ÉVOLUTION

1.  Gén. Séquence prolongée et orientée de modifications graduelles, minimes et souvent imperceptibles qui transforment progressivement des êtres, des institutions, des savoirs et des choses en profondeur. L’évolution d’une personne, d’un système éducatif, des pratiques pédagogiques, du climat. Chacune des phases successives résultant du processus. Les phases d’évolution de l’être humain de la naissance à la mort.

2.  Spéc. Impulsion intrinsèque des êtres et des institutions vers la création et le progrès. L’Évolution créatrice de BERGSON.

3.  Éduc. Transformation graduelle de l’être humain, orientée vers le développement de l’ensemble de ses potentialités, sous l’influence de son milieu et de sa propre maturation. Syn. développement. Le développement d’un être éduqué. Ant. fixité; immobilité; inertie; permanence; sclérose; stagnation; statisme. V croissance, 6; curriculum humaniste. VA W. TA paradigme.

4.  Hist. éduc. Changement dans les conceptions et les connaissances éducationnelles ainsi que dans les systèmes d’éducation à travers le temps. Selon DURKHEIM, adaptation de l’éducation aux besoins résultant des modifications des conditions humaines et sociales d’une génération à la suivante __ HOTYAT (1973).

5.  Ling. Ensemble des modifications d’une langue, observées sur une période et dans un contexte déterminés. L’évolution de la langue française en Afrique, en Amérique, en Europe.

6.  Psych. Suite d’étapes générales ou particulières du développement psychologique de l’être humain. Les crises et les bénéfices de l’évolution psychologique de la vie humaine. V croissance, 7.

7.  Rech./Sc. Processus dynamique fondamental de la nature. L’évolution du corps humain, d’une plante, d’une population. V croissance, 2, 3, 4 et 7. VA modèle de changement planifié, F; paradigme, K et M; système auto-organisateur, B.

A.  Étym. Du latin e -, à partir de, hors de, volvere, rouler, evolutio, déroulement, action de se dérouler. Début au XVIe siècle dans le sens militaire : l’évolution, les manœuvres des troupes. Sens actuels depuis le XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, en opposition à la vision traditionnellement hiérarchique, fixiste et créationniste de la nature, théorie de l’évolution avec DARWIN, LAMARCK et SPENCER s’appuyant sur les développements de l’anatomie comparée, de la biogéographie, de la généalogie et de la paléontologie. Au XXe siècle, théories évolutionnistes dans les domaines de la spiritualité (BERGSON, Teilhard DE CHARDIN), de la science (anthropologie, biologie, biochimie, physiologie) et même de la pédagogie (DEWEY, FERRIÈRE). VA W.

B.  Créationnisme/transformisme/évolutionnisme. Le naturaliste français Georges CUVIER (1769-1832) estima qu’il y avait eu des catastrophes périodiques qui, chaque fois, avaient détruit la vie sur la Terre, et qu’après chacune d’elles, des formes de vie nouvelles et un peu différentes avaient été créées. D’autres cependant étaient d’avis que la vie était continue, mais que des formes individuelles pouvaient avec le temps se transformer lentement en des espèces nouvelles et différentes. La vie serait comparable à un rouleau qui se déroulerait en révélant au fur et à mesure des formes de vie toujours renouvelées. Ainsi, à partir de formes très simples, toute la complexité et la variété de la vie actuelle seraient venues à l’existence, tandis que certaines formes, également complexes, auraient pu exister auparavant pour disparaître ensuite. Cette théorie s’appelle évolution. (...) Le naturaliste anglais Charles DARWIN (1809-1882) n’a nullement été le premier à penser à l’évolution, mais il rassembla tant de preuves et publia, en 1859, un si remarquable livre à ce sujet — De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, (...) — qu’il peut être considéré comme le père de cette théorie __ ASIMOV, I. (1959, 1976). Le transformisme de DARWIN aurait été influencé par le naturaliste français Jean-Baptiste de Monet, chevalier de LAMARCK (1744-1829). Pour le biologiste français Jean ROSTAND (1894-1977), c’est à LAMARCK que nous devons la « première théorie positive de l’évolution des êtres vivants ». Selon cette théorie, les deux causes principales des transformations sont : 1. la tendance spontanée des êtres vivants vers le perfectionnement, et 2. l’influence catalytique des circonstances extérieures, ce qui suscite l’adaptation au milieu. À son tour, le philosophe anglais Herbert SPENCER (1820-1903) se serait appuyé sur les travaux de DARWIN pour construire sa théorie de l’évolutionnisme des êtres vivants selon quatre stades successifs : inorganique, biologique, psychologique et social. La loi de la complexité croissante se vérifie à chacun de ces stades : on observe le passage progressif d’un état homogène indéfini (agrégat divisible et incohérent) à celui de l’hétérogène défini (organisme cohérent de moins en moins divisible); il se produit une intégration croissante des parties au tout par une multiplication de relations diversifiées. VA W.

C.  Orthographe. Dans le sens 2, le terme s’écrit avec un É majuscule : la force inéluctable de l’Évolution.

D.  Quantitatif/qualitatif. Dans le sens 7, l’accent est mis sur l’aspect quantitatif de l’évolution; aux sens 3 et 6, l’aspect qualitatif prédomine. VA J; développement, I.

E.  Progression/régression. L’évolution peut être progressive lorsqu’elle concourt à une amélioration, à un avancement, à un changement bénéfique : la démocratisation qualitative de l’éducation; le désarmement des pays; l’atteinte d’un stade supérieur de développement. L’évolution peut aussi signifier un changement régressif, une marche arrière, une détérioration : le retour à l’éducation véritable d’une seule minorité; la croissance de la pollution de la planète; la sénilité d’une personne. Syn. involution; régression.

F.  Avance. L’avance est synonyme d’évolution lorsque l’on désire signifier le cheminement déjà effectué.

G.  Avancement. Alors que l’avancement indique aller de l’avant, l’évolution porte surtout sur la façon dont le changement se produit.

H.  Changement. L’évolution implique nécessairement un changement particulier, celui d’être continu et profond. C’est le processus du changement qui instaure des différences et qui provoque l’évolution.

I.   Conversion. Dans cette optique opposée au darwinisme, l’évolution serait un phénomène discontinu provoqué par des mutations.

J.   Croissance/développement. L’évolution implique le passage de formes plus simples à des formes plus complexes. La croissance met l’accent sur la quantité des parties et la grandeur d’un tout tandis que le développement focalise sur la qualité progressive des relations au sein d’un ensemble. V croissance; développement. VA D.

K.  Devenir. Le devenir est un terme philosophique qui indique le mouvement même de l’évolution.

L.  Essor. L’essor concerne l’élan, l’envol, l’impulsion ou encore, la croissance, l’extension, le progrès d’une évolution.

M. Innovation. L’innovation implique une évolution souhaitable ou indésirable d’une situation prolongée en vue d’y introduire un changement majeur et inédit.

N.  Métamorphose. La métamorphose indique une évolution considérable qui rend son objet méconnaissable.

O.  Modification. La modification définit une évolution parcellaire et parfois accidentelle d’un tout dont la nature demeure pratiquement inchangée.

P.  Mouvement. Le terme mouvement ajoute un cadre de référence à l’évolution.

Q.  Mutation/transmutation. Alors que l’évolution est progressive et peut concerner un être, la mutation est brusque et soudaine alors que la transmutation implique une évolution totale de la nature d’un objet.

R.  Progrès/progression. Le progrès signifie la résultante d’une évolution positive; la progression indique le processus par lequel une évolution se produit continuellement et en respectant un ordre et des principes.

S.  Révolution. La révolution implique une évolution d’envergure, totale et durable d’une situation que l’on renverse parfois avec violence. En sciences, révolution prend le sens de retour à un point de départ.

T.  Transformation. Il y a transformation lorsqu’une évolution conduit à un état méconnaissable en référence avec la situation de départ. Il y a transformation lorsque se produit le passage d’une forme à une autre, modification d’un corps à un autre. VA B.

U.  Tournure. La tournure définit l’aspect qu’emprunte une évolution.

V.  Variation. La variation fait référence à une évolution superficielle, temporaire et souvent irréfléchie ou capricieuse.

W. Éduc. L’anatomiste russe Karl Ernst von BAËR (1792-1876) fut le premier à formuler la loi biogénétique fondamentale selon laquelle l’ontogénèse (le développement de l’individu) est la récapitulation abrégée de la philogénèse (le développement de l’espèce et du genre au sein d’unités morphologiques plus vastes). Reprise par les naturalistes allemands Fritz MÜLLER (1821-1897) et Ernst HAECKEL (1834-1919), cette théorie influença le domaine de l’éducation. Selon Mauro LAENG (1974) : « Aussi certains sont-ils partis de là pour retrouver une correspondance entre le développement de l’enfant et celui de l’humanité, dans les diverses phases de la préhistoire, de la protohistoire et de l’histoire (Ferrière, Dewey) ». Alors que chez DARWIN, l’évolution résulte de la sélection naturelle, de la variation individuelle et de la compétition instinctuelle, chez von BAËR, le développement personnel s’effectue selon les principes de la coopération, de la cohérence et de la structuration des parties. Ces deux paradigmes conduiront à des perceptions éducationnelles très différentes : d’une part, DEWEY et SKINNER, d’autre part, PIAGET, HALL, BALDWIN.

X.  Facteurs internes/externes. Toute évolution provient de changements internes et de pressions externes de l’environnement.

Y.  CN : cycle (général) d’*.


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