1. Fond. éduc./Phi./Pol./Soc. Minorité de gens considérés comme les meilleurs, les plus remarquables d’un groupe, d’une communauté, d’une société.
2. Fond. éduc./Phi./Pol./Soc. (Plur.). Ensemble de personnes qui, dans quelque domaine que ce soit, occupent les premiers rangs, de par leur éducation, leurs compétences, leur intelligence ou leurs capacités à diriger. Ex. : élite économique, religieuse, criminelle, politique, etc.
A. Historique. Le sociologue Vilfredo PARETO (1848-1923) fut le premier à introduire la notion d’élite en sciences sociales. Il définissait ce terme comme l’ensemble des membres « supérieurs » d’une collectivité. Selon PARETO, l’élite représente la société à laquelle elle appartient. Elle coordonne les pratiques sociales, agit comme conservatrice des valeurs dominantes de la communauté et symbolise son unité. De plus, il y aurait une relation entre la composition de l’élite et la structure de la société de laquelle elle est issue. Ainsi, l’élite d’une société technologique sera plus mouvante et plus complexe que celle d’une société traditionnelle. PARETO note également la distinction entre les concepts d’élites « dirigeantes » et d’élites « non dirigeantes ». La première se distingue de la seconde en ceci qu’elle participe activement aux décisions qui influent sur l’avenir de la collectivité. Le sociologue Gaetano MOSCA (1858-1941) propose quant à lui une distinction supplémentaire alors qu’il avance le concept d’élite « dominante ». Il s’agit de l’élite qui, dans une société donnée, fait prévaloir ses intérêts sur ceux des autres élites. Un exemple évident d’élite « dominante » serait celui des grands capitalistes américains de la fin du XIXe s.
B. Présupposés. La notion d’élite repose souvent sur la croyance en des inégalités naturelles entre les hommes. Elle sous-tend également une conception hiérarchisée de la société. Elle incline à privilégier un maintien des inégalités sociales, notamment des inégalités politiques.
C. Élite/masse. Selon Arthur W. KORNHAUSER (1968), il existe deux théories relatives aux élites sociales. La première, dite « aristocratique », voit l’ensemble des élites comme le gardien et le producteur des valeurs sociales qui garantissent la sauvegarde du groupe. Ce phénomène serait le résultat négatif de la pression qu’exercent les non-élites sur les élites. Ainsi, les paramètres de nos sociétés modernes (concentration du pouvoir, division du travail, égalitarisme, pouvoir des masses) font en sorte que les valeurs qui garantissent la conservation de l’identité des groupes humains se trouvent bousculées, voire occultées. Le rôle de l’élite serait de rappeler à la masse les vertus de ces valeurs. Pour ce faire, l’élite se doit de s’isoler de la masse dans le but de garder sa liberté, son identité et sa confiance en elle-même. Elle doit aussi résister au nivelage social encouragé par l’idéologie égalitariste. La seconde théorie des élites part des mêmes constatations entourant l’atomisation des masses, mais inverse les perspectives. En effet, l’élite omnipotente d’une société est maintenant perçue comme une manipulatrice sans vergogne qui intimide les masses sociales vulnérables. Selon WRIGHT MILLS (1956), l’élite se définit essentiellement par son pouvoir. Elle ne jouerait aucun rôle dans la création ou la préservation des valeurs, mais elle se servirait en revanche de son pouvoir pour manipuler les masses. Notons que la conception élitiste de la société s’oppose à celle des classes sociales (MARX, LÉNINE) puisqu’elle oppose la hiérarchie politique à la lutte économique entre les groupes sociaux.