ÉDUCATION NOUVELLE

Org. scol./Péd. En réaction à l’éducation traditionnelle, mouvement pédagogique qui origine du XVIIIe siècle et dont les buts sont de situer les intérêts et les capacités créatives de l’élève au centre des préoccupations éducatives en lieu et place de l’enseignant, des objectifs prédéterminés et des méthodes conventionnelles d’enseigner et d’apprendre. V paradigme éducationnel. VA constructivisme, K; traditionalisme, C. EA éducation traditionnelle.

A.  Éducation nouvelle/traditionnelle (opposition). Les pionniers de l’éducation nouvelle n’ont pas manqué de souligner, au début de ce siècle, tous les défauts de cette éducation qui tourne le dos à la vie et qui, se moulant dans un style autoritaire, aboutit à contraindre l’enfant à la soumission et au conformisme. Plus fondamentalement, ceux-ci contestent le bien-fondé du postulat de l’éducation traditionnelle : ce n’est pas en s’appropriant le patrimoine culturel de notre civilisation occidentale que l’individu se libère; c’est en laissant se fortifier chez chaque enfant la propension à l’exploration de son environnement. Pour dépasser la faillite de l’éducation traditionnelle, il faut remettre l’enfant au centre de l’action éducative. Plus précisément, il convient de ne plus mépriser ses intérêts propres; il faut tirer parti de la spontanéité de l’élève et de ses initiatives. Avec la naissance de la psychologie, on découvre que l’enfant peut être créatif et qu’il peut construire par lui-même des connaissances __ CRAHAY, M. (1997).

B.  Réalisme. L’émergence de l’éducation nouvelle s’inscrit également dans un courant de pensée qui se qualifie souvent de réaliste. Celui-ci prit son essor en Allemagne pour aboutir vers le milieu du XVIIIe siècle à la constitution des premières Realschulen, c’est-à-dire des premières écoles secondaires où l’enseignement des réalités et des sciences se substitue à un enseignement purement littéraire. Selon COMÉNIUS et LEIBNIZ, deux représentants de ce courant, il faut écarter le texte pour atteindre directement la chose. C’est la seule manière de la connaître vraiment, c’est-à-dire scientifiquement. L’éducation nouvelle se veut une pédagogie réaliste dans la mesure où elle prétend substituer l’étude des choses à l’étude des mots. Il faut donc former l’enfant à la vie par la vie (O. DECROLY). L’éducation nouvelle porte encore les traces d’autres courants de pensée qui ont marqué l’histoire des idées et à la fin du XIXe et au début du XXe siècle : le romantisme et le pragmatisme __ id.

C.  Romantisme. Le romantisme est plus une attitude qu’un système philosophique. C’est avant tout un acte de révolte et d’opposition vis-à-vis du rationalisme (et, en particulier, du rationalisme français). Le romantisme, c’est le sursaut de l’irrationnel : à l’homme rationnel des Lumières, les romantiques opposent un individu poussé par des forces puissantes, inacessibles à la connaissance rationnelle et à la conscience. La sensibilité et l’intuition donnent, mieux que la raison, accès à l’exacte vérité du monde. Le pouvoir de l’être humain d’avoir un contact avec le réel, sans passer par la conscience et l’intelligence, lui permet de retourner à l’union fondamentale avec la nature. Sensible à son être intérieur (sa nature intime), il peut découvrir sa vérité par un retour sur soi. L’être humain peut ainsi retrouver ses liens originels avec le cosmos puisqu’il renferme en lui l’univers tout entier __ id.

D.  Romantisme/pragmatisme. Le romantisme jetant la suspicion sur la raison et les connaissances, on comprend que ceux qui adoptèrent peu ou prou cette façon de penser se soient emparés d’une certaine manière de la thèse propre au pragmatisme __ id.

E.  Pragmatisme. Ce courant de pensée, d’origine principalement anglo-saxonne, soutient que la pensée n’est pas une faculté en quelque sorte immatérielle dont l’objet serait la connaissance d’une vérité, elle-même objective et absolue. Elle est avant tout un instrument permettant à l’individu de s’adapter à des circonstances nouvelles. L’acte de connaître n’est donc pas un phénomène autonome; il est en relation avec tout notre être. La marque de vérité se juge par le succès des démarches de notre intelligence aux prises avec les choses. En d’autres termes, le pragmatisme mesure la vérité des conceptions à leur efficacité. On trouve ici l’origine philosophique des approches pédagogiques qui se qualifient de fonctionnelles. Le pragmatisme mérite une analyse critique nuancée, mais tel n’est pas notre propos. Nous nous limiterons à en indiquer les dérives pédagogiques __ id.

F.  Éducation nouvelle/traditionnelle (complémentarité). Il est temps de repenser l’opposition éducation traditionnelle-éducation nouvelle. De façon urgente, il importe de s’interroger. Ne faut-il pas chercher à articuler ce qui a été si longtemps opposé? Peut-on vraiment opposer culture et expérience? Peut-on encore soutenir que les idées, les convictions, la culture ne sont pas constitutives de l’intimité des hommes? Peut-on restreindre la formation des individus aux seules connaissances utiles? À nos yeux, un enjeu capital de la réflexion pédagogique des prochaines années sera de dépasser l’opposition désuète entre éducation traditionnelle et éducation nouvelle. Car, si l’éducation traditionnelle court le risque de conduire au conformisme et à la culture purement livresque, l’éducation nouvelle fait peser sur les enfants la menace de l’inculture et celle d’une pensée qui se complaît dans les limites de l’expérience immédiate. En délaissant le livre pour la leçon de choses, l’école active fait courir un grand danger à notre société : celui de couper les jeunes de toutes les connaissances qui se sont patiemment accumulées dans les bibliothèques. De façon complémentaire, il serait insensé de verser dans la nostalgie en faisant le panégyrique de nos anciennes humanités et, partant, de plaider pour une restauration de l’enseignement traditionnel. C’est à une critique serrée aussi bien de l’éducation nouvelle que de l’éducation traditionnelle qu’il faut se livrer, ceci afin de construire une véritable synthèse de ces deux façons de penser l’enseignement __ id.

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