EMPIRISME

1.Épist. Conception selon laquelle toute connaissance provient de l’expérience et est ultimement réductible à des données sensorielles. Ant.rationalisme. TA associationnisme;induction;sensualisme.

2.Épist. Doctrine selon laquelle l’acquisition et la justification des idées sur le monde externe sont fondées sur l’expérience sensible, c’est-à-dire sur la perception de sensations issues des sens __ GUAY, M.-H. (2004). Ant. rationalisme. VA B à J; associationnisme, A; béhaviorisme, D; cartésianisme, B; empirisme logique, C; idéalisme, A; nominalisme, C; phénoménologie, C; philosophie, I; positivisme, D; positivisme logique, C; pragmatisme, B; rationalisme, M; réalisme critique, A; schéma curriculaire, E; théorie curriculaire, F; théorie de la connaissance, E et F. TA associationnisme; induction; sensualisme. EA positivisme logique; réalisme critique.

3. Phi. Doctrine ontologique selon laquelle seules les expériences existent : être serait percevoir ou être perçu. VA A.

4. Phi. Doctrine qui tend à concevoir que la connaissance scientifique s’élabore inductivement à partir de l’observation de faits, de phénomènes, de données sensorielles, suscitant une hypothèse que l’expérience vient mettre à l’épreuve. VA connaissance, P et Q.

5. Rech. VA recherche, U.

A. Origine. Le terme empirisme origine du grec empeiria et du grec experientia qui signifie expérience. L’origine des thèses empiristes peut se retrouver chez ARISTOTE.

B. Historique. Cette position est affirmée dès la naissance de la physique expérimentale (XVIIe s.) par GALILÉE, puis par NEWTON. Le point de vue empiriste est défendu au XXe s. par les béhavioristes (en psychologie), les membres du Cercle de Vienne (en philosophie), l’École de Copenhague (en physique), etc.

C. Promoteurs. L’empirisme ontologique a été défendu par BERKELEY, AVENARIUS, MACH, le second William JAMES et le jeune CARNAP __ BUNGE, M. (1996) : trad.

D. Empirisme/positivisme logique. Il importe de distinguer l’empirisme du XVIIe s. et XVIIIe s. de celui du XXe s. Au XVIIe s. et XVIIIe s., les Britanniques LOCKE, BERKELEY et HUME ont été de forts partisans d’un empirisme rendant nécessaire l’expérience pour développer tant la connaissance ordinaire que la connaissance scientifique. Le XXe s. a donné lieu à l’avènement d’une forme d’empirisme plus sophistiquée : le positivisme logique appelé également « empirisme logique » ou « néopositivisme ». Les partisans de cette doctrine, contrairement à leurs prédécesseurs du XVIIe s. ont établi une distinction entre science et non-science et, au regard de la science, ont distingué la logique et les mathématiques des autres sciences. Ils ont cherché à justifier l’induction et à faire de la vérification non seulement un critère de choix entre hypothèses rivales, mais aussi un critère de signification cognitive __ NADEAU, R. (1999).

E. Logique inductive. L’appel à l’expérience sensible pour fonder l’acquisition et la justification des idées sur le monde externe implique une logique inductive. Le sujet induirait de l’expérience la connaissance des mots, des concepts, des relations logiques, des propositions et ses représentations du monde. Si certaines formes d’empirisme admettent que certains types de connaissances triviales (vérités logiques ou analytiques) sont plutôt établies par la raison, indépendamment de l’expérience, tous nient l’existence d’une synthétique a priori, c’est-à-dire d’un large bassin de connaissances qui seraient innées chez l’individu. Les empiristes rejettent également les modes de connaissances a priori comme la raison, la contemplation, la révélation, la foi __ SMITH, P. L. dans CHAMBLISS, J. J. (1996) : trad.

F. Stratification de la connaissance. Les empiristes proposent une stratification de la connaissance venant de l’expérience pour contrecarrer l’argument selon lequel l’ensemble des connaissances ne peuvent être directement issues de données sensibles. Les connaissances de bas niveau sont issues directement de l’expérience et les connaissances de haut niveau sont basées sur celles de bas niveau. Un individu pourrait donc avoir une connaissance (de haut niveau) d’un élément dont il n’a pas d’expérience sensible parce que cet élément de connaissance s’appuie sur des connaissances de bas niveau dont il a déjà fait l’expérience. C’est dans ce sens qu’un objet pourrait être connu directement ou indirectement (induit de l’expérience sensible ou de connaissances de premier niveau). Par exemple, on retrouve cette idée chez Bertrand RUSSELL (1912) qui distingue la connaissance par expérience directe (aquaintance) de la connaissance par description.

G. Modes de connaissances. L’empirisme est l’épistémologie spontanée des scientifiques expérimentateurs et des technologiques. Les empiristes privilégient l’action, l’observation, la méthode essai-erreur, l’induction, la mesure, les hypothèses, les preuves par les faits. Ils s’appuient sur le principe de l’expérience suffisante __ SENI, S. (1993) : trad.

H. Vision de l’apprentissage. Pour les empiristes, l’apprentissage est un lent processus autocorrecteur limité par les possibilités d’observation et d’expérimentation (NADEAU, R., 1999). Nos connaissances proviennent des contacts que nous entretenons avec le monde extérieur, avec ce que l’on appelle aujourd’hui l’environnement. En ce sens, toute connaissance est acquise et non innée ou a priori. En venant au monde, l’enfant possède un esprit totalement vierge : son existence ultérieure va le former au contact direct des choses, des situations, des personnes. Bref, toutes nos connaissances viennent de l’expérience et nous nous formons au contact même des choses, des êtres, des situations. Selon LOCKE et HUME, l’esprit de l’enfant est comme une feuille blanche et tout son contenu provient du monde extérieur. L’esprit humain est donc assimilé à une sorte de seau vide rempli progressivement par l’expérience __ GAUTHIER, C. et TARDIF, M. (1996). On apprend essentiellement par les sens, par induction. Cette vision de l’apprentissage implique la mise en œuvre de méthodes et de techniques d’enseignement propres à permettre à l’élève d’agir et d’expérimenter (pédagogie de projet, ateliers, manipulation, etc.).

I. Empirisme/éducation. Le béhaviorisme américain reprend à son compte les postulats et les conceptions qui se trouvent à la base de l’empirisme et qui vont influencer directement les psychologues fondateurs de ce mouvement : THORNDIKE, WATSON, SKINNER, etc. Cependant le béhaviorisme ne s’intéresse pas directement aux questions philosophiques. Il vise avant tout à faire de la psychologie une science expérimentale. Sur le plan pédagogique, ce courant conduit à l’idée d’une pédagogie technique et scientifique qui cherche à conditionner le sujet par des stimuli, des réponses extérieures à lui, renforcées par des récompenses __ GAUTHIER, C. et TARDIF, M. (1996). L’impact de l’empirisme sur l’éducation fut déterminant (SMITH, P. L. dans CHAMBLIS, J. J., 1996). En effet, les travaux de ROUSSEAU, PESTALOZZI, HERBART, FRÖBEL au XVIIIe s. et ceux de DEWEY, teintés d’empirisme, ont mis de l’avant l’importance des besoins pratiques et de l’intérêt de soi pour survivre dans un monde matériel précaire. En cela, ils s’opposaient aux idées accordant une importance première aux vérités traditionnelles et à la préservation de la culture (inspiration rationaliste). L’empirisme a donc idéologiquement et historiquement supporté l’émergence de l’éducation moderne en supportant les efforts de laïcisation des autorités et la remise en question des théories de la culture véhiculées jusque-là.

J. Typologie. Au sens large, l’empirisme soutient la nécessité de l’expérience pour fonder la connaissance. Toutefois, cette thèse générale est développée de différentes façons non équivoques. Certains auteurs recommandent ainsi de parler de formes d’empirisme plutôt que de l’empirisme. Voici des éléments qui sont à l’origine des différentes formes d’empirisme : 1. étendue des connaissances considérées (toute la connaissance [empiristes du XVIIe s. et XVIIIe s.]) versus la connaissance de l’univers physique seulement (empiristes du XXe s.); 2. rapport entre les connaissances de bas et de haut niveau; 3. sens attribué au concept d’expérience; 4. aspect public (collectif) versus personnel (version phénoménaliste) de l’expérience sensible. En prenant comme référence le schéma fondamental de l’épistémologie S-O (Sujet-connaît-Objet), on peut sûrement avancer que les différentes formes d’empirisme peuvent varier selon les caractéristiques spécifiques associées au Sujet (S), à l’Objet (O) et à l’acte de connaître (pluralité des conceptions de l’« expérience » comme source de connaissance).

K. Réalité. Les empiristes nient l’existence d’idées innées chez le sujet connaissant. Pour eux, ce sont des expériences sensorielles particulières qui amènent progressivement un sujet, par généralisation, à se donner le matériel nécessaire pour créer et justifier des idées sur le monde externe __ id.

L. Logique inductive. L’appel à l’expérience sensible pour fonder l’acquisition et la justification des idées sur le monde externe implique une logique inductive. De l’expérience, le sujet induirait la connaissance des mots, des concepts, des relations logiques, des propositions et ses représentations sur le monde. Les partisans d’une théorie de la connaissance teintée d’empirisme privilégient l’action, l’observation, la méthode essai-erreur, l’induction, la mesure et les preuves pour les faits afin d’acquérir et justifier leurs idées sur le monde externe. Ils s’appuient sur le principe de l’expérience suffisante (SENI, S., 1993) __ id.

M. Sensations humaines. Il est commun de distinguer trois grands types de sensations humaines : la sensibilité proprioceptiveà laquelle sont associés le sens des mouvements et des positions du corps, la sensibilité intéroceptive qui renvoie aux sensations internes comme la faim, la douleur ou la soif et la sensibilité extéroceptive associée aux cinq sens (ouïe, odorat, vue, toucher, goût) __ id.

N. Critique. L’empirisme éprouve des difficultés à appliquer le principe d’expérience sensible aux mathématiques (théorie des ensembles, algèbre abstraite) et à la logique. Il est confronté à l’existence de connaissances a priori mise en lumière, notamment par les travaux de Noam CHOMSKY en linguistique. L’empirisme éprouve également des difficultés avec le fait qu’une évidence puisse être compatible avec plusieurs théories ou hypothèses différentes voire rivales. De plus, en refusant la connaissance a priori, les empiristes écartent le fait que les évidences étudiées puissent être altérées par les présupposés des chercheurs. Cette position a été largement critiquée par ceux qui disent que l’observation est justement chargée de théorie (theory laden) donc influencée par les connaissances de l’expérimentateur. Enfin, l’empirisme demeure incapable de justifier la théorie de la connaissance qu’il propose selon ses propres critères de justification.

O. Problèmes. La position empiriste est exprimée, par les auteurs qui y adhèrent, avec des nuances considérables qui conduisent d’un empirisme strict à des versions plus modérées. Ces différences sont largement fonction des réponses apportées par chacun à certains problèmes que soulève cette position. En voici quelques-uns : 1. Nature et statut de l’expérience. En affirmant que toute connaissance procède de l’expérience, l’empiriste se doit de déterminer ce qui constitue le point de départ de cette reconstruction et de démontrer la réductibilité de la connaissance à ce point de départ. Par exemple, en épistémologie, Rudolf CARNAP (1891-1971) (et les membres du Cercle de Vienne) partiront de données sensorielles exprimées dans des énoncés protocolaires. À cette position, qui est celle d’un empirisme strict, s’opposent tous les arguments mettant en évidence le rôle de la raison dans l’élaboration du savoir : théories rationalistes de la perception, mise en évidence du caractère construit de tout fait, et de l’importance des problèmes et des théories dans la genèse du savoir scientifique, etc. L’opposition fait brut/fait scientifique, ou phénomène, rend compte de ce débat. 2. Nature et statut des termes théoriques. Le recours constant, en sciences, à des termes théoriques (c’est-à-dire désignant des entités non observables postulées par définition pour rendre compte de phénomènes observables) pose à l’empirisme un autre problème majeur. Ces termes seront condamnés (empirisme strict, par exemple, Burrhus Frederic SKINNER (1904-1990)) ou leur usage demandera à être légitimé par la démonstration de leur réductibilité à des faits observables. Une position rationaliste juge que la première solution est un frein au développement des connaissances et que la seconde est impossible à réaliser. 3. Nature et statut des sciences formelles. La logique et les mathématiques peuvent-elles être tirées de l’expérience? John Stuart MILL (1806-1873) pense que tel est le cas et porte à une telle extrémité sa version de l’empirisme. Or, cette position pose des problèmes insolubles tant pour les mathématiques modernes (que serait) que pour l’arithmétique élémentaire (0, entre autres). Pour résoudre cette question, les empiristes contemporains, du Cercle de Vienne en particulier, imposent la distinction entre sciences factuelles (proposant des énoncés synthétiques) et sciences formelles (proposant des énoncés analytiques). 4. Nature et statut des énoncés des sciences factuelles. La position empiriste conduit ultimement à penser en termes de vérification probabilitaire le statut des énoncés synthétiques, la nécessité n’appartenant qu’aux propositions analytiques vides de tout contenu. Ainsi, tout énoncé portant sur des faits n’a-t-il que la probabilité que lui confère l’expérience qu’on peut invoquer pour le fonder. À cette position confirmationniste qui recourt à une logique inductive, Karl POPPER (1902‑1994) a opposé une interprétation falsificationniste et déductiviste des sciences factuelles.

P. CN : conceptualisme-*.

Q. CN __ empirique : abstraction *; approche *; curriculum *; donnée *; hypothèse *; recherche *; sciences *.

R. CN __ empiriste : pédagogie sensualiste-*.

» Dictionnaire