APPROCHE SYSTÉMIQUE

1. Adm./Gest. VA culture organisationnelle, H.

2. Did./Péd. Approche de l’enseignement-apprentissage qui identifie les interrelations au sein et entre les composantes d’une situation pédagogique.

3. Éduc. Approche de l’éducation en tant que macrosystème d’une société, formé de mésosystèmes interdépendants, lesquels se composent de microsystèmes interreliés devant former un tout cohérent et orienté vers l’atteinte de finalités, de buts et d’objectifs. Langage qui permet de constituer des modèles analogiques, lesquels sont des façons particulières et évocatrices de réfléchir aux faits éducatifs __ LEGENDRE, R. (1983). Des spécialistes aussi éloignés les uns des autres que des biologistes, des linguistes, des économistes, des sociologues, des psychologues, des ingénieurs des communications et des mathématiciens, se retrouvent subitement au coude à coude et en possession d’un formidable appareil conceptuel dont ils découvrent progressivement qu’il constitue pour eux un langage commun __ LÉVI-STRAUSS, C. VA cybernétique, C; éducation globale, B; qualité totale, D.

4. Rech./Sc. Méthodologie permettant de rassembler et d’organiser les connaissances en vue d’une plus grande efficacité de l’action __ DE ROSNAY, J. (1975). L’approche systémique englobe la totalité des éléments du système étudié, ainsi que leurs interactions et leurs interdépendances __ id. Méthode d’analyseet de synthèse prenant en considération l’appartenance à un ensemble et l’interdépendance d’un système avec les autres systèmes de cet ensemble __ DE VILLERS, M.-É., OLF (1981). Méthodologie transdisciplinaire conjuguant l’ensemble des connaissances en vue d’effectuer l’étude globale d’une réalité en mettant l’accent sur l’interdépendance des éléments et les interactions entre eux; mode de pensée globale où chaque élément est situé dans un ensemble plus vaste, dans un réseau de multiples interrelations de personnes, d’objets, d’événements, de motivations, d’intérêts, d’obstacles, etc. __ LEGENDRE, R. (1983). Syn. approche des systèmes; systémique; systémographie. V approche écosystémique. VA approche, I et J; holisme, D; paradigme, K; résolution de problèmes, W; transdisciplinarité, B. EA approche globale. = {analyse des systèmes; approche analytique/ cybernétique/synthétique}.

5. Techno. éduc. Approche permettant de décrire un ensemble de méthodes adoptées par le technologue dans ses interventions visant l’amélioration des rendements dans l’apprentissage à l’intérieur d’un système donné __ STOLOVITCH, H. D. et LA ROCQUE, G. (1983). Structure comprenant un nombre de systèmes, de sous-systèmes et d’éléments de systèmes en interaction. Ex. : détermination d’objectifs, planification des cours, admission des personnes à former, mise en œuvre de la formation, recrutement du personnel, méthodes pédagogiques, installations, validation, suivi, etc. __ BIT (1987).

A. Historique. Le mouvement holistique qui prend aujourd’hui son élan définitif dans le mouvement systémique a connu une longue évolution. Des philosophes comme ARISTOTE, SOCRATE et PLATON étaient tous persuadés de l’importance d’aborder la réalité comme un tout dont les éléments sont tous interdépendants et orientés vers une finalité. Ces idées reviennent en force après une longue période d’un peu plus de trois siècles caractérisée par le dogmatisme réductionniste de DESCARTES qui a poussé les chercheurs à se complaire dans une spécialisation à outrance conduisant naturellement à l’érection des barrières entre les différents secteurs de la connaissance (M’PHERSON, P. K., 1988). Il y a lieu de distinguer trois principaux embranchements philosophiques qui ont conduit à la conception systémique moderne. Le premier courant part d’ARISTOTE en passant par SPINOZA (1632-1677) et HEGEL (1770-1831) pour aboutir à LASZLO (1972) et à la philosophie des systèmes. Le second courant est né de l’influence des conceptions biologiques d’ARISTOTE pour atteindre DARWIN (1809-1882) et BERTALANFFY (1901-1972) en passant par l’influence de la philosophie organique de WHITEHEAD (1861-1947), lui-même inspiré par SCHELLING (1775-1854) et HEGEL (1770-1831). En ce qui concerne le troisième courant, il prend origine chez DESCARTES (1596-1650), passe par l’empirisme de LOCKE (1672-1704) et le positivisme de COMTE (1796-1857) pour aboutir à la science moderne des systèmes. Ce dernier courant, tout comme le courant évolutionniste, après une bifurcation de plusieurs siècles semblent converger vers un retour à l’holisme des Anciens __ M’PHERSON, P. K. (1974); AUDY, P. (1980). Certains aspects de l’approche systémique peuvent être retracés dans les œuvres de divers scientifiques à partir du XIXe siècle. G. CUVIER (1807) écrivait déjà que toutes les parties d’un corps vivant sont liées; elles ne peuvent agir qu’en autant qu’elles agissent toutes ensemble. Quant à Claude BERNARD (1865), il proposa la notion de « milieu intérieur » dont il fallait tenir compte dans toute expérimentation sur les êtres vivants. Ce milieu intérieur était, à son avis, un « véritable produit de l’organisme » assurant des rapports d’échange et d’équilibre avec le « milieu cosmique extérieur ». Mais malgré la reconnaissance entre les processus organiques, BERNARD estimait nécessaire leur isolement afin de pratiquer l’analyse expérimentale. La notion de milieu intérieur sera reprise par Walter Bradford CANNON en 1929. Il s’en inspira dans l’élaboration du concept d’homéostasie pour rendre compte de l’ensemble des mécanismes assurant la régulation de l’organisme. En 1940, Norbert WIENER découvre la boucle circulaire d’information nécessaire pour corriger toute action, la boucle de rétroaction négative, et généralise cette découverte à l’organisme vivant. En 1958, N. WIENER publie Cybernetics or control and communication in the animal and the machine. Au cours de la même année, Claude Elwood SHANNON et Warren WEAVER publient à leur tour The mathematical theory of communication qui fonde la théorie de la communication. Peu de temps après, apparaît la Société pour l’étude des systèmes généraux (Society of general systems research)qui vise à étendre l’approche cybernétique aux systèmes sociaux et à l’entreprise. En 1961, J. W. FORRESTER crée la dynamique industrielle (Industrial Dynamics). Son but est de considérer les entreprises comme des systèmes cybernétiques pour simuler et tenter de prévoir leur comportement. En 1964, il généralise ses précédents travaux en créant une nouvelle discipline, la dynamique des systèmes. Les recherches ont continué à se développer dans ces différentes directions jusqu’à l’avènement de l’approche systémique. VA théorie générale des systèmes, A et B.

B. Nature. Les points de convergence de ce mouvement sont le souci de prendre en compte la complexité des ensembles physiques, vivants ou sociaux; la volonté de mettre en œuvre une étude synthétique de ces ensembles, en réaction contre les tendances analytiques de la démarche scientifique classique; et enfin le besoin de mettre au point une méthode qui permette de mobiliser et d’organiser les connaissances dans une optique pluridisciplinaire et grâce à un langage unitaire, support d’une articulation de modèles théoriques et de préceptes méthodologiques épars entre les savoirs fragmentés de diverses sciences __ ZAY, D. (1981). La démarche systémique (...) privilégie l’étude des interactions entre composants, l’observation participante, qui intègre l’observateur en tant que partie du système observé. (...) veut saisir la réalité dans sa globalité. (...) est progressive; elle procède par approximations successives. (...) paradigme structuraliste par la prise en compte du complexe __ BERBAUM, J. (1982). L’approche systémique combine le traitement analytique (centré sur les éléments) et le traitement structural (centré sur les relations entre les composantes d’un objet). Plus complète que les approches analytique et structurale pures, l’analyse des systèmes permet de rendre compte tant de l’individualité des éléments et de celle de l’objet lui-même, des relations à l’intérieur de l’objet, des relations entre l’objet et son environnement que de la configuration d’ensemble. (...) fait appel aux deux hémisphères du cerveau; du cerveau gauche, elle exige l’analyse, la référence aux connaissances existantes, à la rationalité et à la rigueur; du cerveau droit, elle requiert la synthèse, l’émergence de savoirs nouveaux, l’intuition et la souplesse. (...) L’approche systémique se base sur la croyance que l’être humain peut effectivement accroître sa compréhension des phénomènes et agir sur le cours des événements en dépit d’hypothétiques forces immatérielles qui peuvent s’exercer sur lui et son environnement. L’approche systémique se fonde sur l’expérience qu’une étude méthodique de la réalité vaut beaucoup mieux qu’une investigation à la bonne franquette. De plus, elle n’exclut aucune autre vision; elle élabore des modèles parmi plusieurs autres possibles et complémentaires __ LEGENDRE, R. (1983). La pensée systémique est une pensée processus. (...) La vision systémique de la vie est une base appropriée non seulement pour les sciences naturelles et du comportement, mais aussi pour les sciences sociales __ CAPRA, F. (1983).

C. Méthodologie. L’approche systémique n’est pas une science, une théorie ou une discipline. Elle est une nouvelle méthodologie, un nouveau modèle qui permet de rassembler et d’organiser les connaissances en vue d’une plus grande efficacité de l’action __ DE ROSNAY, J. (1975). L’approche systémique propose une appréhension des phénomènes qui pourrait être caractérisée par les éléments suivants : « 1. Dénonciation des insuffisances de la méthode analytique et recherche d’une méthode synthétique ou dialectique (...). 2. Importance attachée à la distinction en plusieurs niveaux d’analyse. 3. Prise en compte de la globalité et de la totalité. 4. Insistance sur les liaisons entre les éléments et non sur les éléments eux-mêmes. 5. Prise en compte de la complexité comme telle » __ BAREL, Y. (1971) dans NADEAU, J.-R. (1982). En d’autres termes, elle est un instrument pour scruter des phénomènes complexes ou une méthode synthétique qui dégage les lois fondamentales de la nature et de la société __ PROVENCHER, S. (1987).

D. Discours cartésien/systémique __ NADEAU, J.-R. (1982). Les préceptes de base du discours cartésien s’opposent franchement à ceux véhiculés par le discours systémique. Le tableau ci-dessous illustre cette différence.

DISCOURS CARTÉSIEN

DISCOURS SYSTÉMIQUE

Évidence
Réductionnisme
Cause-effet
Exhaustivité

Pertinence
Globalisme
Comportement-finalité
Agrégativité

Malgré leurs divergences conceptuelles, certains auteurs trouvent que les deux approches sont quelque peu complémentaires, en ce sens que l’approche cartésienne peut convenir à l’étude des systèmes simples, voire même compliqués, alors que l’approche systémique convient davantage à l’étude des systèmes complexes __ LE MOIGNE, J.-L. (1977); AUDY, P. (1980). Ainsi, l’approche cartésienne, en isolant les éléments et les variables, demeure efficace lorsque les interactions sont linéaires et faibles, tandis que l’approche systémique se montre efficace lorsque les interactions sont non linéaires et fortes.

E. Interdisciplinarité et transdisciplinarité. L’approche systémique est interdisciplinaire dans la mesure où elle se base sur les isomorphismes ou les similitudes entre les systèmes que l’on retrouve dans divers champs d’études. Toutefois, elle déborde toute explication qui ne serait qu’une synthèse sommative. En outre, elle est transdisciplinaire en ce sens qu’elle n’est ni « science », ni « théorie », ni « discipline » mais une méthodologie nouvelle permettant de mieux organiser les connaissances __ DE ROSNAY, J. (1975); TOUSSAINT, M. J. R. (1989).

F. Approche systémique/analytique. Le propre de l’approche analytique est de décomposer un objet en ses éléments constitutifs. Elle se base donc sur le postulat de l’additivité des propriétés élémentaires, ce qui n’est acceptable que lorsque l’objet est homogène, c’est-à-dire comprenant des éléments semblables qui ont entre eux des interactions faibles. Ce n’est plus le cas des systèmes complexes dont l’ensemble des propriétés n’équivaut pas à la somme des propriétés des parties. Il faut, dès lors, les considérer dans leur totalité et leur dynamisme propre. À la différence de l’approche analytique, l’approche systémique englobe la totalité des éléments ainsi que leurs interactions (DE ROSNAY, J., 1975; OUELLET, A., 1981; NADEAU, J.-R., 1982). Dans le monde de la recherche scientifique, chacune de ces approches propose une instrumentation conceptuelle permettant le développement des connaissances __ TOUSSAINT, M. J. R. (1989). VA O; approche analytique, C; paradigme, J; résolution de problèmes, W.

Tableau comparatif __ LEROUX, R. (09.88).


Approches systémique et analytique __ LEROUX, R. (09.88)

G. Approche systémique/analyse de systèmes. L’analyse de systèmes est une des stratégies de l’approche systémique. VA notes qui suivent.

H. Approche systémique/cybernétique. L’approche systémique dépasse et englobe l’approche cybernétique (WIENER, N., 1948), qui a pour but principal l’étude des régulations chez les organismes vivants et les machines __ DE ROSNAY, J. (1975). La systémique est la science des systèmes et la cybernétique est la science du contrôle de l’information de ces systèmes __ BERTRAND, Y. et GUILLEMET, P. (1989). VA approche cybernétique, D.

I. Approche systémique/globale. Elle s’appuie sur une approche globale des problèmes ou des systèmes que l’on étudie et se concentre sur le jeu des interactions entre leurs éléments. (...) approche en spirale, (...) par touches successives, (...) à des niveaux différents __ DE ROSNAY, J. (1975). VA W. Au précepte cartésien de réductionnisme qui demande une décomposition en autant de parcelles qu’il est possible de le faire et qui constitue la caractéristique essentielle de l’approche analytique, l’approche systémique oppose le précepte du globalisme. Les objets d’études ne sont pas en effet des touts à diviser, mais des parties d’un plus grand tout __ NADEAU, J.-R. (1982). Selon DE ROSNAY (1975), utiliser l’approche systémique, c’est avoir une vision globale des phénomènes qui nous entourent en postulant que les lois de la nature sont universelles. En effet, la loi de NEWTON pour la mécanique a la même structure que la loi de COULOMB pour l’électricité. Une plante a besoin d’eau et de terre protéinée pour croître comme l’économie d’un pays en voie de développement a besoin de capital et de ressources humaines __ MARTIN, P. (1986). Une approche globale peut aussi être superficielle si elle consiste seulement à voir une situation complexe « en gros », sans rigueur et sans faire appel à des principes universels et durables, car rien ne nous assure alors de la véracité de notre compréhension et de nos prévisions. L’approche systémique, au contraire, est « profonde », car elle s’appuie sur des principes universels applicables à tout système complexe : rétroaction, régulation, complexité, performance, hiérarchie, stabilité, adaptabilité, moindre action, etc. (...) Globale n’est donc pas synonyme de « vague » et « d’à peu près ». L’approche systémique a précisément pour rôle de traiter le global de façon rationnelle et rigoureuse. Profonde, l’approche systémique l’est également dans la mesure où elle s’occupe des finalités, ce qui est de toute première importance dans le domaine de l’être humain et de son environnement __ LEROUX, R. (09.88).

J. Approche systémique/mécaniste. L’objectif du mécanisme consiste à réduire tous les phénomènes et toutes les lois à des phénomènes et à des lois physico-chimiques. C’est donc un agencement de pièces et une combinaison de processus qui excluent l’idée de finalité. Il ne se fonde que sur le jeu de causes. Par contre, l’approche systémique insiste sur le concept de téléologie qui a trait aux conséquences, plutôt que sur les causes qui, de toute façon, n’ont pas toujours les mêmes effets. Par exemple, une même consigne, une même phrase lancée à un individu n’aura pas le même effet selon la façon de traiter l’information à tel moment ou selon les dispositions internes de l’individu. Dans l’approche systémique, la rationalité tend à s’exercer sur la cohérence entre les fins et les moyens plutôt que sur la relation de cause à effet __ Dictionnaire Marabout Université (1972); AUDY, P. (1980).

K. Approche systémique/systématique. L’approche systémique est plus qu’une approche systématique; elle exige que l’on prenne en considération tous les éléments du système et, qu’en plus, l’on apprécie cet ensemble organisé comme étant plus que la somme de ses composantes; c’est bien plus que procéder avec méthode, si l’on s’en tient à l’usage courant du mot systématique. Le substrat de l’approche systémique repose évidemment sur l’idée de système. Dans tout système, il y a les composantes du système, les qualités ou attributs des composantes et les relations entre les composantes. Ces relations forment une sorte de tissu qui fait tenir ensemble le système et qui lui confère son identité propre. Les notions d’interdépendance et de totalité qui sont sous-jacentes obligent à considérer les phénomènes d’organisation et de régulation (rétroaction) comme inhérents au système. De plus, quand on pense « systémique » on est forcé de tenir compte du contexte auquel le système appartient. Pour nous, il est essentiel de prendre en considération, non seulement l’efficacité et le fonctionnement interne des systèmes de formation proposés, mais aussi de découvrir et d’identifier les relations que notre système entretient avec les autres systèmes qui existent dans son propre environnement. Cette préoccupation quant à l’ouverture du système garantit une meilleure adaptation de celui-ci avec son environnement propre. Enfin, tout système de formation s’intéresse à l’humain, système complexe par excellence, et l’approche systémique constitue le macroscope nécessaire à toute réflexion et à tout construit concernant les affaires humaines __ BOISVERT, L. et PINTO, N. (1992). V approche systématique.

L. Approche technosystémique (étapes) : 1. identification du besoin ou problème auquel il faut répondre; 2. définition des objectifs qui vont contribuer à satisfaire ce besoin et définition des critères d’évaluation; 3. énoncé des contraintes et des possibilités; 4. création des différents systèmes pouvant atteindre les objectifs; 5. choix d’un système; 6. implantation du système __ BERTRAND, Y. et al. (1980).

M. Approche systémique/théorie générale des systèmes. Elle se distingue de la théorie générale des systèmes (VON BERTALANFFY, L., 1954), dont le but ultime consiste à décrire et à englober, dans un formalisme mathématique, l’ensemble des systèmes rencontrés dans la nature __ DE ROSNAY, J. (1975).

N. Types. Il existe trois types d’approche systémique : l’approche systémique décisionnelle, l’approche systémique explicative et l’approche systémique opérationnelle.

O. Avantages : 1. L’approche systémique est un cadre de pensée et de recherche et non un carcan __ NADEAU, J.-R. (1982). 2. (...) un cadre conceptuel qui aide à organiser les connaissances, (...) renforce leur mémorisation et facilite leur transmission __ DE ROSNAY, J. (1975) dans id. 3. (...) met l’accent sur la complexité et la globalité, parce qu’elle attache de l’importance à la distinction entre plusieurs niveaux d’analyse, elle peut déboucher sur l’action. 4. (...) l’usage qu’elle fait (...) des analogies, métaphores et modèles achemine presque obligatoirement l’approche systémique à la création __ NADEAU, J.-R. (1982). Elle est le support de la pensée inventive tandis que l’approche analytique est le support de la pensée connaissance __ DE ROSNAY, J. (1975) dans id. 5. L’approche systémique fournit des catégories cognitives nouvelles qui permettent d’échapper aux anciennes, marquées par leur condition sociale et disciplinaire d’exercice. 6. Elle permet un passage entre le tout et la partie et de combiner approche globale et approche sectorielle __ PINEAU, G. (1973) dans id. 7. La nomenclature systémique permet une représentation uniformisée des systèmes, un langage universel quel que soit le type ou le niveau du système concerné __ SIMON, P. et LAROSE, R. (1975) dans id.

P. Action. L’approche systémique n’a d’intérêt que si elle débouche sur l’opérationnel en favorisant l’acquisition des connaissances et en permettant d’améliorer l’efficacité de nos actions. Elle doit donc permettre de dégager, à partir des invariants, des propriétés et du comportement des systèmes complexes, quelques règles générales destinées à mieux comprendre ces systèmes et à agir sur eux. (...) C’est par un aller-retour incessant entre représentation et action qu’un modèle conceptuel peut évoluer. C’est dans ce sens que (...) l’approche et la méthode « systémiques » (...) pourront être utilisées dans l’éducation et dans l’action __ DE ROSNAY, J. (1975). L’approche systémique débouche sur l’action. C’est une méthodologie permettant une organisation des connaissances en vue d’une meilleure efficacité dans l’action __ LEROUX, R. (09.88).

Q. Changement et innovation (étapes) (NADEAU, J.-R., 1982) : 1. analyse complète du système dans lequel nous voulons voir s’effectuer des changements; 2. conception d’un système cible; 3. élaboration d’un système de transformation pour que de la situation actuelle, nous atteignions la situation cible.

R. Résolution de problèmes. L’approche systémique n’est pas la réponse à un problème, mais elle représente un moyen scientifique rationnel de trouver la meilleure réponse. C’est une procédure bien agencée qui est structurée de manière à minimiser les options préconçues et à porter au maximum l’objectivité nécessaire pour trouver une solution scientifique digne de foi à un problème __ GALISSON, R. et COSTE, D. (1976).

S. Étude du comportement dynamique des systèmes complexes (étapes) __ DE ROSNAY, J. (1975).


T. Pensée. En se basant sur le postulat de l’approche systémique, on associe la pensée à un système psychologique formé d’une structure cognitive. MELVIN et WILLIAM (1973) ont décrit quelques systèmes en psychologie : l’associationnisme qui étudie la relation entre la mémoire et le stimulus (S-R), le béhaviorisme qui montre l’organisation de la structure cognitive à partir d’une séquence de stimuli (S-O-R) afin d’atteindre un objectif, la théorie du gestalt qui, par analogie des structures (isomorphisme), permet à l’être humain d’élaborer ses propres stratégies cognitives pour atteindre un but. Il ressort donc que la pensée est subdivisée en niveaux de complexité et qu’elle doit, pour être en équilibre, converger vers une finalité __ MARTIN, P. (1986).

U. Limites : 1. Comme toute autre approche, les limites de l’approche systémique pour Gaston PINEAU (1973) « tiennent en particulier dans la faiblesse axiomatique de ses catégories et dans sa difficulté d’appréhender la totalité dans sa dynamique » __ NADEAU, J.-R. (1982). Il est relativement difficile de reconnaître la complexité d’un phénomène et de pouvoir l’étudier simultanément sous ses différentes facettes __ TOUSSAINT, M. J. R. (1989). 2. L’approche systémique ne peut prendre aucune décision et ne peut être supérieure à la valeur des données utilisées __ ALKIN, M. et BRUNO, J. (1970) dans NADEAU, J.-R. (1982). 3. L’approche systémique est limitée parce qu’elle est incomplète sans l’approche analytique. Si l’approche analytique n’est pas apte à connaître l’ensemble, il ne faut pas demander, en revanche, à l’approche systémique de connaître avec précision les parties, les interactions isolées, les détails. On doit faire appel pour cela à l’approche analytique. 4. Les modèles systémiques de systèmes complexes, tels que ceux qu’on retrouve en environnement par exemple, sont toujours des simplications. Simplification, en premier lieu, parce qu’on ne considère que certains aspects, les plus importants, en négligeant ceux qui ont peu d’influence. Simplification aussi parce que la réalité est réduite à nos méthodes de modélisation et aux principes des systèmes __ LEROUX, R. (09.88).

V. Éduc. En éducation, l’approche systémique permet d’analyser des situations éducatives concrètes en vue d’améliorer l’efficacité du processus d’enseignement et d’apprentissage. Elle facilite ainsi une meilleure intégration à l’environnement institutionnel et social. Cela ne veut pas dire que l’approche systémique est une théorie des systèmes éducatifs ni une méthode particulière d’enseignement ou d’éducation. Elle permet seulement de concevoir l’enseignement comme un système de décisions et d’activités orientées vers l’apprentissage, et de parvenir à une plus grande efficacité de ce processus __ RIENDEAU, M. (1974). Une approche systémique, décloisonnée, permet (...) d’assembler les connaissances particulières en ensembles cohérents. Elle favorise alors la formation de concepts fondamentaux __ MEQ (05.80). L’approche systémique, il faut le préciser, n’est point une nouvelle sorte d’éducation; elle ne favorise aucune école de pensée pédagogique. Ce n’est d’ailleurs pas son rôle de justifier le béhaviorisme ou l’apprentissage libre. De plus, l’approche systémique ne s’inscrit guère dans une pédagogie dite fermée. Bien au contraire. Pour qu’un modèle systémique rende compte de la réalité, il doit être ouvert, en interactions continuelles avec son environnement. Une telle approche ne cherche pas non plus à éliminer les valeurs humaines inhérentes à un système; ces données sont essentielles, car elles sont des facteurs déterminants de la dynamique interne et externe du système. L’approche systémique est utilisée depuis quelques décennies dans la recherche en éducation : développement de cursus, planification des apprentissages, technologie éducative, confection de programmes, processus d’évaluation, administration scolaire, élaboration de méthodes, etc. __ LEGENDRE, R. (1983).

W. Péd. On peut également étendre cette méthode à notre façon d’étudier en général. Nous le faisons même parfois spontanément. Plutôt que de s’obstiner à vouloir absolument tout comprendre d’un paragraphe ou d’un chapitre avant de passer à l’autre, il est souvent préférable de passer une première fois, de comprendre ce que l’on peut comprendre puis de continuer et d’y revenir si nécessaire. On sait que la suite peut parfois expliquer les points obscurs et que les différents aspects d’un sujet s’éclairent souvent mutuellement. Il y a aussi une autre raison. Le subconscient travaille sans cesse et apporte des réponses à nos questions au moment où on n’y pense plus, où on fait autre chose et souvent quand on ne se concentre pas. Bon nombre de découvertes sont ainsi venues à leurs auteurs. Certains même y recouraient systématiquement. Les petits sommes créateurs d’EDISON dans son laboratoire sont célèbres à cet égard. Quant à Bertrand RUSSELL, il travaillait intensément sur un sujet puis le laissait complètement de côté pendant un certain temps pour passer à autre chose. Quand il y revenait, ses idées avaient avancé, s’étaient mieux ordonnées et il rédigeait alors des chefs-d’œuvre. Il faut laisser le temps au cerveau de synthétiser un système à l’aide de l’information que nous lui donnons de façon séquentielle tout comme notre organisme prend un certain temps à former différentes substances à partir des aliments que nous ingérons successivement. (...) Le processus d’apprentissage implique un va-et-vient continuel entre la forme analytique et la forme synthétique de la connaissance, processus qui exige un certain temps. Et, comme nous le verrons plus tard, une des règles générales d’action de l’approche systémique est de « respecter les temps de réponse » des systèmes __ LEROUX, R. (09.88).

X. Renforcement, répétition. La valeur de la répétition en apprentissage est bien connue. La compréhension et la mémoire en dépendent. On n’en connaît pas les mécanismes physiologiques, mais on suppose que la répétition permet d’éveiller ou de développer de nouveaux circuits dans le cerveau ou de les rendre permanents. Elle est employée depuis toujours par les grands maîtres et les grands communicateurs qui veulent transmettre des concepts nouveaux, une vision différente des choses, structurer la pensée de façon nouvelle. La répétition systémique n’est pas monotone, car chaque fois qu’on revient à un point, à chaque tour de spirale, on y revient à un autre niveau, enrichi des autres éléments du système considérés depuis la dernière fois. Et ainsi s’accroît notre vision interactive, intégrée, coordonnée, bref systémique __ id.

Y. Principe fondamental et règles d’action systémique __ LEROUX, R. (09.88). Toute action doit être accomplie le plus efficacement possible, avec la moindre action, sans gaspiller de ressources de façon à atteindre le but du système : 1. Rechercher d’abord l’idéal le plus élevé : « Penser globalement, agir localement », de René DUBOS, implique de se pencher d’abord sur le système global et ses finalités premières si l’on veut pouvoir orienter l’action qui, elle, est toujours locale, particulière, concrète. 2. Choisir la moindre action : le moins d’énergie, de temps, de ressources, de moyens en général. 3. Préférer les objectifs à la programmation détaillée : il vaut mieux fixer des objectifs (...) ensuite s’assurer que l’organisation possède les éléments de régulation nécessaires. 4. Agir sur le plus complexe : c’est en agissant sur la partie la plus complexe que nous aurons le plus d’effet sur un système. 5. Différencier pour mieux intégrer : la connaissance distincte et détaillée des parties aide à une meilleure compréhension de leur intégration en un tout. 6. Intégrer repos et activité : le repos systémique, loin d’être opposé à l’activité, en est le fondement même, de là l’intégration nécessaire entre les deux. 7. Respecter la variété : non seulement conserver la variété existante en évitant de simplifier les systèmes, mais la favoriser, car elle est gage de croissance qualitative et de l’apparition de propriétés émergentes. 8. Favoriser l’ouverture à l’environnement : « Pour évoluer, se laisser agresser », Joël DE ROSNAY. 9. Équilibrer centralisation et décentralisation : le global concerne le sens, l’idéologie, le but, alors qu’au local appartient l’action, l’exécution détaillée. 10. Respecter le temps de réponse : certes les temps de réponse des systèmes peuvent parfois être améliorés, mais il y a des limites qu’on ne peut pas dépasser.

Z. Nomenclature.

adaptabilité

analyse de système

a. des systèmes

a. systémique

anasynthèse

approche écosystémique

a. systémique décisionnelle

a. s. éducationnelle

a. s. explicative

a. s. opérationnelle

a. technosystémique

autoentretien

auto-organisation

autorégénération

autotranscendance

autotransformation

complexification

contreréaction

dynamique des systèmes

écosystème

endosystème

entropie

équifinalité

exosystème

extrant

feedback

fonction

gigasystème

holon

homéostasie

hypersystème

information en retour

intrant

logique systémique

macrosystème

mandat

mégasystème

mésosystème

métasystème

microsystème

mission

modélisation

nanosystème

néguentropie

niveaux d’organisation

objectif de rendement

organisation

proaction

psychologie systémique

rendement

rétroaction

sous-système

stabilité

structuration

structure

supersystème

suprasystème

synergie

système

s. abstrait

s. adaptable

s. auto-organisateur

s. complexe

s. composite

s. concret

s. culturel

s. efficace

s. fermé

s.-monde

s. normatif

s. ouvert

s. simple

s. social

systémicien

systémique

théorie des systèmes sociaux

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