RELATIVISME CULTUREL

Anthr./Sc. Idée selon laquelle il est impossible d’établir des fondements « absolus » (neutres, objectifs) sur lesquels faire reposer des jugements et des comparaisons culturels. VA relativisme cognitif, A.

A. Origines. Le relativisme culturel est une position théorique qui découle de l’anthropologie culturelle. Parmi les pionniers de cette école de pensée, nous retrouvons Margaret MEAD (1901-1978), Franz BOAS (1858-1942) et Alfred Louis KROEBER (1876-1960).

B. Présupposés. Basé sur la négation des idées de progrès, de conscience et de totalité, le relativisme culturel refuse toute hiérarchie et considère les sociétés dites primitives, non plus comme un moment de l’évolution, mais bien comme de simples variations culturelles. Le relativisme culturel stipule que la culture où l’être humain grandit a plus d’influence sur celui-ci que les universaux psychologiques et biologiques.

C. Science. Certains vont jusqu’à affirmer que la science est un phénomène culturel sans portée universelle, en dépit de ses applications mondiales. Pour les relativistes, les controverses scientifiques sont indénouables puisqu’il n’y a pas de vérité objective. Aucune preuve logique, mathématique, aucune expérience cruciale ni aucun contre-exemple décisif ne sont des manifestations pertinentes de l’ordre du monde. Pour un relativisme radical, la science est soumise aux décisions arbitraires, aux manipulations du pouvoir, etc. La connaissance s’obtient donc par une négociation qui aboutit à un compromis final entre factions rivales. L’entreprise scientifique serait essentiellement politique. Dans la lignée de la pensée marxiste, certains penseurs ont tenté de démontrer qu’il existe deux sortes de sciences, toutes deux fonction de leur cadre social : la science bourgeoise et la science prolétarienne. Cette théorie a perdu de sa crédibilité notamment lors du scandale de l’affaire LYSSENKO en URSS en 1948.

D. Langage. Certaines théories relativistes insistent sur l’influence décisive qu’a le langage sur la conception du monde d’un individu. Cette idée se retrouve notamment chez ARISTOTE (≈ 384 - ≈ 322), Giambattista VICO (1668-1744) et Wilhelm VON HUMBOLDT (1767-1835). Au XIXe siècle, la tradition romantique a cru trouver une correspondance entre le langage et les comportements humains. Cette croyance s’appuyait sur la conception voulant que le génie d’un peuple ne peut s’exprimer que dans sa langue propre. Aujourd’hui, cette forme de relativisme s’appuie généralement sur l’hypothèse dite de « SAPIR-WHORF ». Cette théorie suggère que la perception du monde s’établit en fonction du langage. Ainsi, les différences de langage seraient responsables des différences de pensée. Au début du XXe s., le linguiste Edward SAPIR (1884-1939) émet l’idée selon laquelle toute langue suppose une vision du monde qui lui est propre et qui est irréductible à celle d’une autre langue. Il ajoute que le langage organise et conditionne la pensée et donc qu’il en est indissociable. Son collègue Benjamin Lee WHORF (1897-1941) pousse encore plus loin cette relation langage-pensée-réalité. Il émet le « principe de la relativité linguistique » selon lequel notre conception du monde est entièrement déterminée par notre langage. Ainsi, les différentes langues seraient autant de modèles de l’univers. Selon WHORF, la structure de la grammaire détermine la forme de la pensée et définit le schème conceptuel d’un individu, d’une communauté. Alors que pour SAPIR, des visions différentes renvoient encore à une réalité objective, pour WHORF, le monde est un « flux kaléidoscopique d’impressions » que le système linguistique organise en fonction d’une convention implicite. Ainsi, la science et la philosophie occidentales ne seraient que de simples manifestations de la conception du monde héritée du langage indo-européen. WHORF défend un relativisme radical. L’hypothèse « SAPIR-WHORF » résulte des travaux linguistiques effectués principalement sur les langues amérindiennes. Comme son nom l’indique, elle demeure une hypothèse puisqu’à ce jour, aucune démonstration empirique concluante n’est venue l’appuyer. De plus, plusieurs linguistes contestent les conclusions du duo SAPIR-WHORF. Alors que certains soulignent les difficultés inhérentes à une démonstration de cette théorie, d’autres critiquent la méthodologie et les conclusions trop hâtives des chercheurs. Le linguiste Steven PINKER (1994) est un des principaux critiques des conclusions de SAPIR et de WHORF. Selon lui, leur théorie s’est érigée en « convention absurde » basée sur le faux présupposé selon lequel la pensée est la même chose que le langage. Pour PINKER, des exemples aussi simples que le souvenir d’une idée sur laquelle on ne peut apposer un mot, ou encore le fait de ne pas écrire ou de ne pas parler toujours en accord exact avec notre pensée démontrent une distinction claire entre les deux entités. Si l’hypothèse SAPIR-WHORF est exacte, PINKER se demande comment l’invention ou l’apprentissage de nouveaux mots est possible. Il se demande aussi comment on peut procéder à une traduction entre deux langues théoriquement incompatibles.

E. Contestation. Les découvertes récentes en biologie et en psycholinguistique (la psychologie cognitive de Noam CHOMSKY) remettent en question les fondements du relativisme culturel.

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