces items dans leurs domaines respectifs; et 3. par caractérisation de ces relations (cause et effet). Plus la convergence est élevée, plus l’analogie est fondée __ O’CONNOR, T. (1970).
W. Limites générales. Les limites de l’analogie se précisent pour chacun des domaines de l’activité humaine au regard desquels elle joue un rôle important.
X. Limites au plan de la création et de la recherche. L’analogie peut : 1. conduire à des conclusions prématurées au regard du domaine cible, sur la base des conclusions fondées du domaine de référence; 2. conduire à perdre la spécificité des domaines mis en jeu et mener à une hégémonie disciplinaire lorsque le domaine de base est plus ou mieux développé que le domaine cible; et 3. freiner la pensée scientifique en limitant le chercheur à son intuition première ou en « raison du déterminisme théorique » que l’analogie « fait peser sur la recherche » __ DE COSTER, M. (1978).
Y. Limites au plan de l’enseignement.« Ce qui semble se dégager (...) c’est une recommandation de prudence dans le choix des analogies quand elles servent à l’enseignement et à la vulgarisation des connaissances et quand elles sont offertes en pâture à des non-spécialistes. Le spécialiste, lui, sait que l’analogie ou le modèle analogique n’est qu’une représentation provisoire du monde; qu’avec de nouvelles mesures, de nouvelles observations, le modèle sera cassé, dépassé, l’analogie abandonnée; que ces représentations analogiques n’ont pour seules fonctions que d’être les sources d’investigations nouvelles » (PECKER, J. C., 1982). Il n’en va pas de même pour le non-spécialiste qui, semble-t-il, reste figé à la métaphore ou à l’analogie : il construit alors une représentation erronée du monde parce qu’elle prend appui sur un modèle provisoire et dont le caractère précaire n’est pas connu ou reconnu. De plus, il utilise des concepts avec les connotations du vocabulaire courant, alors que dans le modèle, ils en sont débarrassés __ GINESTE, M.-D. (1984).
Z. Limites au plan de l’apprentissage. Comme soutien à l’apprentissage, Marie-Dominique GINESTE (1984) souligne que la vigilance s’impose. Il ne faut pas laisser un sujet recourir à des analogies qui ne sont pas pertinentes. Il est alors préférable de lui en imposer qui respectent les critères de validité.
AA. Résultats de l’analogie. Judith SCHLANGER (1988) dans STENGERS, I. et SCHLANGER, J. (1988, 1991) souligne que des transformations surviennent dans le passage du domaine de base au domaine cible. « Comme l’emprunt a une fonction heuristique, une fonction de pensée, il ne travaille pas à la façon d’une marqueterie qui insère un fragment étranger dans un ensemble stable. Non seulement les éléments transférés colorent et structurent le nouveau discours dont ils sont les modèles conceptuels, mais encore, en passant derrière le miroir, ils peuvent changer eux-mêmes dans toutes leurs relations. Ainsi, ce qui était ponctuel dans le premier discours peut devenir global dans le second discours, le superficiel profond, le marginal fondamental, et réciproquement. L’emploi heuristique transforme souvent les proportions : il y a des variations de niveau d’abstraction (la substance concrète de l’un peut devenir la forme abstraite de l’autre, ou réciproquement); des variations d’extension (un vaste secteur complexe peut devenir un simple point, une notation, ou réciproquement); des variations de rôle (ce qui sert uniquement à formuler et à nommer peut être employé pour fonder et légitimer, ou réciproquement). (...) La conceptualisation a pour matériau verbal des schèmes du sens préexistants, qui se transforment pour parler d’autre chose » __ SCHLANGER, J. (1988).
BB. Analogie/réseaux conceptuels. L’analogie mise sur une ressemblance « non pas de surface, mais bien » sur « une ressemblance des réseaux conceptuels » (GINESTE, M.-D., 1987) des domaines impliqués.
CC. Analogie/modèles. S’il arrive que l’analogie s’exprime par des modèles, tout modèle n’est pas nécessairement analogique __ DE COSTER, M. (1978).
DD. Démarche analogique/synectique. Selon Serge PROVENCHER (1987), la synectique« (...) a fait de la démarche analogique son levier principal ».
EE. Analogie/similarité. L’analogie est une sorte de similarité. Des objets similaires concordent par certains aspects tandis que des objets analogues concordent par certains rapports entre leurs éléments respectifs __ POLYA, G. (1962).