Adapt./Réadapt. Processus contextualisé qui vise soit à diminuer la sujétion à autrui ou soit à restreindre les tâches et les activités assujetties à autrui __ ROCQUE, S. et al. (1999).
A. Réduction des dépendances/autonomisation. Le processus de réduction des dépendances est l’équivalent du processus d’autonomisation. Il en est son expression plus pragmatique et réaliste. La réduction des dépendances permet en effet de planifier l’intervention non pas sous l’angle de la finalité, utopique par définition, mais bien par la situation concrète de la personne engagée dans ce processus. Par conséquent, ce processus incite à une analyse systématique des éléments de dépendance ainsi qu’à la détermination du degré de cette dépendance pour chacun des éléments. Une fois cette analyse complétée, il devient possible de déterminer les cibles de l’intervention, de les hiérarchiser afin d’établir un programme réaliste de réduction des dépendances et de fixer les formes d’expression à privilégier compte tenu des caractéristiques de la personne et des ressources de l’environnement __ id.
B. Réduction des dépendances/éducation. La réduction des dépendances permet de situer l’intervention et l’éducation dans une optique constructive. Il est en effet plus facilement envisageable de réduire peu à peu les dépendances que de devenir autonome, donc les chances de réussite sont accrues, ce qui est très important si l’on considère les effets négatifs de l’échec sur la motivation et l’estime de soi notamment, qui sont largement documentés. C’est pourquoi nous soutenons que la réduction des dépendances situe l’intervention et l’éducation auprès des personnes présentant des incapacités intellectuelles dans une démarche positive et constructive. Ainsi, au lieu de risquer le cumul des échecs à n’être toujours pas assez autonomes, ces personnes gagnent peu à peu sur leurs sujétions. Cet aspect positif peut sans doute contribuer à améliorer l’estime de soi qu’entretiennent, souvent à la baisse, ces personnes __ id.
C. Réduction des dépendances/personnes présentant des incapacités intellectuelles. La réduction des dépendances constitue un élément central pour l’éducation des personnes présentant des incapacités intellectuelles. Ce processus offre l’avantage de poser des cibles réalistes et accessibles à la personne. Ainsi, au lieu de cumuler les échecs à ne pas être autonome, la personne présentant des incapacités intellectuelles est susceptible de connaître des réussites. Cet aspect positif peut contribuer à accroître l’estime de soi qu’ont d’elles-mêmes ces personnes. Compte tenu des effets pervers de la confusion qui prévaut quant à l’autonomie, la réduction des dépendances offre également l’avantage de clarifier et d’identifier de façon non équivoque la cible des interventions __ id.
D. Formes. La réduction des dépendances peut se manifester selon des formes diverses : 1. par des habiletés alternatives au regard d’une tâche spécifique; 2. par une démarche facilitant la recherche d’un tiers pour choisir ou réaliser une tâche et 3. en mettant à contribution des dispositifs ou des aménagements du milieu destinés à augmenter, amplifier, élargir, réguler ou répartir l’effort consenti par la personne __ id.
E. Intervention. L’intervention visant la réduction des dépendances peut se réaliser de plusieurs façons : 1. en minimisant la surprotection dont les personnes présentant des incapacités intellectuelles font habituellement l’objet (réduction par dépollution); 2. en accroissant le répertoire des habiletés de la personne, qu’elles soient standard ou alternatives (réduction directe); 3. en lui facilitant le choix de personnes à qui elle confiera la responsabilité de choisir ou d’agir pour elle (réduction déléguée) et 4. en modifiant les conditions du milieu par l’introduction de dispositifs ou d’aménagements spécifiques de façon à satisfaire aux contraintes liées aux caractéristiques de ces personnes (réduction assistée) __ id.
F. Stratégies. Fonction des caractéristiques de la personne, de la tâche à effectuer et des contextes, il est avantageux de combiner plusieurs types de réduction des dépendances, de façon à satisfaire au mieux les besoins de la personne présentant des incapacités intellectuelles. Par exemple, des aménagements du milieu miseront sur des habiletés alternatives afin de faciliter l’apprentissage de la personne tout en réduisant le niveau d’assistance requis __ id.
G. Assises. La réduction des dépendances s’appuie : 1. sur une analyse systématique des besoins de la personne; 2. sur l’établissement de cibles réalistes et clairement identifiées et 3. sur les contraintes tributaires des caractéristiques de la personne et des ressources de l’environnement.
H. Réduction des dépendances/intervention individualisée. Le processus de réduction des dépendances facilite l’intervention individualisée. Il permet en effet d’établir le profil de dépendance individuel et de faciliter l’opérationnalisation d’un programme d’intervention prenant appui : 1. sur la situation réelle de chaque personne; 2. sur des cibles d’intervention clairement identifiées et choisies en fonction de chaque individu et 3. sur des formes d’expression qui tiennent parallèlement compte des caractéristiques des personnes et des ressources de l’environnement __ id.
I. Réduction des dépendances/approche communautaire. Le processus de réduction des dépendances permet à tous les intervenants de distinguer clairement leurs rôles respectifs et complémentaires à l’endroit de la personne ciblée par l’intervention. Dans cette optique, elle peut faciliter la mise en œuvre de l’approche communautaire __ id.
J. Effets pervers. La réduction des dépendances auprès des personnes présentant des incapacités intellectuelles risque de produire des effets pervers qui ne peuvent être négligés. On peut noter la réduction des services offerts puisque la personne accroît son autonomie. Cette situation aurait pour conséquence de provoquer l’isolement social constaté par Camil BOUCHARD et Marc DUMONT (1996) auprès des personnes qui présentent des incapacités intellectuelles légères. Il convient donc de situer la réduction des dépendances dans l’optique d’une gestion de services mieux adaptée aux besoins de la personne (nouvelles cibles d’intervention, disponibilité pour accroître le rôle de l’intervenant à titre de médiateur entre la personne et la communauté, etc.). En l’absence de vision globale, la réduction des dépendances risque d’affecter la relation humaine impliquée dans l’intervention. Il convient donc de prévoir tout au long du processus de réduction des dépendances, de nouvelles façons de consolider et d’enrichir la qualité des relations humaines auprès de la personne présentant des incapacités intellectuelles __ id.
K. Efficience des centres de services en déficience intellectuelle. La réduction des dépendances peut permettre, à moyen terme, d’accroître l’efficience des centres de services. On peut, en effet, prévoir que l’ensemble des stratégies visant la réduction des dépendances aura pour effet d’augmenter la qualité du service dans l’optique des finalités des centres et de faciliter l’élargissement du bassin de la population actuellement desservie. Cet ensemble de stratégies pourrait permettre de rejoindre ainsi la population de personnes présentant des incapacités intellectuelles vivant un isolement social important __ id.
L. Gestion de l’accroissement des dépendances. La réduction des dépendances se situe sur le continuum de vie de la personne. Ce processus doit donc être envisagé dans la perspective d’un accroissement prévisible des dépendances, en raison du vieillissement ou d’une atteinte organique impliquant la réduction des capacités de la personne, ainsi que d’un accroissement soudain et imprévisible, conséquence d’un accident. La réduction des dépendances est un processus qui se prolonge par celui de la « gestion de l’accroissement des dépendances » __ id.