RÉÉDUCATION PSYCHOMOTRICE

1.Éduc. phys./Orthopéd./Psychopéd. Ensemble des méthodes et des techniques de rééducation par le mouvement, destinées à aider les enfants à surmonter des difficultés psychomotrices qui ne sont ni d’origine lésionnelle, ni liées à des carences psychiques manifestes. Syn. thérapie psychomotrice. VA éducation psychomotrice, E; psychomotricité, B.

2. Méd./Path./Psych. Approche thérapeutique des désordres psychomoteurs et moteurs liés à des déficits organiques, à des perturbations caractérielles et à des désorganisations praxiques. Syn. thérapie psychomotrice.

A. Désordre psychomoteur. 1. Chez Edouard GUILMAIN (1935), qui est considéré comme le père de la rééducation psychomotrice, les désordres ou troubles psychomoteurs sont des comportements moteurs caractéristiques « des instables, des impulsifs, des paranoïaques légers, et même des jeunes délinquants, des émotifs, des obsédés et des apathiques »; 2. pour LouisPICQ et PierreVAYER (1960), les troubles psychomoteurs sont liés à l’arriération et à la débilité mentales profondes et consistent en des déficits moteurs et neuroperceptivo-moteurs, tels que les troubles de l’équilibre statique et de la coordination dynamique, les syncinésies, l’impossibilité de relaxation, les difficultés d’organisation spatiale. Ces désordres sont associés à des états chroniques d’anxiété, d’agitation et d’inhibition, et à l’incapacité à se concentrer, à décider, à raisonner, etc.; 3. pour Jean DEAJURIAGUERRA (1970), les désordres psychomoteurs s’apparentent : à des troubles tonico-émotionnels précoces; à certaines habitudes et décharges motrices (rythmies et habitudes motrices, trichotillomanie, onychophagies, etc.); aux tics; à la débilité motrice (perturbation des réflexes, maladresse, hyperactivité, instabilité).

B. Désordre moteur. Ces désordres se traduisent par une désorganisation de la coordination des actions motrices intentionnelles : apraxie des réalisations motrices, apraxie constructive, planatopokinésie, apraxies spécialisées (praxies faciale, posturale, verbale et apraxie de l’habillage), dyspraxies graphiques __ DE AJURIAGUERRA, J. (1970).

C. Difficulté psychomotrice. Cette expression est utilisée pour caractériser les déficiences et les inadaptations motrices d’enfants qui ne souffrent d’aucune déficience mentale, mais qui présentent un certain retard dans leur développement fonctionnel ou qui éprouvent des difficultés devant certains apprentissages scolaires. 1. LouisPICQ et PierreVAYER (1960) évoquent ainsi les troubles de l’attitude et de la coordination chez les débiles légers et moyens, les inadaptations liées à des problèmes de latéralité, d’attention et de structuration spatiotemporelle de l’enfant dyslexique, les mauvaises habitudes motrices et les troubles de la latéralité de l’enfant dysgraphique, certaines inadaptations d’origine psychoaffective, et les faiblesses psychomotrices consécutives à des déficiences auditives et visuelles;2.pour GiselleSOUBIRAN et PaulMAZO (1974), les difficultés psychomotrices consistent en : des dysfonctionnements de la réalisation motrice; des discordances, arrêts ou retards de maturation de certaines fonctions particulières; des troubles du rythme; des troubles du schéma corporel, de la latéralisation et de l’adaptation spatiale; des manifestations motrices mal adaptées, soit par excès (impulsivité), soit par défaut (inhibition). Ces difficultés psychomotrices seraient à l’origine de plusieurs des déficiences ou retards en matière d’apprentissages scolaires.

D. Postulats. La rééducation psychomotrice est fondée sur l’idée : que « le développement psychique et le développement moteur sont étroitement liés et que l’éducation de l’un peut influencer l’autre. Partant du versant moteur, d’accès plus facile, on essaiera d’améliorer le psychisme » (MICHAUD, L. et al., 1964); qu’« il existe, entre certains troubles mentaux et les troubles moteurs correspondants, une étroite union et une ressemblance telles qu’ils constituent de véritables couples psychomoteurs » __ PICQ, L. et VAYER, P. (1960).

E. Intervention : 1.Edouard GUILMAIN (1935) propose une méthode thérapeutique intégrant des techniques de neuropsychiatrie infantile. L’intervention consiste à rééduquer l’activité tonique (exercices d’attitudes, d’équilibre et de mimiques), à améliorer l’activité de relation (exercices de dissociation et de coordination motrice à support ludique), à développer la maîtrise motrice (exercices d’inhibition pour les instables et de désinhibition pour les émotifs); 2. LouisPICQ et PierreVAYER (1968) procèdent par l’établissement d’un bilan psychomoteur (observation diagnostique de la coordination manuelle, de la coordination dynamique générale, de l’équilibration, du contrôle segmentaire, de l’organisation spatiale, de la structuration spatiotemporelle et de la latéralité) et s’attachent à agir sur les faiblesses observées à partir d’exercices et de jeux adaptés; 3. GiselleSOUBIRAN et PaulMAZO (1974) préconisent d’agir aux niveaux moteur et fonctionnel, psychique et scolaire, affectif, caractériel et social, en insistant sur le contrôle de la fonction tonique, le développement de l’inhibition des fonctions volontaires, l’assouplissement de la commande neuromotrice ou par enrichissement du répertoire des automatismes et des comportements d’adaptation motrice.

F. Usage (Fr.). Surtout utilisée en France, la rééducation psychomotrice est confiée à des psychomotriciens-rééducateurs, détenteurs d’un diplôme d’État (1974) et œuvrant généralement dans des centres d’adaptation psychopédagogique. La formation de ces thérapeutes est assurée dans des écoles spécialisées et agréées par les ministères de la Santé et de l’Éducation nationale.

» Dictionnaire