ÉCOLOGIE HUMAINE

1.  Psych. Étude des interrelations entre l’individu et son environnement __ BRONFENBRENNER, U. (1988).

2.  Sc. hum. Étude scientifique du développement humain comme fonction de l’interaction progressive et réciproque de la personne et de son milieu __ BRONFENBRENNER, U. (1990). Science ayant pour objet l’étude des interrelations établies entre l’humain et les éléments vivants et non vivants du milieu __ CROGNIER, É. (1994). VA complexe de données éducologiques, B; écologie, C et N; écologie de l’éducation, I et J; écologie éducationnelle, F.

3.  Soc. Étude des interrelations entre les groupements humains, les communautés et leur environnement __ HAWLEY, A. (1986).

A.  Historique. Terme proposé par Robert PARK et al. (1921) pour identifier un nouveau champ de recherche concernant l’impact de l’industrialisation sur l’humain (ROCQUE, S., 1999). Dans Une théorie dynamique de la personnalité (1935), le psychologue et sociologue américain Kurt LEWIN (1890-1947) formulait sa célèbre équation qui établit une relation, depuis lors admise, entre le comportement individuel et la fonction de son environnement : C = f (P, E). (...) Au début du XXe siècle, l’École de Chicago (BURGESS, McKENZIE et PARK, etc.) et quelques décennies plus tard, le groupe de Palo Alto (BATESON, WATZLAWICK, WEAKLAND, JACKSON, ACKERMAN, etc.) reconnaissent que les conditions de l’environnement exercent d’importantes influences sur l’être humain. La théorie générale des systèmes de BERTALANFFY, la cybernétique de WIENER, les travaux anthropologiques de BENEDICT, MEAD et LÉVI-STRAUSS, ainsi que les recherches en écologie humaine de BRONFENBRENNER démontrent que la culture ambiante impose de lourdes contraintes à l’état et au développement de la personnalité __ LEGENDRE, R. (1995).

B.  Unité de base. L’interaction personne-milieu est au cœur du paradigme de l’écologie humaine.

C.  Caractères. L’écologie humaine se caractérise au regard de deux axes principaux. Un premier axe de type environnementaliste centré sur l’étude des effets et de l’impact des activités humaines sur l’environnement. Cet axe dérive de l’écologie politique. Un second axe de type anthropocentrique centré sur l’étude de l’interaction humain/environnement au regard du développement de l’être humain __ ROCQUE, S. (1999).

D.  Écologie humaine/politique. L’écologie humaine est parfois définie dans la perspective de l’écologie politique, c’est-à-dire comme étant l’étude de l’impact de l’humain sur l’environnement. Bien qu’il soit essentiel de protéger l’environnement, nous croyons tout aussi essentiel de distinguer clairement l’action politique du domaine scientifique qu’est l’écologie humaine. À l’instar de l’écologie générale, qui constitue l’une des références sur laquelle s’appuie l’écologie politique, l’écologie humaine peut également jouer ce rôle. Cependant, le but premier de l’écologie humaine est de comprendre la dynamique des systèmes humains __ ROCQUE, S. (1994).

E.  Postulats. L’écologie humaine pose comme premier postulat qu’aucun être humain ne peut exister en lui-même et se développer exclusivement par lui-même, c’est-à-dire en l’absence d’un environnement. L’écologie humaine pose également que la finalité d’un système biologique humain, c’est-à-dire l’adaptation comme processus et résultante individuelle, le comportement, la cognition, l’adaptation comme processus et résultante collective ou l’apprentissage est le fruit de l’interaction mutuelle et réciproque entre l’humain et son environnement, d’une part et d’autre part, de l’interaction entre les divers systèmes limitrophes ou plus vastes qui l’englobent. L’écologie humaine admet également des similitudes et des différences fondamentales entre les développements humain et animal. L’écologie humaine reconnaît enfin que l’être humain n’est pas esclave de son environnement; il l’influence et le modifie __ ROCQUE, S. (1994).

F.  Caractéristiques. L’écologie humaine se caractérise de la façon suivante : 1. science carrefour, interdisciplinaire; 2. science axée sur la complémentarité des approches et des types de recherche; 3. science où prévaut la pensée systémique et complexe (pensée rotative, en spirale jouant de la disjonction « simplifier » et de la conjonction « complexifier »); et 4. science écologique, c’est-à-dire s’inspirant largement de l’écologie générale __ id.

G.  Objet global d’études. L’objet d’études de l’écologie humaine est l’écosystème __ ROCQUE, S. (1999).

H.  Objets spécifiques d’études. L’écologie humaine s’intéresse à l’individu (tous les types de manifestation du développement de l’être humain, à tout moment du continuum de son développement, de sa naissance à sa mort), à un groupe d’individus partageant un grand nombre de caractéristiques communes (population) ou à une communauté, c’est-à-dire un ensemble de groupes hétérogènes d’individus __ id.

I.   Propositions méthodologiques. Urie Bronfenbrenner (1989) suggère des études longitudinales et des études comparatives ayant pour buts, à court terme, de décrire les écosystèmes et de générer des hypothèses. Il propose également que soit élaboré un protocole de recherche afin de soumettre les hypothèses à des vérifications au terme desquelles pourraient être esquissés des schémas explicatifs. GLOSSOP (1988) propose la modélisation comme processus permettant la description de la dynamique d’ensemble des écosystèmes __ ROCQUE, S. (1994).

J.   Évaluation écologique. Pierre DANSEREAU (1977) souligne que l’évaluation écologique d’une situation ne peut être exclusivement basée sur des invariants ou possibilités physiques et biologiques, mais sur des valeurs humaines dont la force est aussi coercitive que des facteurs physiques et biologiques __ id.

K.  Potentiel écologique d’une situation. Selon Pierre DANSEREAU (dans TESSIER, R., 1989), le potentiel écologique d’une situation est constitué d’un ensemble de ressources, de la perception qu’en ont les agents capables de l’exploiter, de l’usage réel qu’ils en font et de la satisfaction qu’ils en éprouvent __ ROCQUE, S. (1999).

L.  Synthèse. L’écologie humaine se définit comme étant une science carrefour mettant à contribution des savoirs de disciplines variées (anthropologie, psychologie, sociologie, géographie, biologie, économie, notamment) pour aborder et comprendre la complexité des rapports établis entre l’homme et son milieu. La « fonction de l’écologie humaine est de coordonner les problématiques des disciplines concernées en produisant un lot de questions communes » __ GUILLE-ESCURET, G. (1986).

M. Problèmes. Les problèmes de l’écologie humaine peuvent se regrouper selon quatre dimensions distinctes et complémentaires, soit des problèmes de nature conceptuelle (confusion terminologique), théorique (absence de théories écologiques du développement et du fonctionnement humains), méthodologique (absence de méthodes adaptées) et stratégique (absence de stratégies globales de recherche). Cette typologie des problèmes est proposée par Theodore D. WACHS (1991) __ ROCQUE, S. (1999).

N.  Valeur heuristique. Dans son ouvrage sur la Théorie des milieux, Romuald ZANIEWSKI (1952) notait que l’intérêt de l’être humain pour cette interaction constante avec le milieu remplit deux fonctions. La première est sans doute celle qui s’impose avec la plus grande évidence. Elle relève de considérations pratiques qui visent à augmenter les chances de survie pour quiconque sait percer les secrets de cette dynamique. La seconde fonction déborde le cadre individuel. Ce lien humain-milieu est un paramètre essentiel à la réflexion sur l’avenir des nations, des peuples, voire de l’humanité. La lecture des ouvrages de pionniers de l’écologie humaine démontrent que ces deux fonctions ont opéré une séduction certaine chez des chercheurs de disciplines variées. Un tel attrait a certes été déterminant dans la création formelle de l’écologie humaine et dans son développement. À ces deux fonctions, s’en ajoute une troisième qui, depuis les conclusions, les observations et les réflexions du plus célèbre médecin de l’Antiquité, HIPPOCRATE DE COS (~ 460 - 377 av. J.-C.), prêche en faveur de l’écologie humaine. C’est la conviction profonde que la compréhension de l’interaction personne-milieu rendra éventuellement possible des actions et des interventions plus favorables aux êtres humains, et, comme corollaire, permettra d’éviter des actions qui leur sont nuisibles. Les pionniers de l’écologie humaine, ainsi que leurs successeurs, s’inscrivent donc dans une longue tradition teintée d’un humanisme que l’on pourrait qualifier de naturaliste __ ROCQUE, S. (1999).

O.  Inné-acquis. L’interaction personne-milieu ouvre une perspective qui va au-delà de l’opposition « inné-acquis ». L’interaction personne-milieu évacue toute tentative de juger des possibilités de l’être humain sur la base exclusive de ses caractéristiques, sans égard au milieu. L’inverse est aussi vrai : tout milieu ne peut être jugé adéquat ou non sans faire référence aux caractéristiques de l’être humain qu’il accueille. L’énoncé suivant de Konrad Z. LORENZ (1978) illustre bien la teneur de ce lien dynamique personne-milieu : « Si le patrimoine génétique d’un individu accroît ses chances de survie comparativement à celui de ses pairs, cela n’est valable que pour l’unique constellation de facteurs environnementaux qui prévaut alors. Pour un environnement de nature différente, le nouveau bagage génétique peut s’avérer très peu approprié ». (trad. libre) __ id.

P.  Conditions de développement. La première contrainte de l’approche écologique est la plus triviale. Cette approche implique nécessairement une centration, non plus portée exclusivement sur l’organisme vivant, soit l’être humain, ou encore sur le milieu, mais bien sur la dynamique de l’interaction organisme vivant-milieu. Nous soulignons cette contrainte parce qu’elle est, hélas, trop souvent éludée par les chercheurs ou encore limitée à une prétention purement théorique qui n’influence en rien la réalisation pratique des études. La seconde contrainte, tout aussi importante, est le fait que l’approche écologique doit nécessairement tenir compte des assises de l’écologie générale. À l’intersection des sciences humaines et de l’écologie générale, l’écologie humaine ne peut faire abstraction de cette dernière discipline mère. Tenir compte de cette discipline permet de puiser à même la richesse d’un domaine scientifique dont la très grande fertilité est universellement reconnue. Cela permet également de rompre avec ce qui paraît être la règle et non l’exception en écologie humaine, soit une utilisation galvaudée ou superficielle de mots et d’expressions qui relèvent de l’écologie générale __ id.

Q.  Nomenclature.

environnement social
évaluation écologique du risque
exosystème
humanisme naturaliste

macrosystème
mésosystème
microsystème
risque

seuil de tolérance
stress
s. quotidien
stresseur

 

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