Adm. scol./Form. prof./Org. scol./Soc. Analyse qui vise à étudier les conditions de l’action collective des êtres humains et les changements qui, à la lumière des enseignements dégagés, apparaissent nécessaires ou souhaitables; analyse qui a pour objet les différents modes de fonctionnement d’ensembles humains organisés __ ZAY, D. (1981). EA analyse institutionnelle/systémique.
A. Forme 1 : L’une de ses premières formes a été le mouvement pour l’Organisation scientifique du travail (OST), marqué par R. W. TAYLOR aux États-Unis et H. FAYOL en France. Il s’agissait de remédier au gaspillage entraîné par des méthodes de travail empiriques, en définissant rationnellement, grâce à des spécialistes, les tâches afférentes aux divers postes de travail et l’articulation de ceux-ci les uns par rapport aux autres. L’organisation scientifique du travail entend répondre à deux objectifs : économique (rentabiliser la production au moyen de sa rationalisation); mais aussi social (chaque travailleur étant employé au mieux de ses aptitudes dans le poste qui lui est attribué, se trouve bien, à sa place et n’a plus de raison de désobéir ou de contester, puisque tout est bien organisé et qu’il n’a même plus affaire à des rapports d’autorité contraignants, car tout est défini de façon impersonnelle par des règles). Cette forme d’analyse organisationnelle repose essentiellement sur deux postulats, qui seront remis en question : • Le one best way : pour toute activité, il existerait une façon optimale de s’y prendre, et une seule. • Le travailleur n’est considéré que comme homo economicus, mû uniquement par des considérations économiques (travail bien organisé, bien rémunéré) __ ZAY, D. (1981).
B. Forme 2 : Une deuxième forme d’analyse organisationnelle s’est développée en même temps que naissait la psychosociologie. Elle s’inscrit dans un mouvement d’intérêt pour les relations humaines dans les entreprises et dans les institutions éducatives (recherches sur les formes de leadership de moniteurs pour enfants par Kurt LEWIN, 1972), étude sociométrique de la collectivité de rééducation de Hudson par J. L. MORENO (1970). Elle réagit contre la conception de l’homo economicus et veut lui substituer une analyse plus fine des motivations des travailleurs. (...) L’analyse des organisations ne peut méconnaître l’importance des facteurs psychologiques et des motivations affectives. Toutefois, elle ne doit pas se réduire à l’idée que de meilleures relations humaines permettraient de résoudre tous les problèmes de fonctionnement de l’entreprise __ id.
C. Forme 3 : L’analyse stratégique constitue une troisième direction de l’analyse organisationnelle. Michel CROZIER (1977) et Erhard FRIEDBERG (1972) en ont exposé les principes. Le Centre de sociologie des organisations (CSO), équipe du Centre national de la recherche scientifique, mène des recherches dans ce sens, sous la direction de M. CROZIER (1980). Le propre de cette démarche est de substituer à la conception d’un agent passif, répondant de manière stéréotypée, prévisible, aux conditions de travail ou aux choix, ou aux stimuli qu’on lui impose, celle d’un acteur libre, ayant ses propres buts et poursuivant sa propre stratégie, en utilisant au mieux les ressources dont il dispose dans une organisation, compte tenu des contraintes du moment. Le champ de manœuvre de l’individu est déterminé par l’organisation formelle de l’entreprise. Telle action possible dans une compagnie d’assurances ne l’est pas dans une autre. Mais les conduites des membres d’une organisation ne sont que partiellement définies par les règles officielles, il subsiste toujours une zone non réglementée, qui laisse un choix entre plusieurs types de comportements ou de relations. C’est le détour par l’intériorité des acteurs qui permet de comprendre pourquoi des conduites, des phénomènes, apparemment irrationnels ont, en fait, un sens, si l’on connaît les motivations des individus. Le fonctionnement d’une organisation sera le fruit d’un compromis entre sa structure formelle et les résultats des marchandages, des négociations entre des individus soucieux de préserver ce qu’ils considèrent comme leur intérêt personnel __ id.
D. Analyse organisationnelle/stratégique/institutionnelle. M. CROZIER entend combiner le raisonnement stratégique, qui tient compte des motivations individuelles et le raisonnement systémique, qui prend en charge la structure d’ensemble. Les contraintes objectives (organigramme, réglementation) sont les limites qui circonscrivent le champ d’action des participants, mais les stratégies des acteurs sont également considérées comme des contraintes objectives pour les autres. Devenue analyse stratégique, ce que l’analyse organisationnelle cherche à reconstituer ce sont des systèmes d’action concrets, dont aucun ne peut être édicté comme le one best way une fois pour toutes, mais dont chacun correspond aux nécessités, contingentes et changeantes, du moment. M. CROZIER déclare dépasser l’analyse systématique en prenant en compte les phénomènes de pouvoir. C’est par une autre conception du phénomène politique, fondée sur la division des classes sociales et des facteurs psychologiques, dans leur dimension inconsciente, que va se caractériser l’analyse institutionnelle. D’ores et déjà, les concepts d’organisation, de système social et d’institution, apparaissent comme trois modes conceptuels différents d’appréhender un même ordre de phénomènes __ id.