COMMUNISME

1. Gén. Organisation économique, politique ou sociale prônant le remplacement de la propriété privée par la collectivisation des biens. Syn. collectivisme; égalitarisme; socialisme. TA marxisme.

2. Pol. Doctrine observée par un parti communiste.

3. Soc. Ensemble des organisations communistes et de leurs adhérants.

A. Origines. Dans l’histoire de l’humanité, on retrouve de nombreux exemples de ce que nous appelons aujourd’hui le communisme. La tradition chrétienne, tout d’abord, comporte un caractère égalitaire incontestable. Citons simplement l’égalitarisme du christianisme primitif. L’Antiquité gréco-latine est également une source de pensée communisante. L’exemple le plus célèbre est celui de la République de PLATON (~ 428 - ~ 348), dans laquelle le philosophe propose l’idée d’une société égalitaire (mais basée cependant sur l’esclavage). Hippodamos de Milet (Ve s. av. J.-C.) reprendra cette idée tandis que d’autres comme NABIS de Sparte (~ 207 - ~ 192) et Aristonicos de Pergame (- ~ 129) tenteront de concrétiser cet idéal en accomplissant une révolution égalitaire et en libérant des esclaves. ARISTONICOS projettera de fonder une cité nouvelle, Héliopolis, où les préceptes égalitaristes devront être observés. Mentionnons finalement que, du côté des Grecs, les récits d’HÉSIODE faisaient allusion à un âge d’or de l’humanité où l’abondance des ressources dispensait l’Homme du travail et de la guerre. La tradition islamique est aussi fortement marquée par l’égalitarisme. MAHOMET, tout comme JÉSUS, fut un grand critique de la richesse matérielle. Un de ses disciples initia même une mystique musulmane qui fait la promotion de la communauté de biens (soufisme). Par ailleurs, plusieurs expériences positives de la mise en application des idées communistes sont rapportées au fil des époques, dans les différentes régions du monde islamique. Il semble cependant que ce soit l’Orient qui bénéficie d’un des héritages communistes les plus riches. La Chine, par exemple, fortement influencée par l’égalitarisme du taoïsme et du bouddhisme, connaîtra de multiples expériences de type communiste. Que cela se manifeste par MENCIUS (IVe s. av. J.-C.) prônant la culture collective des terres ou encore par les taoïstes ZHUANGRI et YANGZHOU qui rappèlent l’âge d’or où les Hommes vivaient en commun, il est évident que les idées communisantes y furent fortement représentées. En outre, l’histoire chinoise est jalonnée de révoltes paysannes visant à instaurer des pratiques communistes. On retrouvera également des phénomènes semblables en Birmanie, au Viêtnam ainsi qu’en Iran.

B. Communisme moderne. Ce n’est que tout récemment qu’ont été formées les idées communistes telles que nous les connaissons aujourd’hui. En Occident, quelques précurseurs notoires avaient, dès le XVIe s. émis des idées « modernes » en rapport avec la pensée socialiste. C’est le cas de Thomas MORE (1478-1535) et de sa célèbre « Utopie » dans laquelle il avance le principe de la communauté des biens. Notons aussi Tommaso CAMPANELLA (1568-1639) qui fera paraître sa « Citée du Soleil » en 1602 où il est question d’un communisme aux accents déistes. Durant la période des Lumières, le communisme se sépare de la religion et devient plus rationaliste. À la fin du XVIIe s. commence à prendre forme, chez les penseurs européens, une critique de la propriété privée et une promotion de l’égalitarisme. Cette pensée connaîtra ses lettres de noblesse au XVIIIe s. en s’exprimant surtout par le moyen des utopies (MESLIER, le marquis d’ARGENSON, MORELLY, MABLY, dom DESCHAMPS, COLLIGNON, etc.). Influencé par les écrits de COLLIGNON, BABEUF (1760-1797) procède, en 1796, à la « Conjuration des Égaux ». Pour MARX (1818-1883), ce révolutionnaire restera dans l’histoire comme le fondateur du « premier parti communiste agissant ».

C. Marxisme. Au XIXe s., les théoriciens socialistes poursuivent dans la veine inaugurée par les utopistes du XVIIIe s. et continuent de suggérer des idées relatives à l’émergence d’une société égalitaire idéale. ENGELS (1820-1895) parlera de ces théories en les désignant par le terme de « socialisme utopique ». Karl MARX constitue un point tournant dans l’histoire des idées socialistes en ceci qu’il est le premier à suggérer une analyse « scientifique » du phénomène. En portant son attention sur l’économique et la politique, il fonde ce qu’on appelle le « socialisme scientifique ». MARX prône non seulement la collectivisation des biens, mais aussi, et plus spécifiquement, la prise de contrôle des moyens de production par le prolétariat. Cette doctrine influencera profondément l’idéologie communiste au XXe s. D’une manière générale, le marxisme énonce que les contradictions patentes qui déchirent le capitalisme (et que font ressortir l’analyse marxiste) présideront à sa destruction. Ainsi, le marxisme fait confiance au « sens de l’histoire » qui entraînera inévitablement la venue du communisme. Le marxisme accorde le primat à l’économique sur la politique dans la lutte pour la venue du communisme. Il prône l’appropriation des leviers économiques par les masses populaires. Il croit également que la lutte doit se faire à l’intérieur des structures mises en place par les classes possédantes. De cette manière, les mouvements communistes, afin de mieux travailler à renverser l’ordre capitaliste, devront se former en partis politiques. En s’appropriant les mécanismes d’État, le prolétariat rendra possibles les luttes qui mèneront à l’abolition des classes sociales. Le marxisme fait également la promotion d’une « Internationale » forte et centralisée, favorisant l’expansion mondiale du communisme. Karl MARX se distingue par sa pensée des leaders idéologiques communistes qui l’ont précédés en ceci qu’il prône une lutte méthodique, mesurée et progressive du prolétariat par les moyens de l’économie et de la politique.

D. Communisme/intellectuels. Le communisme est souvent perçu comme un ensemble de conceptions intellectuelles transcendant l’organisation sociale capitaliste. En accord avec cette conception, un groupe d’initiés croit être en mesure d’anticiper le sens de l’histoire et ainsi de servir de guide aux autres dans l’accomplissement du communisme. Ces gens, les intellectuels, sont investis d’une sorte de mission sociale. Ce point de vue entraîne la prolifération au sein du communisme des vues particularistes.

E. Variantes. Il existe un nombre important de variations doctrinales dans l’interprétation que les multiples auteurs ont fait du communisme. Depuis l’avènement du communisme moderne, d’innombrables particularismes furent proposés par les penseurs, les hommes politiques et les organismes associés au communisme. Le marxisme est une variante du communisme qui s’est imposée vers la fin du XIXe s., notamment grâce aux efforts de son fondateur Karl MARX. Avant d’imposer son idéologie comme ligne officielle de l’Internationale, MARX devait notamment vaincre la solide opposition des anarchistes, dont le théoricien principal était Mikhaïl Alexandrovith BAKOUNINE (1814-1876). Les anarchistes prônaient une abolition de l’État, une Internationale décentralisée, ainsi qu’un recours à la violence pour prendre le pouvoir. C’est à la Conférence de Londres de 1871 que BAKOUNINE et les anarchistes sont discrédités et que MARX impose ses conceptions.

F. Marxisme/science. Certains intellectuels conçoivent la science comme une expression de l’idéologie qui la guide. En sciences de la nature, cette conception fut discréditée lors de l’affaire LYSSENKO en URSS en 1948. (On prétendait avoir inventé un « blé communiste », mais un examen plus approfondi de la méthodologie et des résultats de l’expérience infirma vite cette proposition). En sciences dites humaines, cependant, les perspectives marxistes semblent rencontrer davantage de sympathisants. Certains chercheurs en sciences humaines appliquent à leur domaine des concepts politiques inventés par MARX et souvent réinterprétés en fonction de leurs nouvelles applications. En Occident, d’une manière générale, cette tendance connut une grande vague au cours des années soixante-dix, mais il semble qu’elle tende actuellement à se résorber, sans doute du fait du discrédit général dont a récemment souffert en politique l’idéologie marxiste.

G. Critiques. Dans son application politique, le communisme (souvent à tendance marxiste) a entraîné plusieurs contradictions. À l’heure actuelle, il semble que le marxisme, en politique, ne soit plus une tendance idéologique majeure. Plusieurs ont souligné qu’une société marxiste était souvent victime d’un fort conservatisme. En effet, lors de l’instauration de l’ordre marxiste survient une sorte de « révolution culturelle » fortement axée sur l’acquisition de compétences techniques, la valorisation de la production industrielle et l’imposition d’un patrimoine littéraire et artistique dit classique. Un autre facteur interprété négativement par certains est le fait que le communisme soit inéluctablement poussé à s’enliser dans l’inefficacité économique. En effet, la morale égalitaire prévalant dans ce genre de système entraînerait un inévitable relâchement des volontés d’aspiration individuelles et ainsi un déclin général et inévitable du système. De manière générale, le communisme est souvent accusé d’occulter la complexité des processus de changement au sein d’une société. Il risque d’entraîner une fixation sur le « paradigme de la production », c’est-à-dire qu’il surestimera le prolétariat en tant qu’entité productrice et négligera les systèmes de pouvoir, de communication et les réalités ponctuelles de la vie d’un État. Finalement, mentionnons que l’application dogmatique de la doctrine marxiste a souvent entraîné la violation des droits et libertés individuelles des citoyens dans les États de cette allégeance. En effet, il apparaît qu’un régime marxiste soit souvent contraint de répondre aux contestations internes par le recours à des mesures fermes, voire violentes, qui nient les droits de l’homme tel que définis par la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) de l’ONU.

» Dictionnaire