DOGMATISME

1. Gén. (Péj.). Attitude intellectuelle qui consiste à affirmer de manière sentencieuse et péremptoire des idées sans même les appuyer de preuves et sans accepter de les soumettre à la critique, à la discussion, ne les justifiant qu’en recourant au principe d’autorité. Syn. autoritarisme; intolérance; intransigeance. VA approche, H.1 et 2.

2. Épist. Fait d’exposer une doctrine, une connaissance, un savoir sans se soucier de ses fondements ou de la méthode avec laquelle il a été acquis. VA socioconstructivisme, F.

3. Méd. Système ancien de médecine et qui tentait, à l’opposé de l’empirisme, de connaître les causes profondes des maladies par le raisonnement et la connaissance des textes.

4. Phi. Doctrine métaphysique qui admet la possibilité pour l’être humain d’arriver à une connaissance absolue et certaine des vérités du monde. Ant. scepticisme systématique. VA besoin, A et E; pensée scientifique, D. TA scepticisme.

5. Phi. D’après Emmanuel KANT (1724-1804), doctrine qui établit des principes et des connaissances métaphysiques sans s’interroger au préalable sur des éléments critiques tels le droit à l’affirmation, les conditions de possibilité, la valeur de la raison, etc. Ant.criticisme. VAD.

6. Pol. Mode d’exercice du pouvoir politique par un individu (le despote) dont la puissance se justifie en elle-même, n’est contrôlée par aucune charte, n’admet aucun partage ni aucune contestation, est absolue et ne peut être renversée que par une force supérieure.

7. Pol. Fait d’imposer une idéologie politique non pertinente dans un contexte particulier puisque souvent développée dans l’abstrait au mépris patent de ce qui règle le social et la pensée du social, sans tenir compte des contraintes du réel, de l’état des besoins, ou des rapports de force au sein d’une société.

8. Rel. Disposition à croire les vérités religieuses (dogmes) en s’appuyant sur une objectivité sui generis provenant elle-même d’une autorité transcendante.

A. Étym. Du grec dogma, opinion arrêtée, croyance, doctrine.

B. Éduc. Dans l’expression « enseignement dogmatique », le mot est pris au sens 1 pour stigmatiser tout enseignement où l’élève, passif, reçoit des connaissances considérées et présentées comme définitives et achevées par un maître autoritaire. On dira alors qu’un enseignement de ce type, proche de l’endoctrinement, promeut une vision fragmentaire du savoir et freine le développement de la curiosité et l’exercice de la raison dans l’appropriation des connaissances. Mais toute philosophie de l’éducation doit aussi se poser la question du dogmatisme aux sens 4 et 5 et, partant, faire sa place au savoir à transmettre dans l’enseignement. Le philosophe Auguste COMTE (1798-1857) croyait que la méthode dogmatique est pertinente dans le cadre de l’enseignement d’une science dite mature. De plus, il appert que tout enseignement, par essence, implique un dogmatisme, qu’il soit partiel ou total. En éducation, il semble que ce ne soit pas tant la tendance à affirmer qui soit à rejeter, mais plutôt celle à refuser tout examen et à prôner l’absence d’esprit critique.

C. Écoles philosophiques. En philosophie, le premier sens du mot « dogmatisme » renvoie aux philosophes « dogmatiques » de la Grèce antique. Ceux-ci croyaient en la possibilité d’aboutir à des certitudes cognitives concernant le monde. Cette école de pensée s’opposait radicalement à Pyrrhon d’ÉLÉE (» 365 - » 275) et aux sceptiques pour qui l’être humain doit suspendre son jugement, car il ne peut atteindre les vérités générales de l’univers. Le second sens philosophique du mot est apparu avec KANT au XVIIIe siècle. Ce philosophe s’intéressa aux fondements et à la validité critique de la connaissance. Par sa philosophie appelée « criticisme », il comptait remplacer le « sommeil dogmatique » qu’il observait dans les sciences de son époque par une sorte de réveil critique.

D. Théologie. Les dogmes sont d’abord, en théologie, des points de doctrine considérés comme s’imposant à la foi des croyants.

E. Dogmatisme/criticisme. (...) la critique (...) est opposée au dogmatisme, c’est-à-dire à la prétention d’aller de l’avant avec une connaissance pure (...) tirée de concepts, d’après des principes tels que ceux dont la raison fait usage depuis longtemps, sans se demander comment ni de quel droit elle y est arrivée. Le dogmatisme est donc la marche dogmatique que suit la raison pure sans avoir fait une critique préalable de son pouvoir propre __ KANT, E. (1781).

F. Dogmatisme/société moderne.À la fin du XXe siècle, les sociétés occidentales semblent de plus en plus portées vers l’ouverture idéologique aux réalités qui leur sont, par tradition, étrangères. Il semble qu’on livre dans ces sociétés une lutte ouverte au dogmatisme sous toutes ses formes. Cependant, certains perçoivent dans ce cadre la possibilité d’émergence de nouveaux dogmatismes. Ces dogmatismes se cristalliseraient dans l’accomplissement d’un projet de société dite technocratique. Se fondant sur une idée de maîtrise globale de la société par les instruments de l’État, de la science et de la technologie, ce dogmatisme moderne affiche en contrepartie, une image de science « neutre », purgée de toute idéologie. Le philosophe Jürgen HABERMAS (1929-) souligne ce paradoxe, alors qu’il affirme que la Science et la technologie aussi sont susceptibles de fonctionner sur le modèle de l’idéologie. Ajoutons qu’une idéologie devient un dogmatisme souvent lorsqu’elle commence à se persuader qu’elle n’a rien d’idéologique.

G. CN __ dogmatique : enseignement *.

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