1. Gén. Attitude de confiance dans le pouvoir de la raison __ BUNGE, M. (1996). Ant.empirisme. VA éducation nouvelle, C; paradigme industriel, E; paradigme rationnel, A; philosophie, I; positivisme, D.
2. Épist. Doctrine selon laquelle l’acquisition et la justification des idées sur le monde externe sont fondées sur des idées innées que possède chaque individu __ GUAY, M.-H. (2004). Ant. empirisme; irrationalisme; romantisme. VA cartésianisme, A; connaissance, P; constructivisme, G; humanisme, D; réalisme critique, A; théorie de la connaissance, E et F. TA cartésianisme. EA réalisme critique.
3.Épist. Doctrine selon laquelle toute connaissance provient soit exclusivement ou soit essentiellement de la raison. Ant. irrationalisme.
4. Épist. Attitude et croyance de celui ou de celle qui n’accorde de valeur et de confiance, dans l’ordre des connaissances, qu’à celles produites par l’usage de la raison.
A. Origine. Le terme rationalisme vient du terme latin ratio qui signifie raison. L’origine des thèses rationalistes peut se retrouver chez PLATON pour qui la raison a un objet propre, de nature non sensible, soit l’Idée qu’on découvre en se détournant du monde visible. Pour PLATON, le monde sensible nous détourne de la vérité, nous induit en erreur.
B. Historique. DESCARTES, LEIBNIZ et SPINOZA sont ceux qui, au XVIIe s., ont fait émerger des positions rationalistes développées. On les appelle les rationalistes continentaux et on les oppose généralement aux empiristes britanniques LOCKE, HUME et BERKELEY. DESCARTES, LEIBNIZ et SPINOZA ont voulu poser les mathématiques comme modèle de la connaissance humaine. Selon eux, les axiomes des mathématiques pourraient constituer les axiomes de départ à partir desquels il serait possible de déduire des généralisations universelles. À partir de KANT, soit à partir de la seconde moitié du XVIIIe s., le rationaliste périclite puisqu’on minimise alors la possibilité d’une connaissance a priori. Le rationaliste revient en force dans la seconde moitié du XXe s. avec l’apport des travaux de CHOMSKY en linguistique qui défend la thèse innéiste voulant que l’esprit soit doté de catégories préformées qui déterminent la structure du langage ainsi que certaines façons spécifiques d’appréhender le monde (NADEAU, R., 1999).
C. Logique déductive. Le rationalisme est associé à une logique déductive. Le sujet aurait des intuitions, des axiomes de départ, un système de principes universels à partir duquel il déduirait la connaissance. En admettant des intuitions, des axiomes de départ, un système de principes universels chez l’individu, les rationalistes posent que certaines connaissances seraient innées. Les individus posséderaient des connaissances a priori (CRAIG, E., 1998).
D. Modes de connaissance. Les rationalistes privilégient les idées, l’analyse, la théorie, la déduction, les inférences, l’argumentation, les preuves par les idées. Ils s’appuient sur le principe de la raison suffisante. Le rationalisme est l’épistémologie spontanée de la plupart des mathématiciens et logiciens et de plusieurs physiciens et philosophes (SENI, D., 1993) : trad.
E. Réalité. Les rationalistes soutiennent que la connaissance n’est possible que parce qu’il y a chez les sujets connaissants des composantes innées lui permettant de connaître le monde externe __ id. Ant. empirisme.
F. Conception de la vérité. L’appel à des idées innées pour fonder l’acquisition et la justification de la connaissance implique une logique déductive. Le sujet aurait des intuitions, des axiomes de départ, un système de principes universels à partir duquel il déduirait la connaissance. Les partisans d’une théorie de la connaissance sous-tendue de rationalisme privilégient les idées, l’analyse conceptuelle, la théorisation, la déduction, l’argumentation, les inférences, les hypothèses, les discussions, les démonstrations et les preuves par les idées pour acquérir et justifier leurs idées sur le monde externe. Ils s’appuient sur le principe de la raison suffisante (SENI, D., 1993) __ id.
G. Vision de l’apprentissage. L’apprentissage est vu comme étant essentiellement un processus cognitif par lequel un individu confronte ses intuitions ou ses a priorià d’autres données. C’est ainsi qu’un individu, essentiellement par la raison, effectuerait des déductions et pourrait proposer des conclusions logiques. POPPER, un rationaliste, énonce ainsi qu’un individu aurait une capacité innée à formuler des hypothèses qu’il chercherait constamment à refuter. Cette vision de l’apprentissage implique la mise en œuvre d’une pédagogie insistant sur les connaissances antérieures des élèves, la métacognition et accordant une large place aux concepts, aux idées, aux contenus. [Pour qu’une expérience soit possible, l’apprenant doit préalablement avoir des idées ou des concepts (SMITH, P. L. dans CHAMBLISS, J. J., 1996).]
H. Typologie. Généralement, le rationalisme ne désigne pas une position philosophique unique et précise __ AUDI, R. (1999) : trad. En prenant comme référence le schéma fondamental de l’épistémologie S-O (Sujet-connaît-Objet), on peut avancer que les différentes formes de rationalisme varient selon les caractéristiques associées au Sujet, à l’Objet ou à l’acte de connaître (plusieurs conceptions de la « raison » comme source d’apprentissage).
I. Critique. Les critiques suivantes sont généralement adressées aux rationalistes : 1. sous-estimation de la valeur cognitive des données factuelles; 2. sous-estimation de la valeur de l’induction et des hypothèses; 3. exagération de la valeur de la déduction et de la logique et 4. exagération de l’importance des arguments __ SENI, D. (1993).
J. Irrationalisme. En ce sens, le rationalisme s’oppose à toute doctrine dite irrationaliste postulant l’existence de sources de connaissance inaccessibles à la raison (ex. : mysticisme; occultisme; parapsychologie; ésotérisme; etc.).
K. Présupposés. Le rationalisme renvoie à la conception selon laquelle le monde qui nous entoure est gouverné par des lois ou des principes qui peuvent être envisagés sous deux aspects. Premièrement, ces principes obéissent à une certaine « logique » ou, du moins, à certaines régularités; en d’autres termes, ils ne sont pas arbitraires, purement chaotiques ou aléatoires. Toutes les choses ont leur raison d’être. Deuxièmement, ces principes sont accessibles à l’esprit humain par une forme ou une autre de raisonnement (dialectique, déductive, inductive, etc.). En théorie, tout est intelligible. Autrement dit, le rationalisme postule que le monde est ordonné selon des règles que l’être humain peut appréhender par sa raison. Un tel postulat est à l’origine de la philosophie grecque. Il est également à la base de la science moderne. Il signifie notamment que la vérité n’est pas un don des dieux, qu’elle n’est pas un secret possédé par une minorité (les sages, les sorciers, les gourous, etc.), mais que cette vérité découle au contraire d’une libre recherche de l’esprit humain qui s’applique à comprendre le monde qui l’entoure, puis à soumettre aux autres le fruit de ses efforts afin qu’il soit discuté librement. (...) Le rationalisme croit que les idées ont une existence autonome, indépendante des caractéristiques personnelles des hommes qui les défendent. Dans une optique rationaliste, un maître est un maître, non pas à cause de sa force ou de sa puissance, mais à cause uniquement de la valeur rationnelle de son jugement, de son discours. Cette autonomie des idées est basée sur leur validité, leur logique, leur cohérence, leur force argumentative. Ainsi, pour le rationalisme, les choses, les projets, les situations, les phénomènes, la nature ainsi que la culture n’ont pas de sens qui soit donné par les dieux, le destin ou les gourous. Pour le rationalisme, la culture dépend des hommes, de leur capacité à penser, à raisonner, à discuter, à critiquer, à connaître, à apprendre, et ainsi à progresser. Comme le dira KANT, vingt-deux siècles après SOCRATE : « Osez penser par vous-mêmes! » Tel est le principe de base du rationalisme antique ou actuel __ TARDIF, M. dans GAUTHIER, C. et TARDIF, M. (1996).
L. Dimension éducative. La différence des sciences contemporaines, le rationalisme classique, issu notamment de l’enseignement de SOCRATE, de PLATON et d’ARISTOTE, refuse de limiter la connaissance à la production et à la gestion d’informations nouvelles sur le monde. Pour les Anciens, la connaissance en soi est formatrice. Pour les Grecs, mais aussi pour les Romains et plus tard pour les Chrétiens, philosopher, c’est devenir meilleur. Ce principe est au centre des doctrines éducatives de l’Antiquité. Le savant n’est pas seulement différent de l’ignorant, il lui est supérieur. En d’autres mots, la connaissance a d’emblée, dirions-nous aujourd’hui, une dimension éthique : le Vrai n’est pas séparable du Beau et du Bon. Connaître la vérité, c’est être capable de distinguer, non seulement le vrai du faux, mais aussi le beau du laid, le bon du mauvais. L’éducation est donc au centre du rationalisme classique. Alors que les sciences modernes placent la transformation de la nature par l’homme au cœur de leur entreprise, c’est la formation de l’être humain qui constitue le cœur même du rationalisme exemplaire tel que l’ont conçu les Grecs anciens __ id.
M. Rationalisme/empirisme. Le rationalisme est traditionnellement opposé à l’empirisme (AUDI, R., 1999). Or, dans la pratique scientifique, il y a entre empiristes et rationalistes des différences de degré plus qu’une opposition radicale entre primat de l’exactitude factuelle et primat de la cohérence théorique __ AUROUX, S. (1990). Selon Mario BUNGE (1983), chaque théorie de la connaissance est teintée de rationalisme et d’empirisme. Chacune peut être vue comme une version particulière de rationalisme ou d’empirisme ou d’une combinaison de certaines de leurs thèses respectives. Par exemple, le conventionalisme (le conventionalisme méthodologique ou le faillibilisme critique de POPPER et LAKATOS) est une version du rationalisme qui intègre la falsification. Le pragmatisme est une version de l’empirisme qui intègre certaines thèses du phénoménalisme __ SENI, D. (1993) : trad.