1.Épist. Doctrine selon laquelle une connaissance ou une vérité est fonction d’un temps, d’un contexte, d’une société, d’une époque historique ou d’un schème conceptuel particulier (LALANDE, 1991; ROBERTSON dans CHAMBLISS, 1996) __ GUAY, M.-H. (2004). VA constructivisme, G. TA historicisme; réalisme.
2. Phi./Sc. Ensemble d’idées selon lesquelles tout objet (chose, phénomène, message) ne peut être apprécié qu’en relation soit avec d’autres objets, soit avec un cadre de référence (schème conceptuel), soit avec le sujet connaissant, ou soit avec le langage par lequel on l’exprime. VA taxonomie de FOWLER, D. TA historicisme.
A. Historique. PROTAGORAS, il y a 2500 ans, avec sa maxime « l’homme est la mesure de toute chose » est souvent considéré comme le premier relativiste. Marie-Hélène GUAY (2004) précise qu’entre 1961 et 2003, principalement dans les communautés de chercheurs qui s’intéressent à l’humain et aux sociétés, le relativisme connaît un essor considérable. Cet élan peut notamment être associé à la parution, en 1962, de l’ouvrage La structure des révolutions scientifiques de l’historien des sciences Thomas KUHN. L’auteur y souligne l’importance des facteurs sociaux à l’origine des découvertes scientifiques et technologiques. KUHN n’a jamais reconnu être lui-même relativiste. Ses travaux sèment néanmoins l’idée que le processus de compréhension et de transformation du monde n’est pas détaché, progressif et linéaire, mais fortement influencé par le contexte social, la personnalité des chercheurs, leurs allégeances politiques et religieuses, leurs statuts sociaux, etc. Cette théorie ouvre la voie aux travaux de plusieurs communautés de chercheurs qui insistent, avec plus ou moins d’emphase, sur l’idée que toute connaissance est le produit de la société au sein de laquelle les échanges et les rapports entre individus permettent la « construction » et la justification de la connaissance. Les thèses des penseurs dits « postmodernes » comme celles des sociologues socioconstructivistes de l’école d’Édimbourg sont teintées d’une certaine dose de relativisme de même que de diverses formes d’antiréalisme et de pragmatisme.
B. Formes. Le relativisme peut opérer sur une théorie de la connaissance, sur une théorie morale ou sur une théorie esthétique. Le concept correspond ainsi à une famille de doctrines plutôt qu’à une thèse unique. Il y a des versions très fortes de relativisme, d’autres plus modérées.
C. Principe. Une position relativiste encourage l’existence simultanée de diverses thèses, théories ou méthodes qui, soit se contredisent nettement entre elles, soit divergent sur certains points importants, soit sont dites incommensurables (KUHN) les unes par rapport aux autres __ NADEAU, R. (1999).
D. Conception de la connaissance. Pour les relativistes, une connaissance ne correspond pas à une croyance vraie et justifiée, mais plutôt à une croyance dont la valeur de vérité est négociée sur la base de tractations qui surviennent au sein d’un groupe d’individus qui ont des idées spécifiques, dans un contexte précis, à une époque particulière __ id.
E. Théorie de la vérité. Les relativistes adoptent des théories déflationnistes de la vérité puisqu’ils jugent « inflationnistes » et inutiles les théories traditionnelles de la vérité (correspondantiste, cohérentiste et pragmatiste) qui cherchent à décrire les caractéristiques des propositions vraies (CRAIG, E., 1998). L’expression théorie déflationniste de la vérité renvoie à plusieurs théories différentes dont les suivantes : redundancy theory, performative theory, prosentential theory, minimalist theory, disquotation theory, semantic theory (GRAIG, E., 1998; AUDI, R., 1999) __ id.
F. Critique. Le principal problème du relativisme demeure de formuler une doctrine cohérente qui soit plus que la platitude voulant que des gens placés dans des situations différentes jugent différemment et moins que la fausseté voulant que des points de vue contradictoires puissent être vrais en même temps. Et, même si l’on arrivait à formuler de manière cohérente une telle doctrine, resterait à savoir si elle est vraie __ id.
G. Relativisme/relativité. En faisant entrer la théorie de la relativité dans la culture populaire, EINSTEIN a bien malgré lui donné sa caution à l’idée que « tout est relatif ». Cette idée — souvent interprétée comme « toutes les opinions se valent » — constitue la pierre d’assise du relativisme moral et de la rectitude politique. « EINSTEIN aurait été découragé d’entendre des gens citer la théorie de la relativité pour justifier l’opinion que tout est relatif », dit Alain HÉNAULT, professeur de physique à l’École de technologie supérieure. « Son but était de quantifier la relativité entre des phénomènes bien définis. Pour lui, il était impensable de soutenir qu’on peut dire une chose et son contraire, autrement dit, qu’il n’existe pas de vérité » __ La Presse (02.05).