APPROCHE MONODISCIPLINAIRE

Did./Péd./Rech. Action d’aborder un projet ou de résoudre un problème en se limitant aux données d’une seule discipline. V monodisciplinarité. VA compétence, W.

A. Étym. Du grec monos, seul.

B. Avantages. Depuis la tendance à l’interdisciplinarité dans les programmes d’études, la monodisciplinarité est devenue pour certains une approche à bannir absolument. Loin de revêtir une connotation péjorative, l’approche monodisciplinaire présente au contraire plusieurs avantages exclusifs. Elle est la seule qui puisse permettre l’accès aux concepts directeurs, à la terminologie, aux procédés, à la méthodologie ainsi qu’aux données particulières d’une discipline.

C. Tableau comparatif des diverses approches disciplinaires.


D. État de la question des approches disciplinaires. Il est d’usage courant de distinguer différentes approches interdisciplinaires en tenant compte de la classification proposée par l’OCDE (APOSTEL, L. et al., 1972) et reprise entre autres par l’UNESCO (1983) et par de nombreux auteurs. Jean Piaget (1972) et G. Gusdorf (1983) ne considèrent cependant que quatre formes d’interdisciplinarité : la multidisciplinarité, la pluridisciplinarité, l’interdisciplinarité proprement dite et la transdisciplinarité. Quant à Claude GERMAIN (1991), il relève qu’une distinction terminologique s’impose de prime abord. Les termes mono, pluri, multi, inter et transdisciplinarité font appel à deux points de vue distincts : d’une part, le point de vue du nombre de disciplines impliquées, et d’autre part, le point de vue du type de relations entre les disciplines. Sur le plan du nombre de disciplines, il est inutile de multiplier les termes : seule la distinction entre « une » et « plus d’une » disciplines paraît pertinente, autrement dit la distinction entre monodisciplinarité et pluridisciplinarité. Du point de vue du type de relations entre les disciplines (le cas de la monodisciplinarité étant mis à part), il semble y avoir trois possibilités, réparties sur un continuum : l’intradisciplinarité, l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité. À l’une des extrémités du continuum, il y a l’intradisciplinarité, le degré zéro des relations entre les disciplines, c’est-à-dire absence à peu près totale de relations, absence de contacts, sinon quelques contacts fortuits et inorganisés, ou tout simplement juxtaposition, parallélisme ou agrégat de disciplines. Au degré suivant du continuum, il y a l’interdisciplinarité, qui se caractérise par l’interaction, c’est-à-dire la réciprocité des rapports entre les disciplines en cause. À l’autre extrémité du continuum, il y a le dépassement des disciplines, c’est-à-dire l’intégration disciplinaire totale : la transdisciplinarité. Épistémologiquement, il n’y a pas de distinction de nature, mais bien de degré entre les éléments de ce continuum __ GERMAIN, C. (1991). Pour sa part, Yves LENOIR (1991) propose une typologie de l’interdisciplinarité scientifique qui résulte de l’analyse comparative des propositions de classification provenant de différents auteurs (Althusser, L., 1974; Bastide, R., 1967; Benoist, J. M., 1983; Boisot, M., 1972; Bouchard, C., 1990; D’Hainaut, L., 1986; Heckhausen, H., 1972; Piaget, J., 1972; Resweber, J. P., 1981; Smirnov, S. N., 1983). Cette typologie s’appuie sur celle de Erich JANTSCH (1972) et a été quelque peu modifiée à partir des analyses de Guy PALMADE (1977). Au niveau le plus bas, se retrouve la monodisciplinarité, ou unidisciplinarité, qui désigne une science considérée en elle-même. L’intradisciplinarité renvoie à la structuration interne des composantes d’un champ disciplinaire. La multidisciplinarité consiste en une juxtaposition de deux ou de plusieurs disciplines. La pluridisciplinarité est la juxtaposition de disciplines diverses, se situant généralement au même niveau hiérarchique (c’est-à-dire de même degré de structuration interne), et groupées de manière à souligner les relations entre elles. Les contacts entre ces disciplines, qui apparaissent plus ou moins voisines, sont alors de type égalitaire. La disciplinarité croisée suppose l’imposition de l’axiomatique d’une discipline à d’autres disciplines de même importance, avec lesquelles elle entre en relation. L’interdisciplinarité auxiliaire, ou instrumentale, se réfère à l’utilisation par une discipline de méthodes appartenant originellement à une autre. L’interdisciplinarité complémentaire, ou d’emboîtement, implique des chevauchements au niveau des objets d’études. L’interdisciplinarité transversale, prise dans le sens d’un cheminement « à travers », ou transdisciplinarité au sens restreint, est généralement locale, ne rejoignant que quelques disciplines, et se caractérise par l’identification de concepts, d’une terminologie, de méthodes, de techniques, etc., qui, bien qu’appartenant à d’autres disciplines, sont utilisés de façon commune par les disciplines considérées. L’interdisciplinarité structurale, que d’aucuns seraient tentés d’appeler la « vraie » interdisciplinarité, désigne des rapports étroits et égalitaires entre les éléments fondamentaux de disciplines qui peuvent éventuellement déboucher sur la formation d’une nouvelle discipline. La codisciplinarité enfin, ou transdisciplinarité au sens large, dans le sens de « au-delà », de « transcender », fait référence à une harmonisation conceptuelle de disciplines qui conduit à la mise en place d’une nouvelle discipline, à un système axiomatique général ou à une théorie qui permet de rassembler un groupe de disciplines. Pour notre part, nous gardons le terme « interdisciplinarité » pour exprimer les relations entre disciplines scientifiques de façon générique, et nous le qualifions au besoin pour caractériser l’une ou l’autre forme interdisciplinaire. Nous ne retenons pas le terme « transdisciplinarité » à cause du double sens (« au travers », « au-delà ») dont il est chargé, mais aussi parce qu’il existe une propension à lui accoler une signification de métaépistémologie, sinon de métascience. À sa place, il est fait appel soit à l’interdisciplinarité transversale, soit à la codisciplinarité, cette dernière indiquant bien l’harmonisation conceptuelle qui s’établit entre deux ou plusieurs disciplines et qui peut conduire à la création d’une nouvelle science. Cependant, si tel est le cas, une fois cette création menée à terme, cette nouvelle science devient une nouvelle discipline, et ne renvoie plus à l’interdisciplinarité, celle-ci n’existant qu’entre disciplines. Sans quoi, il faudrait admettre l’universalité de l’interdisciplinarité, puisque toutes les branches scientifiques se sont progressivement constituées et détachées les unes des autres à partir de la philosophie, et reconnaître, dès lors, la futilité d’une réflexion sur cette question __ LENOIR, Y. (1991). VA transdisciplinarité, A.

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