ÉVALUATION DU CURRICULUM

Cur. Processus de vérification et d’appréciation de l’efficience d’un système curriculaire quant aux résultats d’apprentissage, aux stratégies et méthodes d’enseignement, à la compatibilité du schéma curriculaire avec les objectifs et buts de l’éducation entraînant une prise de décision éclairée et une révision s’il y a lieu __ DURAND, M.-J. (1996). Syn. évaluation curriculaire. VA développement curriculaire, N et P; dissémination du curriculum, D; expérimentation du curriculum, B et D. EA évaluation par revue de projet. RN cycle (général) du curriculum, A.

A.  Nature. L’évaluation curriculaire est un processus par lequel le curriculum planifié et le curriculum opérationnel (celui qui est vécu de façon ponctuelle) sont jugés en termes d’adéquation et d’efficacité (BEANE, J. A., 1986); un processus qui détermine les changements réalisés en fonction du degré d’atteinte des objectifs (TABA, I., 1962); le processus de vérification des décisions concernant la cueillette sélective et l’analyse des informations (ALKIN, M. C., 1969); des processus qui sont nécessaires pour poser un jugement autant sur l’efficacité du curriculum planifié que du système curriculaire tout entier (BEAUCHAMP, 1981). Robert E. STAKE (1967) reprend cette idée en définissant l’évaluation curriculaire comme la description et le jugement porté sur un programme éducatif. TYLER (1949) ajoute que l’évaluation est un processus pour déterminer la portée des objectifs et le degré de réalisation des comportements (performances). Malcolm PROVUS (1969) décrit l’évaluation curriculaire comme étant la comparaison des performances en relation avec les standards édictés et Michael SCRIVEN (1967), comme l’ensemble des données sur la performance en relation avec les buts assignés. Daniel STUFFLEBEAM (1980) apporte une nouvelle dimension en la définissant par la description, l’obtention et l’utilisation de l’information en vue d’une prise de décision. COOPER (dans DE LANDSHEERE, G., 1979) décrit l’évaluation curriculaire comme « la collecte et la recherche d’éléments de preuve permettant de prendre des décisions quant à la praticabilité, à l’efficacité et à la valeur éducative d’un curriculum » (...) __ id. L’évaluation du curriculum va au-delà de l’évaluation des apprentissages des élèves. En effet, on retrouve des évaluations à chaque niveau de réalisation d’un curriculum ainsi qu’au niveau du système curriculaire en entier.

B.  Utilités. L’évaluation peut avoir d’importantes répercussions sur les résultats et le produit du curriculum. Ce rôle dépend de la manière dont elle est exécutée et utilisée. L’évaluation curriculaire peut et doit jouer une variété de rôles afin de mesurer la qualité des curriculums : en décrivant et en jugeant l’efficacité d’un programme éducatif (STAKE, 1967); en établissant et en justifiant les forces et les faiblesses (SCRIVEN, 1967); en identifiant les contradictions et les concordances entre les standards et les performances réalisées (PROVUS, 1969); en recueillant les informations nécessaires en vue de la prise de décisions (STUFFLEBEAM, 1968); en déterminant l’étendue des apprentissages réalisés (TYLER, 1949). Contrairement à la mesure, l’évaluation constitue un jugement de valeur. Les bonnes évaluations sont généralement basées sur une grande quantité d’informations provenant de plusieurs sources. Quant à la mesure, c’est un élément important de l’évaluation, mais ce n’est pas le seul. Dans son acception, l’évaluation curriculaire est une entreprise complexe qui tente de codifier ce processus exprimé en séquences ou en composantes __ DURAND, M.-J. (1996).

C.  Dimensions. BEAUCHAMP (1981) conclut en définissant les quatre dimensions de l’évaluation curriculaire : 1. l’évaluation des enseignants qui utilisent le curriculum; 2. l’évaluation du schéma curriculaire; 3. l’évaluation des résultats d’apprentissage; 4. l’évaluation du système curriculaire __ id.

D.  Confusion. Il existe une certaine confusion dans la définition de l’évaluation curriculaire. Plusieurs l’associent, de façon exclusive, à l’évaluation des résultats d’apprentissages. Bien qu’ils soient une composante de l’évaluation curriculaire, les résultats d’apprentissages ne sont pas le seul élément important. L’évaluation curriculaire est rendue nécessaire pour apprécier le curriculum en place ou juger celui qui vient d’être implanté. Dans ce sens, l’évaluation curriculaire vise principalement à déterminer la performance d’un curriculum selon certains critères ou en comparaison avec d’autres curriculums (ZAIS, 1976) __ id.

E.  Critères d’évaluation. DE LANDSHEERE s’interroge sur l’efficacité de comparer des curriculums ne poursuivant pas les mêmes fins et les mêmes buts. Par contre, il détermine certains critères particuliers d’atteinte des objectifs assignés : l’accueil réservé par les enseignants; la facilité d’accès à toutes les composantes du curriculum; le coût et l’adéquation de la formation des éducateurs pris en considération. Robert MAGER (1962) définit un critère comme une mesure ou un test au moyen duquel on évalue un comportement final de l’élève. HAMELINE (1979) situe le critère comme un indicateur de la réussite. Il le définit en référence aux principes, attentes, exigences qui permettent de porter un jugement sur la détermination de la réussite. Les critères sont qualitatifs, réussite ou échec par exemple, ou quantitatifs lorsque la réussite présente des degrés

(3 items sur 4 doivent être réussis). Pour TABA (1962), voici les principaux critères d’évaluation : 1) la compatibilité de l’évaluation avec les objectifs du programme; 2) une acception étendue des objectifs; 3) un diagnostic qui distingue les niveaux variés de performance ou d’acquisitions et qui indique les forces et les faiblesses du processus. Pour TYLER (1949), trois critères sont importants pour un instrument d’évaluation : l’objectivité, la fiabilité et la validité. La validité s’applique aux méthodes et indique le degré auquel une évaluation fournit les indications des comportements désirés. Les critères d’évaluation sont des indicateurs qui permettent d’identifier si les objectifs sont atteints. L’évaluation curriculaire en général, comme tous les autres aspects de la planification curriculaire, doit être soumise à plusieurs critères : la validité, la logique, la conformité, l’objectivité, la fiabilité, la pertinence, et l’efficacité __ id.

F.  Types. Il existe plusieurs approches évaluatrices qui concernent une des quatre dimensions de l’évaluation curriculaire : - L’évaluation critériée détermine, en référence à des indices, si l’apprenant a atteint l’objectif et s’il est capable de passer aux apprentissages ultérieurs. - L’évaluation formative fournit à l’apprenant une information immédiate sur son progrès, ses faiblesses et les moyens d’y remédier. Elle favorise une rétroaction, vise à permettre à un plus grand nombre d’apprenants d’atteindre les objectifs. - L’évaluation normative se réfère à la performance d’un apprenant en rapport avec celle des autres apprenants. Cette classification sert à sélectionner, à discriminer les élèves forts et faibles. Dans certains cas, on détermine à l’avance un certain pourcentage d’échecs selon la courbe dite normale de Gauss. - L’évaluation sommative porte un jugement global sur l’ensemble des objectifs et se situe à la fin d’un cheminement prédéterminé. Selon LEWY (dans DE LANDSHEERE, G., 1979), l’évaluation se répartit selon chaque étape de la construction d’un curriculum : - Lors de la détermination des buts : études des valeurs culturelles, des forces sociales, du rendement scolaire actuel, de la praticabilité; évaluation des besoins. - Lors de la planification : contrôle de l’adéquation des objectifs, des contenus, des stratégies, du matériel construit (y compris les manuels scolaires). - Lors du prétest : observation des réactions des enseignants et des élèves; étude des productions des élèves. - Lors de l’expérimentation sur le terrain : tirage d’un échantillonnage; contrôle de l’efficacité du programme dans des conditions variées. - Lors de l’introduction dans la pratique scolaire : examen de la forme finale du curriculum; contrôle de l’efficacité de l’ensemble du système; contrôle de la formation des enseignants. - Lors du contrôle de la qualité : examen de la qualité de la réalisation du curriculum; étude des causes de variation de l’efficacité; éventuellement suggestions de corrections __ id.

G.  Niveaux curriculaires. Lors d’une évaluation curriculaire, on doit préciser le niveau d’organisation du curriculum dont on désire connaître la valeur en vue de porter un jugement éclairé et de prendre des décisions adéquates. De même, on déterminera quelles composantes seront concernées à un niveau curriculaire particulier. VA organisation curriculaire, A.

H.  Résultantes principales/effets secondaires. Les résultantes principales d’un curriculum s’évaluent en fonction des buts et objectifs visés. Les effets secondaires sont les retombées positives ou négatives, non planifiées ou souvent imprévues, qui proviennent de l’application d’un curriculum spécifique, de son orientation, de son organisation, des approches pédagogiques évaluatives préconisées, etc.

I.   Court/moyen/long terme. Les résultantes à court terme d’un curriculum concernent les données immédiates qui en ressortent. Par exemple : les apprentissages effectués par un élève à la fin d’un cours. Les résultantes à moyen terme concernent les effets obtenus dans les quelques années qui suivent l’implantation d’un curriculum. Par exemple : les incidences d’une formation scientifique ou artistique particulière à la fin du secondaire sur le choix de carrière et la formation que les élèves opteront pour prendre au collégial. Les résultantes à long terme portent sur les effets d’un curriculum plusieurs années après sa mise en œuvre. Par exemple : les impacts économiques, artistiques, sociaux et personnels qui résultent d’un vaste changement curriculaire d’il y a quelques décennies. Ou encore : les incidences sur la qualité pédagogique des écoles plusieurs années après avoir enlevé la formation des maîtres aux écoles normales pour la confier aux facultés et départements d’éducation des universités.

J.   Perspectives/critères et méthodes d’évaluation __ POSNER, G. J. (1992) : trad. VA curriculum, J.

Traditionnelle

•    Rappel de faits

•    Tests

 

•    Maîtrise d’habiletés de base

•    Récitations

 

•    Transmission de valeurs traditionnelles

•    Travaux

 

 

•    Directives et instructions de l’enseignant

Béhavioriste

•    Exécution d’habiletés

•    Évaluation critériée, qualitative et quantitative, de comportements

 

•    Acquisition de comportements

•    Tests papier-crayon

 

 

•    Listes de contrôle et grilles d’observation

 

 

•    Examens pratiques

Structuro-disciplinaire

•    Connaissances acquises

•    Perception de la structure conceptuelle de la part des élèves

 

•    Nature des recherches entreprises

•    Nature et qualité des recherches

 

•    Structure conceptuelle du contenu enseigné

•    Résolution de problèmes

 

 

•    Interprétation de données

 

 

•    Conception d’expérimentations

Cognitiviste

•    Concepts fondamentaux

•    Mesure d’acquisition de concepts

 

•    Développement d’habiletés de pensée/de réflexion

•    Analyse de résolutions de problèmes inédits, y compris les erreurs

 

 

•    Entrevues cliniques

 

 

•    Exercices de cartographies conceptuelles

Expérientielle

•    Développement continu de l’élève à travers des expériences éducatives démocratiques et humaines suscitant la curiosité de l’élève et appuyant ses initiatives

•    Évaluation des résultantes affectives et cognitives ainsi que des traits de personnalité

•    Évaluation de la qualité intrinsèque des expériences vécues par les élèves

 

K.  Évaluation du curriculum/mise à l’essai. Suite à une éventuelle évaluation du curriculum, il se peut que l’on juge opportun d’y apporter des changements (V cycle (général) du curriculum). Dans ce cas, il est possible que l’on revienne à l’opération mise à l’essai et que l’on trouve alors souhaitable d’y apporter des modifications dans le but d’accroître la validité et la rigueur de la mise à l’essai.

» Dictionnaire