CRÉATION

1. Gén. Résultat d’un état d’étroite interaction entre pulsion et pression, entre imagination et raison, et se situant sur un continuum d’une situation initiale à une situation finale __ KOESTLER, A. (1965) dans LAMBERT, M. (1987).

2. Créat./Spéc. Activité d’association et de combinaison permettant de constituer des assemblages originaux à partir d’éléments préexistants __ JAOUI, H. (1975). VA analyse de la valeur, E, G, R et T; analyse de la valeur pédagogique, F; éducation physique, C; taxonomie du domaine psychomoteur, A : 6.22; typologie transdisciplinaire des démarches intellectuelles, B.8.

A. Acte créateur. Pour Arthur KOESTLER (1965), « l’acte créateur n’est pas un acte de création au sens de l’Ancien Testament. Il ne crée pas quelque chose à partir de rien; il découvre, mélange, combine, synthétise des faits, des idées, des facultés qui existaient déjà : le tout inventé sera d’autant plus étonnant que les parties seront plus familières ». (...) L’acte créateur est, dans ces notions, synonyme de création conçue comme un processus dynamique dont la finalité est l’œuvre ou l’objet caractérisés par la nouveauté, l’innovation, et qui correspond à ce que TAYLOR appelle « créativité innovante » ou « émergence créative » __ LAMBERT, M. (1987).

B. Créations virtuelles. Elles désignent « les mouvements et actes psychiques de la puissance créatrice en chacun de nous », ce qui suppose que chaque individu possède en lui cette puissance. Ces mouvements et actes sont provoqués par ce que l’auteur appelle « commotions », qui constituent notre première expérience de la création : « l’admiration intense d’une œuvre a valeur de création psychique et d’explosif et met en face d’une nécessité intérieure de créer », sans pour autant que l’on devienne créateur. Pour être commotionnelle, l’œuvre de création doit « participer de l’art et, par là, enfermer une découverte, une vision nouvelle, un style propre » __ AUBRAL, F. (1982) dans LAMBERT, M. (1987).

C. Créations ordinaires positives. Ce sont celles qui répondent immédiatement au désir de faire quelque chose et qui procèdent d’actes presque instinctifs ne requérant ni pratique, ni connaissance des règles de l’art; à ces créations dénuées de toute prétention (qui peuvent être assimilées à des dessins d’enfants ou à des graffiti), il manque un travail d’élaboration, une pensée matérialisante, une conception, une vision nouvelle __ LAMBERT, M. (1987).

D. Créations ordinaires négatives. Aux créations ordinaires positives s’opposent « les créations ordinaires négatives », dont la finalité (le profit), la nature (l’anticommotionalité) et le moyen d’action privilégient la démagogie en nourrissant toutes sortes de préjugés : « œuvres confortables, inertes, elles bloquent les subjectivités dans un état de fixité qui ne met rien en mouvement » __ AUBRAL, F. (1982) dans LAMBERT, M. (1987).

E. Créations-actions. Les créations-actions provoquées par la commotion ou « créations commotionnelles » se répartissent en deux groupes : les créations « de plaisir » qui adopteront « un style défini et inscrit dans une tradition établie au moment où on l’aborde, qui ne choqueront pas ou pas plus par l’audace de leurs moyens d’expression », et les créations « de jouissance » qui « devront nous ébranler pas seulement dans notre registre d’images et d’imagination, mais au niveau de la langue même » __ id.

F. Création artistique/scientifique. Bien que la création artistique et la création scientifique mettent en jeu des processus analogues (notamment à l’intérieur de la pensée intuitive), des différences existent.Pour la plupart des artistes contemporains, c’est le processus même par lequel ils aboutissent à telle réalisation qui compte, et non l’objet fini duquel ils se détachent, même sur le plan affectif, le plus souvent. En outre, la création artistique met l’accent sur une autre perception du monde ou d’un objet, ou sur l’expression, alors que l’invention et la découverte se veulent objectives, orientées vers le concret, vers l’efficacité et vers une action possible sur la matière. L’art est personnel, la science impersonnelle : si la création artistique et la création scientifique résultent toutes deux de rapprochements originaux, inattendus, pour la première, l’idée féconde est un jugement esthétique subjectif, pour la seconde, le jugement réside dans la sanction expérimentale, objective; la science, soumise à l’objet, esclave de la recherche de l’objectivité, est prisonnière des règles qu’elle s’est données, alors que l’art réduit davantage les complexes appels de la condition humaine et répond aux enjeux de l’irrationnel et de l’irréel. La notion de progrès différencie également ces deux formes de création : les notions de créations scientifiques ou technologiques et de progrès sont indissociablement liées; la découverte ou l’innovation complètent l’acquis du passé et se substituent à lui. En art, on ne peut parler de progrès que dans les techniques employées; l’art contribue à faire découvrir des possibilités inattendues qui se révélaient concorder avec certaines expériences. Comme disait Oscar WILDE, il n’y avait pas de brouillard à Londres avant que WHISTLER ne l’ait peint __ GOMBRICH, E. (1970). La création artistique n’efface pas le passé, mais elle apporte de nouvelles visions qui s’ajoutent aux précédentes : « À vrai dire, l’expérience artistique de création de formes est, chaque fois, une « nouvelle donne » qui s’empare sans doute des éléments constitutifs du « paysage humain » qui habite l’artiste (que ce paysage soit mental ou anecdotique), mais qui suggère un arrangement nouveau, inédit, propose une redistribution du système constitué » __ AUBRAL, F. (1982) dans LAMBERT, M. (1987).

G. Création/créativité. Compte tenu de ce qui a été étudié précédemment, il ne peut y avoir création sans créativité; le passage de la créativité à la création implique un développement personnel, un épanouissement optimum des capacités individuelles et l’élan vital que représente l’acte créateur : les activités de création n’ont de réalité que dans les capacités personnelles de créativité qu’ont les découvreurs, inventeurs ou artistes __ LAMBERT, M. (1987).

H. Création et société. La création en tant que produit du processus créateur — découverte, invention, création artistique — est nécessairement dépassement de ce qui existe, modification de schèmes existants ou élaboration de schèmes ou d’objets entièrement nouveaux. En ce sens, les « créateurs » (ceux qui conçoivent et/ou réalisent des idées, objets, concepts, schèmes qui n’existaient pas auparavant, les artistes, découvreurs, inventeurs) sont toujours des « intrus » ou des « perturbateurs » d’une société qui aspire à sa propre conservation et à la stabilité __ LAMBERT, M. (1987).

I. CN : activité de * verbale; interdisciplinarité de *.

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