Ing. Méthode structurée, systématique et créative de conception ou de reconception d’un produit, d’un procédé, d’un service ou d’un système visant la satisfaction complète du besoin de l’utilisateur, au moindre coût __ PETITDEMANGE, C. (1985). V qualité totale. VA analyse fonctionnelle, F; coût, G; recherche de solutions, E. EA analyse du marché.
A. Historique. Le « Value Analysis » est une méthode développée par Lawrence D. MILES en 1947, ingénieur à la compagnie américaine General Electric, pour résoudre les problèmes que posait la conception de produits pendant la période de l’après-guerre (la Seconde Guerre mondiale) où sévissait une dure pénurie de ressources, forçant ainsi les manufacturiers à recourir à des matériaux substituts. L’expression « analyse de la valeur » n’apparaît dans la littérature francophone qu’en 1960 par le biais de la traduction française du livre de MILES. Bernard ADAM (1987) indique que : « L’idée première de Lawrence D. MILES est remarquable par le retournement des contraintes qu’elle transforme en opportunité, c’est-à-dire s’écarter des solutions et produits classiques pour la conception de produits satisfaisant néanmoins les besoins. Mais MILES voulut faire mieux : ne pas gaspiller la richesse des nouveaux matériaux utilisés pour la création de ces produits. Aussi, il préconisa de repenser le produit ou le matériel dans sa conception d’ensemble, compte tenu des nouveaux moyens disponibles. Le pragmatisme étatsunien y mit sa préoccupation de satisfaire le besoin du marché avec l’approche fonctionnelle et la créativité. Dans les années cinquante, des filiales étatsuniennes introduisirent discrètement l’analyse de la valeur en Europe, d’abord en Angleterre puis en République Fédérale d’Allemagne. En 1960, MILES fit une tournée en Europe et ses conférences enthousiasmèrent les esprits intellectuels, surtout par le rôle donné à la créativité. (...) Les années 1970 ne virent qu’une pratique très rare et exceptionnelle de l’analyse de la valeur malgré les besoins économiques grandissants. Il fallut les premières années de 1980 pour que la montée du Japon mette à l’ordre du jour les cercles de qualité et la pratique de l’analyse de la valeur comme démarche systématique de création de produits. »
B. Spécificité. Ce qui caractérise l’analyse de la valeur comme méthode de développement de produits, de procédés, de services ou de systèmes, c’est son mode de réflexion et de création. Elle n’est pas axée sur les caractéristiques d’un produit identifié a priori comme étant la solution à un problème, mais bien sur l’exercice de l’esprit critique et créateur centré sur les fonctions du produit à développer. Dans la démarche de l’analyse de la valeur, les produits ne sont pas considérés en eux-mêmes, mais bien comme le soulignait Claude JOUINEAU (1968) « (...) les moyens de remplir des fonctions nécessaires, de satisfaire un besoin déterminé ». C’est au terme de démarches rationnelles visant la spécification des fonctions du produit que s’amorcent les phases d’exploration de solutions et de conception du produit. Selon Lawrence D. MILES (1961, 1966), c’est en se centrant sur les fonctions du produit qu’il devient possible de transcender les modèles de solutions existantes et de déborder les cadres traditionnels. Dans cette optique, l’analyse de la valeur est une méthodologie heuristique.
C. Buts. L’analyse de la valeur vise essentiellement la recherche de la solution optimale à un problème dans un environnement donné, au moindre coût. Cette méthodologie permet de gérer la conception et la vérification des solutions de la façon suivante : 1. l’étape d’analyse permet une perception détaillée du problème; 2. la synthèse facilite une appréhension globale du problème nécessaire à l’obtention de solutions optimales; 3. la détermination des fonctions précise le champ des solutions envisageables et constitue la référence au regard de laquelle s’évaluera la pertinence des solutions proposées; 4. la détermination des fonctions assure l’ouverture maximale du champ créatif facilitant ainsi l’expression de la solution optimale. En résumé, l’analyse de la valeur vise à faire des économies sans pour autant sacrifier la qualité __ ADAM, B. (1987). V anasynthèse.
D. Postulat. Selon Marcel R. PRÉVOST et al. (1974), l’analyse de la valeur se fonde sur le postulat suivant : « Plus un produit réussit à procurer à celui qui l’achète la satisfaction de ses besoins à un coût minimal, plus le produit aura de la valeur pour lui. »
E. Analyse de la valeur/création. L’un des buts de l’analyse de la valeur est de provoquer la création. Cette méthodologie pallie l’absence de génie comme le souligne Bernard ADAM (1987) : « Faute d’avoir la capacité de sélectionner directement et intuitivement la meilleure idée, c’est le processus de balayage d’idées puis de tri qui, par itérations successives, aboutit à la meilleure solution. »
F. Innovation. L’analyse de la valeur se distingue des autres méthodes de développement de produits par l’organisation logique et systématique de techniques utilisées dans d’autres démarches méthodologiques. Elle n’est donc pas innovatrice au niveau des techniques utilisées, mais bien au niveau de la structure globale de leur agencement. Comme le souligne Lawrence D. MILES (1966), l’analyse de la valeur « (...) n’est pas un produit de substitution aux méthodes conventionnelles de réduction des coûts. Au contraire, elle améliore l’efficacité des procédés classiques pratiqués depuis des années » et en comble les lacunes.
G. Objets de création. L’analyse de la valeur facilite : 1. la conception d’un nouveau produit, d’un nouveau service ou d’un nouveau système; 2. l’amélioration de produits existants (optimisation d’un produit, d’un service ou d’un système); 3. l’amélioration de méthodes de travail, de procédés de fabrication et d’outillage et 4. l’amélioration de l’efficacité des tâches administratives. L’Association française de normalisation (1985) souligne que des produits immatériels développés au regard de problèmes sociaux (ergonomie, hygiène, sécurité, etc.) sont aussi des objets de création pouvant être développés par la méthodologie de l’analyse de la valeur.
H. Phases. L’analyse de la valeur comporte plus ou moins six phases constituées de différentes étapes qui en assurent la mise en œuvre. C’est la logique continue, progressive et itérative de ces phases et de ces étapes qui caractérise cette méthodologie. Claude PETITDEMANGE (1985) désigne ainsi ces phases : 1. analyse du marché et préconception; 2. études de faisabilité; 3. conception; 4. définition; 5. industrialisation et 6. qualification et homologation, pour la présentation exhaustive des phases et des étapes. V analyse du marché; conception; définition; étude de faisabilité; préconception; qualification.
I.Étapes essentielles. Bien que toutes les phases et étapes de l’analyse de la valeur doivent être exécutées, Robert TASSINARI (1981) en identifie deux qui sont plus importantes que les autres, soit l’analyse fonctionnelle (réalisée à la phase 2) et l’application de techniques de créativité (réalisée à la phase 3). L’analyse fonctionnelle est indispensable pour constituer la base de l’étude par la connaissance de toutes les fonctions que le produit doit remplir. L’application de techniques de créativité est l’étape noble, génératrice de solutions nouvelles.
J. Validité. Le protocole et les techniques de l’analyse de la valeur donnent des repères pour assurer la validité du travail fait et les jalons nécessaires à la progression __ ADAM, B. (1987).
K. Pertinence. Les études statistiques démontrent que les coûts inutiles d’un produit varient entre 20 et 75 % du prix de revient originant des phases antérieures à l’industrialisation, soit la recherche et le développement __ MILES, L. D. (1966). Robert Tassinari (1981) estime que « (...) la principale cause du coût élevé d’un produit (plus de 75 %) dépend du soin que l’on apporte à prévoir, ajuster et suivre son coût tout au long de la définition d’un produit ». Justifiant la pertinence de l’analyse de la valeur, Claude PETITDEMANGE (1985) emprunte les propos du Cardinal de RETZ qui soulignait : « Il y a très loin de la volonté à la résolution, de la résolution au choix des moyens, du choix des moyens à l’application. » C’est dans cette optique que la pertinence de l’analyse de la valeur s’impose comme méthode permettant l’adéquation la plus juste possible entre les intentions initales des concepteurs et le résultat. Claude Jouineau (1968) la décrit comme étant « (...) le moyen le plus efficace permettant de coordonner le développement d’un produit et d’aboutir au compromis optimum des coûts et des fonctions ».
L. Inconvénients. Robert Tassinari (1985) identifie deux inconvénients majeurs de l’utilisation de l’analyse de la valeur : 1. cette méthodologie modifie la structure des organisations et des entreprises qui y recourent et transforme les rôles du personnel impliqué; 2. cette démarche itérative accroît sensiblement le temps consacré au cycle d’analyse et de synthèse préalable à la création d’un produit (de l’ordre de 20 %). Cependant, les études démontrent que ces inconvénients sont largement compensés par les résultats et, par conséquent, la valeur d’un produit. L’analyse de la valeur rapporte de 2,5 à 15 fois les coûts qu’elle implique. V anasynthèse.
M. Domaines d’application. Initialement conçue pour le développement et la création de produits dans les domaines militaires et industriels, l’analyse de la valeur s’utilise de plus en plus dans des domaines variés tels : l’architecture (Biodôme, complexes immobiliers), l’administration (systèmes de gestion), l’informatique (systèmes de traitements des données) et dans plusieurs domaines pour faciliter la création de services et faciliter la recherche et le développement.
N. Utilité/complexité. Selon Robert Tassinari (1981), l’analyse de la valeur est utile pour la création et l’optimisation de tous les produits et services. Cependant, son utilité est directement proportionnelle au degré de complexité de l’objet à créer ou à améliorer.
O.Équivalents sémantiques des diverses méthodes de création d’un produit (d’après TASSINARI, R., 1981).
Terminologie anglophone
Terminologie francophone
démarche traditionnelle (conception intuitive, axée exclusivement sur la réduction des coûts)
Cost Effectiveness (CE)
Design To Cost (DTC)
Design To Life Cycle Cost (DTFCC)
Réduction des Coûts (RC)
Conception pour un Coût Objectif (CCO)
Conception pour un Coût Global (CCG)
démarche actuelle (conception rationnelle et intuitive axée sur la réduction des coûts dès le début de la création
Value Engineering (VE)
Ingénierie de la Valeur (IV)
démarche actuelle (phases intégrées)
Value Analysis (VA)
Analyse de la Valeur (AV) composée de :
AV Conception (AVC)
AV Produit (AVP)
AV Fabrication (AVF)
AV Administrative (AVA)
P. Principes. Selon Claude PETITDEMANGE (1985), les principes de l’analyse de la valeur sont les suivants : « 1. Raisonner et penser “fonction” dans le but de définir (ou redéfinir) un cahier des charges du produit; 2. connaître parfaitement les “besoins” à satisfaire tout au long de la vie d’un produit; 3. ne pas prendre la réduction des coûts comme une fin en soi; 4. jalonner le mode de raisonnement d’analyse en cinq phases : • phase analytique, • phase dubitative, • phase imaginative, • phase synthétique, • phase réalisatrice; 5. bien poser le problème à résoudre, que toute action soit parfaitement claire si l’on veut conserver toutes chances d’une bonne résolution. » Ces principes de l’analyse de la valeur s’inspirent des leitmotivs de l’auteur de cette méthode soit, comme les énumérait Lawrence D. MILES (1966) : « d’éviter les généralités » et ne pas craindre de « dynamiter, reconstruire et améliorer » tout produit.
Q. Analyse de la valeur/approche globale. Selon Bernard ADAM (1987), l’analyse de la valeur favorise l’approche globale puisqu’elle facilite l’appréhension la plus vaste possible du problème à résoudre avant d’amorcer la recherche de solutions.
R. Analyse de la valeur/nouveau produit. La création d’un nouveau produit ou la reconception d’un produit existant impliquent une application semblable de l’analyse de la valeur. Cependant, comme le souligne Claude JOUINEAU (1968), la mise en œuvre de l’analyse de la valeur « est sensiblement plus délicate pour un problème imparfaitement défini, pour un produit dont on ne peut connaître encore l’architecture et la conception générale. (...) il ne s’agit pas en effet à ce stade de déterminer avec précision des solutions de réalisation détaillées, il s’agit d’explorer d’un point de vue économique les options possibles, de préparer les choix du cahier des charges (compromis coût — fonctions), de préciser les essais et éventuellement les compléments de recherche appliquée nécessaires ». L’analyse de la valeur appliquée à la création d’un nouveau produit s’attarde : 1. à explorer et à combiner les principes scientifiques et les solutions techniques connues; 2. à étudier des architectures possibles du produit; 3. à bâtir des solutions originales ou à préciser les principes de solution au problème à résoudre et 4. à identifier les axes de recherche importants à inscrire au programme de recherche et développement de l’entreprise pour les idées prometteuses.
S. Analyse de la valeur/solution idéale. On peut dire que si l’analyse de la valeur n’est actuellement pas capable d’apporter à coup sûr la solution idéale, satisfaisante dans l’absolu, elle cherche à le faire en exploitant tous les moyens capables d’approcher cette solution idéale. Elle adopte l’esprit scientifique dont tout le monde connaît les principes et les règles. Mais l’efficacité de l’analyse de la valeur réside dans le fait qu’elle les applique systématiquement et efficacement aux problèmes industriels comme la recherche scientifique les applique à ses propres problèmes __ JOUINEAU, C. (1968). VA W.
T. Analyse de la valeur/démarche traditionnelle. L’analyse de la valeur s’impose pour pallier les limites des démarches traditionnelles qui négligent trop souvent les étapes préalables à la création au profit de démarches empiriques prématurées. Selon Claude JOUINEAU (1968), l’organisation systématique de ses phases contribue à respecter les principes de recherche scientifique universellement admis, mais en pratique trop souvent négligés.
U. Analyse de la valeur/coûts. Les méthodes traditionnelles de réduction des coûts portent sur le produit lui-même considéré comme un assemblage de composantes matérielles fabriquées ou achetées. Il est important de noter que l’analyse de la valeur a de différent qu’elle rapporte les coûts plutôt aux fonctions du produit qu’au produit lui-même et à ses composantes __ PRÉVOST, R. M. et al. (1974).
V. Analyse de la valeur/niveau de détail. Selon Bernard ADAM (1987), pour un produit donné, l’analyse de la valeur doit se dérouler au regard des niveaux de détail qui conservent « au sujet (de l’analyse) un volume appréhendable globalement par les participants. Il s’avère que cela correspond à trois niveaux de décomposition d’un sujet; premier niveau : sujet pris comme un tout; deuxième niveau : décomposition en sous-ensembles et troisième niveau : composants de chacun des sous-ensembles ». V analyse fonctionnelle.
W. Analyse de la valeur/recherche de solutions. La spécificité de la recherche de solutions dans l’analyse de la valeur est de préparer la phase génératrice de solutions par une analyse complète et détaillée du problème, de repousser toute tentation de formuler une ébauche de solution tant que la perception n’a pas fait le tour de tous les facteurs à prendre en compte. Cette successivité et cette indépendance des phases d’information, d’analyse puis, seulement ensuite, de recherche de solutions, sont fondamentales pour la qualité du résultat et sont spécifiques de la méthode AV Or, ce processus est contraire à nos habitudes et à notre démarche implicite habituelle. Par contre, elle correspond au processus inconscient du « trait de génie », de l’insight, qui présentent effectivement les qualités de synthèse et d’optimisation tant recherchées. Le travail en groupe et la démarche ainsi reconstituée dans l’AV permettent d’accéder aux mêmes solutions de génie, moyennant une mise en œuvre toutefois un peu plus longue et délicate. Mais elle aboutit à coup sûr __ ADAM, B. (1987).
X. Moment d’utilisation. Il est sûrement avantageux d’introduire l’analyse de la valeur le plus tôt possible dans le développement d’un nouveau produit. DWYER rapporte qu’en général 75 à 85 % des coûts d’un produit deviennent quasiment immuables dès l’étape de sa conception originale et de son développement. D’une façon différente, Millilo exprime le même avis en mentionnant que 50 % des activités de l’analyse de la valeur accordées à un produit doit l’être dès la conception originale, un autre 40 % lors de la conception finale et du choix du procédé de fabrication et l’autre 10 % lors de la production des prototypes ou des premières unités. De toute façon, il semble assez évident que l’analyse de la valeur doit être introduite le plus tôt possible dans le processus, car elle peut conduire à des changements de matières premières, de méthodes d’assemblage, de composantes, d’équipements de fabrication, etc. Si l’analyse de la valeur est appliquée à un produit déjà sur le marché, on peut quand même l’améliorer et augmenter sa valeur en réduisant son coût. Cependant, les changements sont alors beaucoup plus laborieux à réaliser, car il y a déjà des matières premières et des pièces de rechange en inventaire, la main-d’œuvre a acquis une façon de faire, l’outillage représente déjà un investissement, le client est habitué au produit, etc. (...) La figure suivante montre, en fonction de l’âge du produit, comment les efforts pour introduire un changement augmentent et comment les économies qui peuvent être réalisées décroissent.
Source : PRÉVOST, R. M. et al. (1974)
L’expérience a démontré que des délais de trois mois à deux ans peuvent être nécessaires pour réaliser les changements et les économies qui découlent d’une analyse de la valeur appliquée à un produit déjà sur le marché. Les plus longs délais s’appliquent surtout aux produits d’une grande technicité qui sont habituellement coûteux et ont un cycle de vie relativement long __ PRÉVOST, R. M. et al. (1974).
Y. Analyse de la valeur/conditions favorables. L’analyse de la valeur s’avère une méthodologie pertinente si l’on réunit les conditions favorables suivantes : 1. une équipe de travail (de 3 à 10 personnes de compétences diverses); 2. du temps suffisant; 3. la conviction que les gains escomptés compenseront les coûts consentis à l’analyse de la valeur; 4. la liberté de remettre en cause suffisamment d’éléments et 5. la compétence des participants.
Z. Préservation des ressources.À l’occasion de l’analyse d’un produit, il peut convenir d’examiner l’utilisation des diverses ressources que l’on souhaite ménager (matières premières, énergie, certains moyens propres à l’entreprise, etc.) __ AFNOR (1985).
AA. Conditions de mise en œuvre. Pour bien mettre en pratique cette méthodologie, l’analyste de la valeur doit : 1. être capable d’autocritique; 2. être ouvert aux changements et 3. être capable d’accepter le dialogue essentiel à l’exercice disciplinaire __ LACHNITT, J. (1980).
BB. Travail d’équipe. Ce qui distingue l’analyse de la valeur c’est qu’elle mise sur un travail d’équipe pour le développement de produits.