Did. sc. ex. Conception d’un phénomène scientifique dont le pouvoir explicatif et prédictif se révèle restreint par rapport à la conception performante __ POTVIN, P. (1998). Syn. conception préscientifique/spontanée (LAROCHELLE, M. et DÉSAUTELS, J., 1991); misconception (GUZETTI, B. J. et al., 1993); croyance naïve (BARAMAZZA, G., 1981). V changement conceptuel; conception performante; conflit cognitif; primitive phénoménologique.
A. Table rase. Des éléments de réponse à plusieurs questions, qui se posent dans le secteur de l’éducation aux sciences, sont apportés par l’étude de la théorie du changement conceptuel. L’idée prêchée initialement par ARISTOTE (tabula rasa) et reprise par la suite par LEIBNIZ et LOCKE selon laquelle l’esprit de l’apprenant est vierge au départ, qu’il ne possède aucune idée préconçue, est rejetée depuis longtemps __ SHEMESH, M. et ECKSTEIN, S. G. (1993). La présence de nombreuses conceptions préscientifiques a été largement démontrée : par exemple, à propos de la Terre comme entité cosmique (NUSSBAUM, J. et SHARONI-DAGAN, N., 1983), de notions écologiques (LAWSON, E. A., 1988), du mouvement et de la gravité (BERG, T. et BROUWER, W., 1991), de la combustion (BOUJOUADE, B. S., 1991), de la lumière (FETHERSTONAUGH, T. et TREAGUST, D. F., 1992), de la flottaison (SELLEY, N., 1993), de l’accélération (DALL’ALBA, G. et al., 1993), des concentrations des solutions (HWANG, B. T. et LIU, Y. S., 1994), de la chute libre (VARDA BAR, B. Z. et al., 1994), de l’électricité (KOUMARAS, P. et al., 1996) et des centaines d’autres conceptions primitives de la part de plusieurs auteurs des quatre coins du monde. Des répertoires entiers de conceptions préscientifiques (primitives) ont été élaborés (THOUIN, M., 1989).
B. Origines. Quand il se présente à la culture scientifique, l’esprit n’est jamais jeune. Il est même très vieux, car il a l’âge de ses préjugés __ BACHELARD, G. (1986). Les conceptions primitives ne se construisent pas sur demande. Peut-être peut-on en construire l’expression spontanément, mais les mécanismes qui sous-tendent le « fond » de la pensée sont bien réels; ils sont basés sur quelques organisations conceptuelles. « ... les élèves ont une riche « accumulation d’idées interreliées » qui constituent un système personnel de croyances à propos du mouvement » __ CHAMPAGNE, D. et al. (1980). Les conceptions primitives (...) ont une certaine pertinence du point de vue de l’élève et elles sont construites par des mécanismes dont il faut présumer l’existence : « VERGNAUD (1983) a décrit une série d’expériences dans lesquelles les structures multiplicatives furent analysées de points de vue mathématique et psychologique. Parmi les résultats se trouvait la révélation que la plupart des procédures utilisées par les élèves, incluant les erreurs, avaient une signification physique » __ FARREL, M. A. et FARMER, W. A. (1985). Ainsi, on identifie comme conceptions primitives les conceptions issues de la vie courante, celles qui dérivent de l’instruction formelle et celles qui viennent des interactions physiques avec l’environnement et les pairs.
C. Propriétés. Les propriétés habituelles des conceptions primitives existent en grand nombre. Bien qu’elles ne soient pas en conformité avec les conceptions scientifiques admises, elles sont généralement pertinentes du point de vue de celui qui les utilise. Les conceptions primitives souffrent d’un excès ou d’un manque de différenciation, perdurent au contact de conceptions scientifiques, sont extrêmement tenaces et difficiles à déraciner. Souvent exprimées en termes absolus, les conceptions primitives se justifient par elles-mêmes et ne permettent que difficilement une analyse plus approfondie de la compréhension, portent l’illusion de scientificité et tiennent souvent du raisonnement circulaire. Elles sont issues des réalités usuelles, sont souvent automatisées depuis longtemps et sont liées à l’âge des individus qui les détiennent __ POTVIN, P. (1998).