ANASYNTHÈSE

n.f.

App. syst./Rech./Sc. Néologisme formé des mots analyse et synthèse et qui désigne le processus général d’élaboration d’un modèle suggéré par Leonard C. SILVERN; processus cyclique analyse-synthèse-prototype-simulation-analyse. Ant. globalisation. VA analyse de la valeur, C et L; analyse de la valeur pédagogique, L; approche globale, D; conception, E; créativité, T; cycle (général) du curriculum, C; écologie, R; élaboration curriculaire, B; lecture, F; métamodèle, F; métasystème, B; paradigme, K.

A. Représentation (adaptation de SILVERN, L. C., 1972).


analyse : identification et cueillette des données pertinentes (composantes et relations) au sein d’un ensemble soumis à l’étude. V analyse.

synthèse : structuration des composantes et des relations, et identification des carences, des contradictions et des incohérences possibles à remédier par un retour à l’analyse. V synthèse.

prototype : élaboration de la meilleure synthèse possible suite à la saturation des données, et vérification interne de sa validité par le ou les responsables du processus; apport possible de modifications et retour sur les opérations précédentes. V prototype.

simulation : vérification du prototype, enrichi et modifié jusqu’à saturation à l’interne, par des personnes compétentes et extérieures au processus de modélisation; évaluation de validité, suggestions possibles d’amélioration et possibilité de retours. V simulation.

B. Analyse et synthèse. L’analyse et la synthèse sont deux formes de pensée en relation d’interdépendance. La synthèse, sans l’analyse, constitue une démarche privée du sens de l’immédiat, du partiel, alors que l’analyse, sans la synthèse, est une démarche privée du sens du média, de la vision de l’ensemble, du tout. Associer l’analyse et la synthèse, c’est faire progresser la recherche vers le concret, le partiel, le visible, en même temps que vers l’abstrait, le général, l’universel, l’invisible. Dissocier ces deux formes de pensée, c’est couper la recherche de ses racines, des paradigmes qui la supportent, du tout __ OUELLET, H. (1990). V anasynthèse.

C. Cerveau. L’anasynthèse met à profit les deux hémisphères du cerveau : l’analyse fait appel à l’hémisphère gauche et la synthèse, à l’hémisphère droit. En outre, aux étapes prototype et simulation, l’anasynthèse met à profit le cerveau de plusieurs autres personnes. En somme, l’anasynthèse systématise la concertation de plusieurs personnes autour d’un même objet d’étude ou de recherche.

D. Créativité. L’analyse qui précède la synthèse est parfaitement reconnue comme indispensable à la démarche scientifique; pour ce qui concerne le domaine artistique, si l’analyse ne paraît pas évidente, elle est cependant existante dans la phase perceptuelle où l’artiste, par exemple le peintre, distingue les composantes de l’objet, en analyse les formes, couleurs, matières, avant de les représenter ou de les « déformer » et de les réorganiser en une synthèse subjective. L’analyse permet de dégager des relations, des similitudes, des dissemblances entre les éléments; elle contribue à déceler les « dissonances » et les « manques » (TORRANCE); elle brise les problèmes et conduit ainsi à les aborder sous un nouvel angle. Parce qu’il est apte à fragmenter les données d’un problème ou d’une situation, à différencier ses composantes, à tolérer l’ambiguïté et le désordre, l’individu créatif peut à la fois découvrir la divergence dans une apparente unité et trouver l’unité dans la divergence quelle que soit la complexité des données du problème ou de la situation, se dégageant ainsi de tout schéma préexistant, de toute approche stéréotypée. Analyser une situation insatisfaisante qui réclame une ou plusieurs solutions et dont l’ensemble paraît confus, diffus, revient à dégager les énoncés du ou des problèmes, ses composants, les paramètres qui s’entremêlent en un écheveau complexe, à cerner la nature des tensions de toutes sortes qui s’exercent simultanément ou à des instants différents (par exemple, une situation conflictuelle complexe peut être une entreprise où la situation est tendue et qui appelle un réaménagement). L’analyse implique, chez l’individu créatif, un va-et-vient entre le simple et le complexe (l’unité et l’ensemble d’unités hétérogènes), entre le concret (l’objet réel, palpable) et l’abstrait (les idées, les concepts, les relations, les symboles), — soit une grande mobilité mentale —, une prise en compte de toutes les données du problème sans pour autant se noyer dans les détails et sans se limiter à une vision de spécialiste : avoir l’œil neuf, une vaste culture, un large champ de conscience sont des qualités indispensables à ce stade. La faculté de synthèse est complémentaire de celle d’analyse dans l’action ou dans l’expérience créative. Les individus créatifs isolent d’abord les détails pour ensuite procéder à une orchestration d’une nouvelle configuration, à une mise en ordre originale des données afin de résoudre les conflits apparents ou implicites, par un réarrangement optimal et la maîtrise de cet arrangement; selon un certain nombre d’observations, il apparaît que les individus créatifs « s’arrêtent souvent plus longtemps (que les individus moins créatifs) sur l’étude d’un vaste éventail de possibilités au cours de la phase initiale de la formulation d’un problème... Ayant envisagé toutes les impasses, ils sont plus préparés à la compréhension et à l’intégration de toutes les questions » (G. A. STEINER); ce constat est confirmé par les résultats des études de S. I. BLATT et de M. I. STEIN qui concluent ainsi : « Notre observation suggère que les plus créatifs percevaient intuitivement le problème, essayaient de le comprendre, de ne faire qu’un avec lui; et, après avoir saisi où ils en étaient, intégraient ce qu’ils avaient appris. Par conséquent, ils consacraient plus de temps à l’analyse qu’à la synthèse. » En fait, l’analyse approfondie répond, d’une part, à l’exigence d’envisager la complexité, d’autre part, à la volonté de ne pas se contenter d’une demi-connaissance; ceci est caractéristique de l’individu créatif qui, repoussant les solutions faciles, poursuit sa recherche jusqu’à l’obtention d’une synthèse satisfaisante à partir du discernement de l’essentiel __ LAMBERT, M. (1987).

E. Apprentissage et éducation. Le cycle de l’anasynthèse est analogue au processus d’apprentissage. Il est un processus méthodique d’apprentissage de quelque ensemble (connaissance, texte, phénomène, situation, objet, etc.) que ce soit. En outre, elle favorise le développement de la métacognition chez le sujet. L’anasynthèse s’apparente également au processus global d’éducation de l’être humain, de l’être primaire à la personne éduquée. V être éduqué. VA apprentissage, M.

F. Rech. L’anasynthèse s’applique à chacune des étapes et des sous-étapes du processus de recherche. VA recherche, K. La rédaction progressive du rapport de recherche peut être perçue comme un processus de modélisation (modèle surtout verbal). Chacun des chapitres, chacune des parties et des sous-parties du plan sont autant d’ensembles et de sous-ensembles qui peuvent être élaborés en suivant le processus de l’anasynthèse. Il est à noter que les phases d’analyse et de synthèse se situent à la fin du cycle de la revue de la littérature. VA revue de la documentation, D. Tout comme l’anasynthèse dont elle compose la fin du processus, la revue de la littérature s’applique à chacune des étapes et des sous-étapes du processus de recherche.

G. Méthode scientifique. Même si la méthode scientifique est la cause immédiate de l’essor des sciences exactes, elle relève elle-même d’une cause plus profonde, qui n’est autre que cette attitude psychologique d’analyse et de synthèse. (...) Les sciences exactes sont donc beaucoup moins « expérimentales » qu’on ne le croit d’habitude. L’expérience sert à confirmer ou à infirmer une théorie obtenue par la conjonction de l’analyse et de la synthèse, mais il est rare qu’une théorie surgisse d’une série d’expériences, même bien conduites. (...) C’est cette vision analytique pure, doublée d’une intention de reconstruction synthétique, qui domine notre époque dans toutes ses expressions et dans toutes ses œuvres. (...) Esprit d’analyse et esprit de synthèse sont donc absolument essentiels au progrès scientifique et technique __ VALCKE, L. dans BOURGOIGNIE, G.-E. (1972).

» Dictionnaire