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Pérennité des processus de cocréation : vers des partenariats durables et complémentaires

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15 minutes

À la fin de cette microformation, vous serez en mesure de :

  • Reconnaître la complémentarité des expertises;
  • Établir des objectifs communs dans le cadre d’un processus de cocréation.

Réalisation : Julien Contamines, Esther Simard St-Pierre, Christiane Le Clech, Geneviève Demers, Martin Séguin et Myriam Michaud

Dans le rôle de...

La cocréation n’est pas qu’une méthode ponctuelle pour améliorer un cours ou ajuster une activité pédagogique. Elle s’inscrit dans une dynamique relationnelle à long terme, qui appelle à la mise en place de partenariats durables. Pour qu’un tel processus puisse véritablement porter fruit, il est essentiel que chaque personne impliquée y trouve un gain réel, qu’il soit d’ordre professionnel, pédagogique ou symbolique. Autrement dit, la pérennité de la cocréation repose sur une condition fondamentale : il faut que tout le monde gagne quelque chose à participer.

Cette microformation vous invite à réfléchir à la manière de structurer une collaboration qui dépasse la simple consultation, en reconnaissant la complémentarité des rôles et des expertises. En prenant appui sur des principes de partenariat équitable, elle propose des repères pour construire ensemble une vision commune, établir des objectifs partagés et poser les bases d’un engagement mutuel durable.

Zoom sur les bonnes pratiques

Qu’est-ce qu’une approche partenariale?

La notion de partenariat est présente dans plusieurs domaines et repose sur un partage équitable du pouvoir et des responsabilités entre tous les acteurs impliqués (Boivin et al., 2017). Plus spécifiquement, dans le domaine de l’éducation, le partenariat se définit comme une collaboration soutenue et à long terme entre différentes personnes réunies autour d’objectifs définis conjointement (Kamga et al., 2023).

Ainsi, les modèles de partenariat s’opposent aux approches descendantes centrées sur les personnes expertes, où les personnes professionnelles sont perçues comme les uniques détentrices du savoir, chargées de résoudre les problèmes ou de dire quoi faire (Hopwood, 2017). Les modèles de partenariat valorisent plutôt la pluralité des expertises et, ainsi, l’échange de connaissances et de pratiques entre des acteurs issus de différents milieux (Chateauneuf et Bilodeau, 2013).

Les modèles de partenariat s’appuient sur un cadre explicite fondé sur :

  • le partage des décisions;
  • la reconnaissance mutuelle des expertises;
  • le maintien d’une considération positive inconditionnelle;
  • la pratique de l’ouverture et de l’honnêteté (Hopwood, 2017).

Les différentes expertises et leur valorisation

Une démarche partenariale forte repose sur lareconnaissance et la mise en valeur de l’ensemble des types de savoirs (voir Tableau 1), qu’ils soient théoriques, professionnels, pratiques ou expérientiels. Cette diversité de perspectives contribue à la richesse des productions collectives et favorise l’émergence de solutions mieux ancrées dans la réalité.

Tableau 1. Exemples de profils des personnes participantes et expertises pouvant être mobilisées au sein d’un processus de cocréation 

Profil des personnes participantes Type d’expertise mobilisée Rôle principal
Personnes du corps professoral (disciplines variées) Expertise disciplinaire Apporter des savoirs théoriques liés à leur champ disciplinaire
Personnes expertes citoyennes (organisations diverses) Expertise pratique de terrain Partager des savoirs issus de l’action et du vécu social
Conseillères en pédagogie universitaire Expertise en facilitation de processus de cocréation Concevoir et animer les démarches de cocréation
Personnes étudiantes Expertise vécue de l’expérience d’apprentissage Exprimer les besoins et les réalités des apprenants

Cette reconnaissance des expertises croisées permet de dépasser les logiques descendantes, en instaurant une culture de savoir partagé, où chaque personne participante contribue activement selon sa légitimité propre.

Arrêt sur image

Lorsque vous collaborez avec d’autres personnes qui n’appartiennent pas à votre famille d’expertise, quel type d’expertise devez-vous généralement mobiliser dans le cadre de vos collaborations?

Comment reconnaissez-vous et mobilisez-vous les expertises complémentaires dans ces collaborations?

Concrètement, comment on fait ça?

Lorsqu’un partenariat est établi, la première étape consiste à définir en amont des objectifs communs qui permettront de poser les bases d’une collaboration durable. Cela implique, de manière concrète, de clarifier les rôles et les responsabilités de chacun, dans une logique de complémentarité des expertises.

L’objectif est d’identifier les besoins des personnes de part et d’autre et de clarifier comment la collaboration peut y répondre en créant une valeur ajoutée pour chacun. Cela suppose une réflexion commune et un accord explicite, établi dès le départ.

Au Laboratoire interdisciplinaire de cocréation pédagogique, cette démarche prend forme dès la première rencontre entre un membre du corps professoral et une équipe de personnes facilitatrices souhaitant collaborer à un projet.

Voici un exemple d’outil utilisé dans le cadre du laboratoire afin de clarifier les bases d’un partenariat :

Tableau 2. Cadre de référence pour établir les fondements d’un projet collaboratif

1. Dimensions du projet

Quelles dimensions sont concernées par cette collaboration?

Enseignement Recherche Rayonnement Autre (préciser)

2. Besoins des parties prenantes

Quels sont les besoins, les attentes ou les enjeux de chaque personne ou groupe impliqué?

3. Objectifs communs à définir

Que souhaitons-nous accomplir ensemble? Quels résultats concrets visons-nous?

4. Rôles et contributions de chacun

Qui fait quoi? Quelles expertises ou ressources chacun apporte-t-il? Comment les rôles sont-ils complémentaires?

Une fois les fondements posés à l’aide de cet outil, les collaborations peuvent prendre des formes variées. Voici deux exemples concrets issus du laboratoire, qui montrent comment ces principes peuvent être mis en œuvre dans des contextes réels.

  1. Réaliser une expérimentation de cocréation pédagogique en revisitant la macroconception d’un cours. La professeure agit comme partenaire d’expérimentation en acceptant que son cours serve de cas pour documenter et diffuser les retombées du projet, tant pour le rayonnement du laboratoire que pour la communauté enseignante. Les personnes conseillères pédagogiques jouent un rôle de facilitatrices et soutiennent notamment le recrutement des personnes étudiantes.
  2. Produire deux récits croisés entre praticiens et personnes professeures-chercheuses : l’un sous la forme d’un article scientifique, l’autre dans un format professionnel. Les personnes premières autrices seront déterminées en fonction du type de publication visée et de l’implication des personnes.
Image de profil de Myriam

Dans le but de concevoir un cours sur le repreneuriat collectif, la professeure d’entrepreneuriat social Myriam Michaud, de l’École des sciences de l’administration, a collaboré avec des spécialistes en sciences de l’éducation pour organiser trois ateliers de cocréation réunissant sept personnes étudiantes, six personnes expertes du domaine et la graphiste associée au cours.

Afin de garantir que chaque personne retire des bénéfices concrets de cette démarche, la professeure et les spécialistes en sciences de l’éducation ont, en amont des ateliers, demandé aux personnes participantes d’expliciter les retombées qu’elles souhaitaient obtenir de leur participation afin d’éviter leur instrumentalisation (voir Tableau 3).

Tableau 3. Bénéfices de la participation de chacune des parties prenantes

Partie prenante

Bénéfices de la participation

Professeure

Recevoir de l’aide dans l’avancement de son cours et partager des responsabilités pour le recrutement des personnes participantes. Contribuer à une innovation pédagogique, aux publications et au rayonnement d’une expérimentation en enseignement.

Personnes étudiantes

Expérimenter un processus de cocréation. Faire reconnaître leur participation par un certificat personnalisé. Pouvoir contribuer à la qualité des cours.

Personnes expertes

Acquérir des connaissances sur l’enseignement du repreneuriat collectif. Pouvoir contribuer à la qualité du contenu enseigné.

Graphiste

 

Spécialistes en sciences de l’éducation

Disposer d’un projet pilote concret à documenter pour illustrer les processus de cocréation et alimenter la mise en œuvre d’un laboratoire.

3, 2, 1, action!

Nous vous invitons maintenant à réaliser deux courtes activités pour vous mettre en action.

Activité 1

Activité 2

Finale

Pour finir, l’approche partenariale repose sur une vision renouvelée de la collaboration, fondée sur la reconnaissance des expertises multiples et l’engagement mutuel dans un projet commun. En rompant avec les logiques descendantes traditionnelles, elle ouvre la voie à des dynamiques de coconstruction plus justes, plus riches et plus durables. En instaurant un cadre explicite où confiance, réciprocité et ouverture sont au cœur des interactions, le partenariat devient un levier puissant pour transformer les pratiques et favoriser l’innovation.

Générique

Boivin, A., Flora, L., Dumez, V., L’espérance, A., Berkesse, A., et Gauvin, F. P. (2017). Co-construire la santé en partenariat avec les patients et le public : historique, approche et impacts du « modèle de Montréal ». La participation des patients. Paris : Éditions Dalloz, collection Normes juridiques et éthique biomédicale, 11-23.

Chateauneuf, D., et Bilodeau, S. (2013). L’apport du partenariat recherche-pratique en protection de l’enfance : l’exemple de la redéfinition des services en foyers de groupe. Intervention, la revue de l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec, 1(138), 13-23.

Couture, C., Bednarz, N., et Barry, S. (2007). Multiples regards sur la recherche participative. La recherche participative : multiples regards, 124-157.

Edwards, A. (2011). Building common knowledge at the boundaries between professional practices: Relational agency and relational expertise in systems of distributed expertise. International Journal of Educational Research, 50(1), 33-39.

Hopwood, N. (2017). Expertise, learning and agency in partnership practices in services for families with young children. Dans Working relationally in and across practices: A cultural-historical approach to collaboration.

Kamga, R., Allaire, S., Baron, M. P., Cody, N., Coulombe, S., Dumoulin, C., et Thériault, P. (2023). L’émergence des partenariats recherche-pratique en éducation : une recension des écrits. Phronesis, 12(1), 127-143.

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Modifié le: mercredi, 9 septembre 2026, 14:04