Gén. Difficulté, trouble, problème aigü en une phase critique ou en une impasse perturbatrice qui nécessite d’importantes interventions ou des changements majeurs de perception et d’agir. VA paradigme, L.
A. Étym. Du grec krisis, le mot crise signifie action de distinguer, de juger; moment décisif de prise de décision. Dans une perspective complémentaire, Jacques GRAND’MAISON (2000) écrit : « Le mot crise provient du grec krinein, qui signifie séparer, choisir, décider. D’où le terme kritikos qui veut dire capable de juger, de discerner, et krisis choix, action de séparer. Les moments de crises comportent en eux-mêmes leurs potentialités de dépassement, dans ce sens précis du kritikos et de la krisis. Mais la dynamique des crises ne peut se jouer quand on en nie la réalité, les causes et les effets, et les appels de révision, de renouvellement » __ LEGENDRE, R. (2002).
B. Résolution de problèmes. La prise de conscience d’une situation de crise constitue la première et essentielle étape du cycle de la résolution des problèmes de l’éducation présente. On n’accélère nullement le processus en s’arrêtant aux symptômes et en les assimilant aux causes du malaise. Il en est de même pour la santé des personnes que pour celle des institutions. L’identification des lacunes est déterminante, car elle permet d’apprécier l’existence, la nature et l’ampleur d’une situation de crise. Le « Ça va pas! » est-il sérieux et persistant, ou superficiel et passager? L’identification des symptômes permet en outre de planifier un réseau d’opérations conséquentes, lesquelles ne doivent pas viser à camoufler bêtement les manifestations du malaise __ id.
C. Changement profond et inéluctable. Le deuxième type ou niveau de changement se réfère plus spécifiquement à des problèmes, c’est-à-dire à «des impasses, des situations inextricables, des dilemmes insupportables, etc., que l’on a créés et fait durer en aggravant des difficultés ». Ce n’est qu’en toute dernière alternative que l’on se résoudra à procéder tout autrement lorsqu’on se trouve dans une situation qui paraît de plus en plus embrouillée quand on persiste à y intervenir par simples retouches. Françoise KOURILSKY-BELLIARD (1995) décrit bien cet instant déterminant de l’évolution : « Quand des mesures d’ajustement ne parviennent plus à corriger les dysfonctionnements d’un système et même produisent des effets pervers, alors il est en crise. Par exemple l’école, qui met en échec un trop grand nombre d’élèves favorisant paradoxalement leur exclusion, va à l’encontre de sa finalité ultime, celle de leur développement personnel et de leur intégration sociale. Un changement “de type 2”, visant à faire évoluer le système, devient alors un impératif. » Pour Lorraine SAVOIE-ZAJC (1993), ce changement est un « processus par lequel (...) une altération profonde et durable se produit dans un système spécifique » __ id.
D. Optique positive. Dans une situation de crise, il est normal de vouloir fuir, d’espérer que la page se tournera d’elle-même et que des jours nouveaux surgiront rapidement, par enchantement. Tout humains que nous sommes, nous n’apprécions guère l’inconfort, la souffrance, l’angoisse et la dévalorisation. Une crise, personnelle ou sociale, nous confronte douloureusement. Une alternative se présente alors : l’omniprésente tentation de la fuite ou la prise de conscience lucide de la situation chaotique. Dans ce dernier cas, l’engagement actif est possible; il implique nécessairement effort, détermination, persévérance, mais tout autant peur, doute et déséquilibre. La fuite ne résout rien. Tôt ou tard les problèmes reviennent, complexifiant davantage l’affligeante conjoncture. La dérobade comme les palliatifs, au mieux, retardent l’échéance inévitable du cul-de-sac. En contrepartie, l’engagement actif dans la résolution d’une crise s’avère une occasion privilégiée d’évolution, de développement et d’éducation. Mauro LAENG (1974) fait remarquer : « Les réalités d’une crise se rattachent toujours à un mouvement évolutif. » Erik H. ERIKSON (1972) parle de « tournant nécessaire, de moment crucial dans le développement ». La crise peut être un important facteur d’éducation __ id.
E. Recadrage. Il s’agit surtout a priori d’effectuer un recadrage, c’est-à-dire d’apporter « un nouvel éclairage de la réalité », selon la définition de Françoise KOURILSKY-BELLIARD (1995). L’auteure prévient les partisans des simples retouches, corrections et remaniements apportés à un système obsolète : « Toute adaptation correctrice à l’intérieur d’un système participe paradoxalement à son maintien en l’état. L’éducation nationale illustre bien cette boutade fort répandue dans notre pays (“plus ça change ici et plus c’est la même chose”)... L’École de Palo Alto a montré comment des solutions linéaires, correctrices, dites “de bon sens”, maintiennent et même peuvent aggraver certaines situations problématiques » __ id.