BURNOUT

1. Gén. État d’épuisement physique et psychique d’une personne qui a consumé son bagage d’énergies dans un contexte où elle n’a pu les renouveler, et qui se traduit par une attitude et une image négative envers soi, son travail et la vie en général. Qsyn. abattement; angoisse existentielle;épuisement; mal-être; surmenage.

2. Méd./Psych. Trouble adaptatif transitoire avec inhibition dans le travail; réaction à un trop grand stress prolongé relié au travail. Syn.épuisement professionnel. V stress.

A. Historique. De l’expression anglaise engine burn out, moteur usé, brûlé. Ce sont les psychologues industriels qui, les premiers, ont utilisé ce terme dans le sens où on l’emploie aujourd’hui __ LANGUIRAND, J. (11.89). Utilisé originellement dans l’industrie aérospatiale indiquant l’état d’une fusée qui a brûlé tout son carburant et qui retombe au sol. Il s’agit donc de ce que l’on pourrait appeler une autodestruction par brûlure interne, par combustion des ressources intérieures. Assez rapidement, au début des années 1970, l’expression burnout a été appliquée au monde du travail __ GRANTHAM, H. (11.89). Le terme burnout correspondant à l’idée d’épuisement professionnel a fait son apparition dans la littérature scientifique il y a plus d’une trentaine d’années. Deux chercheurs (GINSBERG et FREUDENBERGER), dont les études portaient sur les réactions au stress du travail, ont en effet utilisé en 1974 le terme burnout pour décrire le sentiment de vide et d’épuisement à la suite des exigences excessives du travail dans le secteur de l’administration et des entreprises de services. Le docteur FREUDENBERGER, ayant lui-même vécu une expérience d’épuisement professionnel dans les années 1960 (il travaillait alors avec un groupe de drogués à New York), se serait appuyé sur cette étape de sa vie pour mieux comprendre et observer cette réaction particulière au travail. Depuis 1976, une équipe de recherche californienne (MASLACH, PINES et JACKSON) a tracé la voie au champ d’études sur le burnout __ BOISVERT, J. (09.89).

A1. L’évolution du syndrome d’épuisement professionnel. Il faut parler des définitions, car le burnout est une pathologie dont la définition n’est pas figée dans le marbre. Elle est changeante et protéiforme, évolue avec les organisations du travail et leur impact sur notre santé. D’un auteur à l’autre, on l’a vu, la signification du terme burnout n’est pas nécessairement la même. D’une époque à l’autre, son contenu a évolué. Le burnout n’est pas une maladie, n’a pas de définition scientifique validée et est, en fait, un syndrome d’adaptation. Les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur le fait qu’il prend sa source dans l’environnement de travail et qu’il est le résultat d’une interaction, d’une rencontre entre des facteurs organisationnels et des facteurs individuels. Le type de symptômes du syndrome d’épuisement professionnel peut changer si la nature des pressions qui s’exercent sur l’individu change aussi.

A1.1. Année 1970 : la maladie des soignants idéalistes. Le syndrome d’épuisement professionnel se déploie dans un contexte où le travail est un engagement dans la défense de causes collectives. Des soignants bénévoles et idéalistes se brûlent les ailes en soignant des toxicomanes dans des centres de soins gratuits. Le décalage entre le soin rêvé et la réalité du résultat épuise leurs ressources internes. Mais de nos jours, si la majorité des soignants continuent à investir le soin, on sait aussi que les jeunes médecins ont une approche plus pragmatique, veulent un meilleur équilibre horaire entre leur vie privée et leur vie professionnelle, choisissent des spécialités qui rapportent rapidement. VA B2 et F2.

A1.2. Année 1980 : la maladie du battant. Le syndrome du burnout est décrit chez des individus qui ont une image idéalisée d’eux-mêmes, se perçoivent comme dynamiques, charismatiques, particulièrement compétents. Cette vision de soi-même rencontre des demandes professionnelles exponentielles et se heure aux limites du corps humain. À cette époque, le burnout est la « maladie du battant ».

A1.3. Année 2000 : un épuisement professionnel généralisé. Parallèlement aux formes classiques, on voit s’étendre à l’ensemble du monde du travail des tableaux d’épuisement de travailleurs se heurtant à la résistance d’un environnement de travail contraignant, bardé d’obligations procédurales, d’exigences de productivité grandissante, de pressions externes croissantes avec une invisibilité grandissante du travail réel et une diminution de tous les ressorts de la reconnaissance. _PEZÉ, M. (2017) : 75.

B. Manifestations : 1. fatigue extrême, lassitude permanente au plan physique, émotionnel ou intellectuel; 2. affaiblissement physique, exténuation émotive; 3. sentiment d’inutilité, insatisfaction personnelle, diminution de la confiance en soi; 4. apathie, perte de motivation, d’enthousiasme, d’intérêt et d’énergie envers ses activités; 5. désintérêt et piètre rendement au travail; 6. sentiment d’impuissance, sensation de subir plutôt que de contrôler les événements; 7. attitude négative généralisée, désespoir.

B1. Épuisement professionnel : état d’une personne de métier dont les forces physiques et le tonus nerveux se trouvent réduits par suite d’une charge de travail excessive ou de conditions d’exercice éprouvantes _ SILLAMY, N. (2003).

B2. Domaine social. Nombre de professionnels engagés dans le domaine social voient leur enthousiasme se tarir avec le temps. Les auteurs anglo-saxons désignent sous le nom de burnout (éteint, consumé) ce sentiment de découragement qui s’empare de beaucoup de travailleurs sociaux à un moment de leur carrière, et dont l’expression symptomatique la plus répandue est le repli sur soi, le doute, l’absence d’engagement. Certains changent d’activité ou même de profession; d’autres se défendent en mettant la plus grande distance possible entre eux et les familles, sur lesquelles ils vont disserter à loisir, en tenant de grands discours théoriques; quelques-uns essaieront coûte que coûte de tenir malgré tout et feront de leur vie un véritable apostolat _ SILLAMY, N. (2003) : 102. VA A1.1 et F2.

B3. Classes de symptômes. Le psychologue André SAVOIE (1983 : 94-95) s’inspirant de FREUDENBERGER regroupe les symptômes selon trois classes : les symptômes psychophysiologiques (sensations d’épuisement et de fatigue, fréquents maux de tête, etc.), les symptômes psychologiques (ennui, découragement, sentiments de futilité et de solitude, paranoïa, rigidité, etc.) et les symptômes comportementaux (changements draconiens dans le comportement, promptitude à la colère, conduites à risques élevés, etc.). _BOISVERT, J. (1989) : 11.

C. Signes avant-coureurs : 1. fréquentes insomnies; 2. retrait émotionnel et physique; 3. perceptions négatives de soi et de ses activités; 4. difficulté de concentration et de mémoire; 5. malaises divers (dos, tête, estomac, insomnie, perte de poids, etc.); 6. tension croissante, anxiété jusqu’à la détresse et l’angoisse; 7. fréquents états dépressifs; 8. troubles d’adaptation; 9. cynisme; 10. modifications profondes des comportements.

D. Symptômes dans le domaine de l’éducation : 1. détérioration de la qualité de l’enseignement et de la planification de cours; 2. baisse du niveau de tolérance; 3. augmentation des attitudes autoritaires et de l’agressivité; 4. baisse de confiance envers ses pairs; 5. cynisme envers la profession.

E. Causes générales. Parmi les causes extérieures reliées au travail, mentionnons des conditions négatives comme une organisation déficiente du travail, une surcharge de travail, une demande constante de services ou de soins constituant un stress continu et prolongé, de même que l’absence de mesures positives comme le manque de soutien administratif, le manque de communication et l’absence d’un système de valorisation du travail. Parmi les causes intérieures reliées à la personne, mentionnons une certaine vulnérabilité personnelle au burnout (« vision idéaliste » du travail, besoin excessif d’être utile et valorisé au travail, exigences trop élevées) ainsi que l’absence de ressourcement affectif et personnel adéquat (manque de loisirs et de vacances, manque de vie sociale et familiale, etc.) __ BOISVERT, J. (09.89). Même si l’on reconnaît que « la perception joue un rôle primordial dans la conceptualisation du stress » et que « certains exagèrent le degré de menace en réagissant avec excès à une situation que la plupart jugeraient insignifiante », de même que « c’est la façon dont une personne perçoit son pouvoir d’adaptation, et non jusqu’à quel point elle peut bien s’adapter, qui provoque une réaction de stress (HIEBERT, B., 1985), il n’en demeure pas moins que certaines conditions de travail peuvent contribuer à ce qu’un ensemble de personnes en viennent à ne plus être capables d’investir dans ce qu’elles font, fonctionner au minimum et refuser de fournir tout extra à ce qui est minimalement prescrit de faire __ DUPUIS, J.-C. (1990).

E1. Causes organisationnelles. Les variables génératrices du syndrome d’épuisement professionnel se situent schématiquement à trois niveaux : l’organisation du travail; les relations entre ceux qui travaillent; les attentes personnelles par rapport au travail _ PEZÉ, M. (2017) : 58-59.

E1.1. Organisation du travail. La surcharge de travail, le rythme des tâches à effectuer, la pression du temps, les horaires longs, imprévisibles, un travail répétitif, peu stimulant, avec des procédures standardisées, sont des variables importantes. L’impossibilité de contrôler son rythme de travail, le fait d’être soumis au travail des autres, à des objectifs inatteignables y participent tout autant _ id.

E1.2. Relations personnelles. Des rôles mal définis, contradictoires, l’isolement et le manque de soutien social, l’insécurité y contribuent également _ id.

E1.3. Attentes élevées. Mais le rôle des technologies de l’information et de la communication (TIC) sur la capture des corps et des esprits qui travaillent devient aussi totalitaire. Ces technologies de connexion constantes et instantanées sont parvenues à dissoudre complètement la frontière autrefois marquée, puis de plus en plus poreuse, entre la vie au travail et la vie privée _ id.

E2. Risques spécifiques pour la santé des femmes _ PEZÉ, M. (2017) : 224. Il existe bel et bien des risques spécifiques pour la santé des femmes, liés à l’organisation du travail. Parmi eux, on peut citer :

plus de troubles anxieux et dépressifs, car leurs postes sont moins qualifiés et leur travail moins reconnu (enquête SUMER);un comportement méprisant de la part des hommes et un déni de reconnaissance du travail;l’invisibilité complète de la double journée des femmes, une double peine psychologique avec des effets somatiques graves;les horaires de travail à rallonge qui accroissent le risque d’épuisement professionnel, d’affection coronaire, d’accident vasculaire cérébral, de diabète insulino-dépendant (voir publications Lancet et American Journal of Heart Society).

E3. Conditions d’exercice de la profession _ DROZ, N. et A. WAHLEN (2018) : 94.Depuis que le burnout est étudié, il est présent partout où des recherches ont été faites. Ce syndrome n’est donc pas lié à une activité particulière, bien que certains aspects d’un domaine professionnel ou l’autre augmentent les facteurs de risques (exposition à la souffrance d’autrui dans les métiers de la santé ou du social, pressions et enjeux financiers colossaux dans certains milieux bancaires, pharmaceutiques ou de trading, etc.). Surtout, aucune activité n’est a priori protectrice. Ce n’est pas la profession elle-même qui est vectrice d’épuisement, mais bien les conditions dans lesquelles elle est exercée.

E4. Technologies de l’information et de la communication _ DROZ, N. et A. WAHLEN (2018) : 113. Aujourd’hui, la pénibilité physique du travail a beaucoup diminué, du fait de la (re)connaissance de ces limitations, de l’automatisation des processus et des moyens auxiliaires. Si ce ne sont plus les limites physiques que nous dépassons aujourd’hui, les technologies de l’information et de la communication mettent à mal nos limites mentales et cognitives. En effet, nous sommes submergés d’informations via les e-mails, internet, smartphones et réseaux sociaux. Selon certains auteurs, cette surstimulation, ou « infobésité », engendrerait des troubles de l’attention, de la mémoire et du raisonnement, une augmentation de l’anxiété liée à la crainte de manquer l’information importante (le fameux FOMO – Fear Of Missing Out) ou au « syndrome d’immédiateté » (...) et une augmentation de notre tension intérieure, au sens propre comme au figuré. De plus, de nouvelles formes d’addictions sans substance en lien avec l’utilisation abusive de ces technologies sont apparues.

E5. Perspective globale _ DROZ, N. et A. WAHLEN (2018) : 73. Les causes du burnout sont à considérer dans une perspective globale. La prévention devrait inclure les facteurs de risques tant physiques (le bruit par exemple) que psychosociaux. Elle devrait porter tant sur le niveau individuel, que sur le niveau collectif (équipe) sur l’organisation dans son ensemble. Ceci, afin de limiter les déséquilibres importants entre risques et ressources, de diminuer les périodes de stress chronique et, ainsi, de réduire la probabilité d’entrer dans un processus de burnout.

F. Causes en éducation. Selon Bryan HIEBERT (1985) : en règle générale, l’organisation de l’emploi du temps, ou la surcharge de travail, l’interaction avec les élèves perturbateurs et les tensions que cela entraîne sont les stresseurs que les enseignants jugent, avec consistance des plus marquée, comme très forts. L’interaction avec les administrateurs et entre les parents et les enseignants, l’ambiguïté du travail et le sentiment que les exigences de la profession sont tellement variées, constituent d’autres stresseurs soulignés dans de nombreux rapports. D’autres auteurs ajoutent d’autres causes importantes : le sentiment d’être emprisonné dans une interminable routine; le peu de reconnaissance, voire l’hostilité des parents et de l’opinion publique; le peu d’emprise sur les décisions pédagogiques, lesquelles relèvent des administrateurs; les perspectives d’avancement absentes ou limitées; la violence entre les élèves et en provenance de ceux-ci envers les enseignants; attentes irréalistes de la population envers l’école; impuissance face aux échecs scolaires.

F1. Professions d’assistance. L’épuisement professionnel se manifestant plus particulièrement dans les professions « d’aide », les enseignants et enseignantes sont des victimes potentielles de burnout. Étant donné que les pressions constantes ou répétées associées à une implication intense avec les élèves sur une longue période décrivent bien le contexte d’enseigner, il n’est pas surprenant que cette occupation génère des cas de burnout. D’ailleurs comme le mentionnent PINES, A. et ses collaborateurs (1982), l’épuisement professionnel est un concept sociopsychologique et doit être distingué de la dépression : c’est une épreuve de nature sociale plutôt qu’individuelle et, par conséquent, il faut en chercher les causes dans l’environnement du travail. Ces auteurs veulent sensibiliser les travailleurs aux causes externes plutôt qu’internes et lutter contre ce que les psychologues appellent « le sophisme de l’unicité, d’ignorance pluraliste » (où l’individu présume, à tort, qu’il est le seul à avoir ces réactions). Dans le cadre d’ateliers sur le sujet, ils brisent l’isolement en donnant aux participants l’occasion de discuter. En réalisant qu’ils sont plusieurs à vivre l’épuisement professionnel, les participants se mettent alors à examiner leurs conditions de travail plutôt que leurs propres déficiences _BOISVERT, J. (1989) : 12. VA A1.1; B2.

F2. Le prof bouc émissaire. PINES, A. et ses collaborateurs (1982 : 69) soutiennent que dans l’enseignement on peut être victime de l’épuisement professionnel à n’importe quel niveau du système scolaire (de la maternelle à l’université). Une hypothèse non prouvée serait que si l’élève n’apprend pas, c’est parce que le ou la professeur,e n’a pas bien fait son travail. Cette croyance irréaliste serait partagée par les élèves, les parents, l’administration et le public, ainsi que par les éducateurs et éducatrices eux-mêmes, et provoquerait des sentiments de frustration, de culpabilité et d’échec _ BOISVERT, J. (1989) : 13.

G. Perspective écologique. L’épuisement du personnel doit être vu comme prenant sa source des interactions à la fois des individus affaiblis et des facteurs de l’environnement qui, ensemble, enlèvent les capacités des personnes à faire leur travail. Le traitement et la prévention doivent être approchés de plusieurs directions et à des niveaux différents, avec confiance et d’une manière coordonnée et bien intégrée. L’épuisement du personnel, exposé simplement, n’est pas un mal individuel. C’est une dysfonction écologique et doit être traitée comme tel __ CARROLL, J. dans BOISVERT, J. (09.89).

H. Phases. On distingue habituellement quatre phases successives, pour rendre compte des différents degrés d’intensité et de progression temporelle du burnout : 1. phase d’enthousiasme (on travaille alors beaucoup et on a de grands idéaux); 2. phase de stagnation (les choses ne se passent pas telles que prévues et on décide de consacrer plus de temps à son travail); 3. phase de désillusion, de frustration (on se questionne sur la valeur de son travail et sur ses capacités personnelles (...) certains problèmes de santé peuvent émerger); 4. phase d’apathie et de démoralisation (la personne peut détester son travail et se sentir incompétente); elle développe divers comportements d’évitement au travail et voudrait tout abandonner; cet état peut amener à une dépression majeure __ BOISVERT, J. (1989).

H1. Stades _ PÉZÉ, M. (2017) : 225. Les différents stades du syndrome d’épuisement :

Stade 1 : la réponse de l’organisme reste dans les limites physiologiques. Les fonctions respiratoire, circulatoire, le catabolisme* sont momentanément augmentés, mais la fatigue disparaît avec le repos.

[* Phase du métabolisme qui comprend les processus de dégradation des composés organiques, avec dégagement d’énergie sous forme de chaleur ou de réactions chimiques et élimination des déchets]

Stade 2 : la réponse oscillante s’installe lorsque l’effort se prolonge ou se répète à une cadence telle que les mécanismes de récupération ne peuvent que s’amorcer, suivis par une vague catabolique. Sommation de fatigues non compensées : évolution vers le surmenage.

Stade 3 :évolution pathologique : troubles digestifs, douleurs diffuses, amaigrissement, irritabilité, dépression, troubles du sommeil, lassitude au réveil, recours au coup de fouet des stimulants.

Stade 4 : au stade de l’épuisement, l’organisme capitule devant les facteurs d’agression : destruction des mécanismes régulateurs, dommages irréversibles.

H2. Étapes successives pouvant conduire au syndrome du burnout _ BAUMANN, F. (2006) : 37-38 :

Posséder un excès d’ambition

Vouloir à tout prix faire ses preuves peut se transformer en acharnement et en obsession.

Ne plus être suffisamment attentif à ses propres besoinsS’engager personnellement de façon trop entière

pour satisfaire aux exigences extrêmes que l’on s’est fixées (parfois inconsciemment).

Face à ces conflits internes, la prise de conscience se fait progressivement et les possibilités de refoulement sont déjà débordéesProgressivement tous les besoins non professionnels s’estompent et n’ont plus de place pour sauvegarder l’individu menacé.Cette lente disparition se fait généralement inconsciemment; le surmenage et la surcharge de travail sont de plus en plus niés

La personne perd son sens naturel de l’adaptation, sa flexibilité. Elle devient de plus en plus intolérante et rigide, dans son comportement comme dans sa pensée.

Une attitude cynique masquée par l’ironie, un sens de l’humour noir bien particulier marque le passage vers une désorientation

Mais là encore, le changement de personnalité n’est pas forcément perceptible, même pour les personnes extérieures…

On en arrive aux véritables changements comportementaux, marqués par une augmentation de la rigidité psychique, une attitude défensive imperméable à toute critique, une distance émotionnelle accrue, nommée ici déshumanisation.Puis une perte de conscience vis-à-vis de soi-même pouvant aller jusqu’à ignorer ses propres besoins antérieurs et raisons de vivre qui existaient au départ.

10- Arrivée à ce stade, la personne va se sentir inutile et incompétente, avec de forts sentiments de peur, qui sont à l’origine d’un désir de dépendance, comme un appel à l’aide, une recherche d’appui sur autrui…

11- Plus d’initiative ni de motivation à quoi que ce soit. Tous les aspects de l’état dépressif sont réunis ici, associés à une perte complète du sens de ce qui s’est produit et un désintérêt croissant pour l’environnement et pour soi-même.

Ce dernier stade est celui de l’épuisement total

Malheureusement, c’est aussi fréquemment celui où la personne est amenée à consulter. L’arrêt complet de toute activité est alors la seule solution; c’est paradoxalement aussi celle que craint le plus le patient, et cependant c’est elle qui lui est le plus nécessaire. Il est alors du rôle du médecin d’imposer à ce malade réticent un arrêt de travail, qui reste, à ce stade, le premier traitement véritablement utile.

I. Traitements.

I1. Problème important de santé. Le burnout n’est pas une atteinte à la santé simple, se soignant rapidement avec une bonne médication et éventuellement une thérapie. Des années seront nécessaires au rétablissement de l’équilibre des divers systèmes métaboliques concernés, ainsi que des équilibres psychique, mental, cognitif et émotionnel. Ce syndrome, comme ses prémisses (le stress chronique et l’épuisement), contribuent probablement à l’augmentation des risques pour la santé au sens large et constituent, à ce titre, un enjeu majeur de santé publique. _DROZ, N. et WAHLEN, A. (2018) : 149.

I2. Individus. Pour les individus qui traversent la fournaise du burnout, le plus important, à ce jour, est d’être entendus et accompagnés de manière adéquate _ id. : 181.

I3. Organisations. Pour les organisations, c’est de prendre conscience que ces personnes sont comme les disjoncteurs d’un système dont la tension expose l’ensemble à un risque de surchauffe. Prendre au sérieux ce qu’elles révèlent des dysfonctionnements est une attitude responsable. Faire participer l’ensemble des professionnels, qui composent l’organisation, à la transformation du contexte dans lequel ils évoluent le tiers de leur temps est une opportunité salutaire _ id.

I4. Société. Pour la société, c’est de s’interroger sur l’avenir et la place du travail, sur notre modèle économique, sur les valeurs que nous voulons promouvoir, dans une réflexion bien plus globale sur l’héritage que nous voulons transmettre, sur le monde que nous voulons créer et laisser aux générations futures _ id.

I5. Organisation du travail. Sur le plan organisationnel, plusieurs aspects reliés au travail peuvent être améliorés : la tâche elle-même (rotation, enrichissement), les récompenses, la formation et le perfectionnement, la reconnaissance, les promotions, les relations entre collègues et les périodes de retrait (pauses, congés, journées d’étude). _BOISVERT, J. (1989) : 12.

J. Traitement : 1. prévention et dépistage précoce; 2. ressourcement émotionnel par l’environnement; 3. repos, non oisif, consacré à se remettre en forme, à la relaxation, à une meilleure alimentation; 4. prise de conscience et remise en cause de ses valeurs et de son mode de vie; 5. redéfinition de ses attentes et des moyens de les réaliser; 6. climat de confiance, d’harmonie et de complicité; 7. autonomie plus grande et exercice libre du sens des responsabilités; 8. rupture avec la passivité en prenant en charge sa vie afin de faire du quotidien une constante occasion de développement. Pour éviter l’usure par le travail, David JOHNSON (1988), dans BOISVERT, J. (09.89), propose les dix antidotes suivants : 1. collaborez plus avec vos collègues; 2. lancez un projet qui compte vraiment pour vous; 3. changez votre façon de communiquer avec votre patron; 4. raccommodez-vous (avec certains collègues casse-pieds); 5. allégez votre charge de travail; 6. accordez-vous de temps à autre des moments de détente; 7. recherchez les collègues qui réagissent positivement et fuyez ceux qui réagissent négativement; 8. prenez soin de vous-même; 9. ayez quelque chose d’autre d’important à faire dans la vie; 10. améliorez vos relations personnelles en dehors du travail.

K. Prédispositions. (...) personnes qui font de la relation d’aide. (...) gens dévoués, idéalistes, qui veulent rendre les autres heureux, qui attachent de l’importance à ce qui n’est pas simplement matériel, dans leur vie comme dans celle des autres. (...) Ce sont des gens qui ont peu de contact avec la matière, qui se servent peu de leur corps au travail mais s’occupent plutôt des choses relevant de l’intelligence, de l’esprit, du psychosocial ou de l’organisation. (...) ces personnes recherchent une reconnaissance sociale. Et le burnout menace lorsque, du moins selon leur appréciation, cette reconnaissance commence à faire défaut __ GRANTHAM, H. (11.89). Tout individu qui, pour diverses raisons, refuse de franchir certaines étapes dans sa croissance personnelle. (...) les gens qui ont peine à trouver un sens à leur existence (...) à se consacrer corps et âme à leur profession (...) très critiques envers eux-mêmes (...) ils ont l’impression de devoir en faire toujours plus (...) les candidats au burnout ne réussissent pas à vivre de façon équilibrée (...) des personnes entreprenantes (...) individus qui entretiennent de trop grandes attentes à l’endroit de la vie __ LANGUIRAND, J. (11.89).

K1. Épuisement professionnel. L’exposition chronique à un stress prononcé et une faible emprise personnelle sur cette exposition peuvent engendrer un état de fatigue physique et psychologique appelé épuisement (SARAFINO, 2005). Si l’expression est maintenant employée à toutes les sauces, les spécialistes de la psychologie de la santé s’en servent pour désigner un syndrome spécifique apparaissant le plus souvent chez des personnes idéalistes qui occupent un emploi chroniquement stressant et émotivement exigeant (HÄTINEN et coll., 2004; LINZER et coll., 2002). Les personnes qui voient leur emploi comme une « vocation » éprouvent un vif sentiment de motivation et d’engagement lorsqu’elles amorcent leur carrière. À la longue, certaines d’entre elles se sentent cependant envahies par une fatigue émotive, deviennent désillusionnées et ne trouvent plus d’accomplissement personnel dans leur emploi : c’est l’épuisement professionnel. Il en résulte souvent un absentéisme accru, une forte baisse de productivité et un plus grand risque de problèmes physiques. Les policiers, les infirmières, les médecins, les travailleurs sociaux et les enseignants sont particulièrement exposés à l’épuisement professionnel. _HUFFMAN, K. (2007) : 385.

K2. Burnout/dépression. Pour ce qui a trait au burnout, certains indicateurs psychiques reflètent ceux de la dépression. Cependant, lorsqu’il s’agit d’évaluer l’épuisement professionnel, on interroge, en plus des composantes individuelles, des composantes liées à l’organisation du travail et des relations de travail. Le rétablissement de la personne qui vit un burnout dépend en effet de l’action qu’elle peut poser dans son milieu de travail pour modifier sa tâche, ses relations de travail en fonction de la réduction des facteurs de stress et de ses besoins d’aide __ PÉPIN, M. et al. (1983).

L. Gestion du stress. Nous pouvons déplorer le fait que toutes les solutions envisagées font appel à la logique et à la rationalisation et sont centrées principalement sur une gestion du stress. Si on en croit les travaux de Henri LABORIT (1976), cette orientation conduit à un cul-de-sac, à savoir l’inhibition (angoisse-suicide-destruction). Privé de la gratification positive qu’il cherche, l’humain lutte ou fuit puis, n’obtenant pas gain de cause, s’il reste dans l’axe dominant-dominé que lui commandent ses réactions, abdique. Même les techniques de distanciation privilégiées par la gestion du stress (se protéger, s’isoler des clients, se distancier) sont vues par Christina MASLACH (1976) comme source du détachement et de la déshumanisation du « burnout » au travail __ BESNER, M. et LA ROCQUE, G. (1992).

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