Rech./Sc. Manière d’aborder l’étude d’un phénomène qui focalise l’attention sur ses composantes et ses interrelations internes plutôt que de le considérer dans son ensemble. Syn.approche atomistique/individualistique. VA approche, I et J; approche globale, C; approche synthétique, A; approche systémique, B, C, F et U; paradigme, K; résolution de problèmes, W. EA approche inductive. ∈ approche systémique.
A. Étym. Du grec analuein, action de délier et analytikos, résoudre, décomposer.
B. Historique. Chez ARISTOTE (≈ 384-322 av. J.-C.), l’analytique est une partie de la logique qui traite de la démonstration. Elle s’oppose à la dialectique qui, elle, traite des arguments probables. Au XVIIe siècle, on commence à se préoccuper de plus en plus de la valeur scientifique de la recherche. Ce souci est bien visible dans l’importance croissante qu’on accorde alors aux problèmes de mesure, de quantification et d’expérimentation. GALILÉE (1564-1642) et Francis BACON (1561-1626) comptent parmi les premiers scientifiques à proposer l’expérimentation en vue de découvrir les lois de la nature. Dans son Novum Organum publié en 1620, Francis BACON consigne les principes de la méthode empirique. Il recommande de se soumettre à l’évidence des faits, puis par induction, de construire une explication générale. Quelques années plus tard, sont explicités les Règles pour la direction de l’esprit (1628) et les Discours de la méthode (1637). Cherchant un fondement indubitable à la connaissance, René DESCARTES commence par exercer un doute hyperbolique, lequel ne prend fin qu’avec le Cogito qui constitue la certitude première et qui fournit les critères de l’évidence (clarté et distinction). Ces mêmes idées se retrouvent dans ses Méditations métaphysiques (1647) où il propose de toujours porter un doute sur les données premières des sens et où il définit la méthode analytique comme celle qui ramène le problème proposé à un second, celui-ci à un troisième et ainsi de suite jusqu’à sa résolution. Dans cet ouvrage, René Descartes (1596-1650) écrit : « J’ai suivi seulement la voie analytique (...) pour ce qu’elle me semble la plus vraie et la plus propre pour enseigner. » La contribution majeure de DESCARTES au développement du nouveau paradigme réside dans la distinction qu’il établit entre un monde spirituel et un monde matériel, entre un monde appréhendé par les sens et un monde réel, d’où procède pour lui l’autonomie de l’objet et des phénomènes naturels. Malgré la grande diffusion qu’ils connaissent à travers toute l’Europe, les écrits de DESCARTES ne figurent nulle part aux programmes officiels des institutions scolaires réputées de l’époque. Isaac NEWTON (1642-1727), qui s’était permis de lire tous les livres alors à l’Index, ne tarda pas à adopter la nouvelle vision des phénomènes naturels esquissée par DESCARTES. C’est dans son Philosophiae naturalis principia mathematica(1687) qu’il décrit sa méthodologie. Selon lui, la meilleure méthode pour s’enquérir des propriétés des choses consiste à les déduire de l’expérience. Utilisant les procédés mathématiques de démonstration, il arrive à réfuter la certitude absolue à laquelle prétendait la méthode cartésienne et envisage plutôt l’existence d’un haut degré de probabilité dans les conclusions tirées de l’expérimentation. Cette nouvelle approche connaît un grand succès et son influence se fait sentir dans presque tous les domaines. Ainsi, dans son Traité de la nature humaine (1737) et ses Essais philosophiques (1768), l’empiriste David HUME (1711-1776) radicalise la critique du rationalisme dogmatique de DESCARTES et des métaphysiciens du XVIIe siècle. HUME considère que les idées sont de simples représentations (des « copies » en quelque sorte) des impressions sensibles. Pour lui, la connaissance est une mise en relation de ces idées et vise plus particulièrement l’établissement de relations de cause à effet entre les représentations des phénomènes sensibles. C’est à partir de là qu’il introduira sa célèbre distinction entre les propositions empiriques et les énoncés logiques de la science analytique. Chez Emmanuel KANT (1724-1804), l’analytique devient ensuite la partie de la critique qui recherche les formes a priori de l’entendement qui conditionnent la pensée. L’analytique est alors dite transcendantale. Dans ses Discours sur l’esprit positif (1844), Auguste COMTE (1798-1857) envisage de construire une science positive qui évacue et refuse tout critère et toute référence théologiques ou métaphysiques. COMTE propose une méthode positive générale où l’on renonce à l’identification des causes profondes et de l’essence inaccessible des choses, au seul profit de la recherche des lois qui gouvernent les faits, c’est-à-dire des relations constantes entre les phénomènes. L’influence de l’esprit positiviste se prolongera jusqu’au XXe s. et connaîtra une nouvelle poussée avec l’apparition des néopositivistes, regroupés sous le collectif dénommé « Cercle de Vienne ». Ceux-ci se proposaient de créer une philosophie visant à l’unification des sciences et au rejet systématique des « pseudo-problèmes » de la métaphysique. Ces néopositivistes tentèrent donc d’imposer ainsi le réductionnisme ontologique et méthodologique radical dans le domaine scientifique (TOUSSAINT, M. J. R., 1989). Au début du XXe siècle se développe un fort mouvement s’opposant à la toute puissance de l’approche analytique (BERTALANFFY, DEFAY, SMUTS, WERNER, etc.).
C. Caractéristiques. Le tableau ci-dessous distingue les caractéristiques de l’approche analytique de celles de l’approche systémique.
APPROCHE ANALYTIQUE
APPROCHE SYSTÉMIQUE
1. Isole et se concentre sur les éléments
1. Relie et se concentre sur les interactions entre les éléments
2. Considère la nature des interactions
2. Considère les effets des interactions
3. S’appuie sur la précision des détails
3. S’appuie sur la perception globale
L’approche analytique essaie de décomposer un tout en éléments constituants et les étudie ensuite séparément. Cette procédure est considérée comme une limite de l’approche analytique. Cependant, cette méthode s’avère surtout utile quand les éléments d’un système sont peu nombreux. Il devient alors facile d’isoler une variable et d’analyser le comportement du système. Par contre, s’il s’agit d’analyser un système complexe à plusieurs éléments, aux interactions nombreuses, cette approche n’est pas très efficace __ BERTRAND, Y. et GUILLEMET, P. (1989).
D. Péd. Les méthodes pédagogiques analytiques procèdent par l’analyse de l’objet présenté globalement avant d’en élaborer la reconstruction. Ces méthodes s’appuient sur l’idée que la pensée enfantine est syncrétique, en ceci qu’elle perçoit d’abord l’objet dans sa totalité, seule réalité significative pour l’enfant. Ainsi en lecture, la méthode globale part d’un ensemble significatif pour l’enfant avant d’en isoler et d’en identifier les éléments. Les méthodes analytiques s’opposent aux méthodes synthétiques qui, elles, partent des signes, des éléments du code à identifier pour ensuite aboutir à l’identification des objets-concepts que ces signes représentent __ THINÈS, G. et al. (1975).
E. Prédominance en éducation. L’approche analytique est largement utilisée en éducation. L’enseignement est fondé principalement sur le morcellement des savoirs, sur la transmission de connaissances parcellaires, sans préoccupation constante pour les synthèses successives qui pourraient ordonner ces connaissances et les intégrer. La recherche en éducation, elle, a été ordinairement menée selon la seule vision analytique des phénomènes, lesquels sont réduits à quelques variables isolées, hors de toute problématique d’ensemble. Vu la complexité de la réalité éducationnelle, les approches exclusivement linéaires et analytiques sont rarement satisfaisantes. Il ne s’agit pas d’abandonner complètement ce type d’approches, mais de lui adjoindre une perspective globale, dans l’optique d’une écologie éducationnelle __ LEGENDRE, R. (1983); ROCQUE, S. (1989).